E.BENOIST: « Ce n’est pas si Paris est un échec que la planète va sombrer dans un chaos indescriptible en 2016 »

C’est dans un bureau situé au bout d’un couloir du 4ème étage dans l’immeuble abritant le siège de la Banque Mondiale à Kinshasa qu’Etienne BENOIST, consultant  au département d’environnement et ressources naturelles  nous accueille pour réaliser cet entretien. Un bureau spacieux, bien décoré   inspirant un climat de travail et de réflexion,  suffisamment aéré grâce à ces deux grandes fenêtres  offrant ainsi une belle vue de ce coin de Kinshasa  réputé pour son calme. C’est ici que cet ancien employé du secteur bancaire reconverti il y a 5 ans en environnementaliste, tentera de répondre à nos questions relatives à la prochaine conférence des parties sur le changement climatique (COP 21) prévue en décembre prochain à Paris.

Environews : La marche vers la  21ème conférence des parties sur le changement climatiqueCOP21 avance inéluctablement de sa ligne d’arrivée, comment jugez-vous  la préparation des pays à ce grand rendez-vous ?

E.B : la préparation des Etats à ce grand rendez-vous suit bien son cours car à ce jour, plusieurs Etats membres ont déjà envoyé le document concernant les contributions volontaires au protocole qui devra être signé à Paris. On sent qu’il ya une grande motivation dans le chef des Etats membres. On espère également que tous vont déposer leur document de contribution avant la date buttoir qui est prévue en octobre, de telle manière que pendant la COP, que l’on puisse avancer, et évidemment aboutir à la signature d’un protocole d’accord en décembre.DSC_0013

Quelle diagnostique pouvez-vous  poser à ce jour pour la planète terre qui est en proie au changement climatique ?

Le bilan est un peu alarmiste. Il y a une raréfaction des ressources en général sur la planète comme vous le savez. La croissance démographique sur l’échelle mondiale a été exponentielle pendant le siècle dernier, or la taille de la planète est restée la même. Les richesses notamment non renouvelables se sont épuisées rapidement. Il y a vraiment un enjeu très fort d’autant plus que tout s’accélère  c’est-à-dire le fait que nous soyons si nombreux sur la planète avec des activités économiques très polluantes accélère le dérèglement climatique et aggrave tous les problèmes du climat des inondations des cyclones etc. Certains rapports sur le diagnostic de la terre affirmaient que notre planète avait atteint le seuil de capacité de pouvoir gérer ses extrêmes, malheureusement les récents rapports à leur tour démontrent que ce seuil a bien été dépassé  et qu’il faut i

mpérativement agir pour empêcher la température globale d’augmenter de 2°. Nous sommes déjà sur une trajectoire  qui  peut nous conduire à ce 2° d’ici la fin du siècle, d’où la réduction des gaz à effets de serre liés aux activités économiques  s’avère important. Il est utile de souligner que seulement 5° nous sépare de l’ère glaciaire.

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Si rien n’est fait, la température mondiale pourra augmenter jusqu’à 5 °, ce qui fera basculer la planète dans un climat très difficile.

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Chaque pays est appelé à présenter un document, synonyme de son engagement à la lutte contre le changement climatique dites-nous un peu que renferme exactement ce document ?

Dans ce document, les 195 Etats sont appelés à présenter les efforts dont ils sont prêts à fournir pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est sur base de ces différents documents de vision et d’objectifs chiffrés que la CCNUC à Paris va faire ses calculs et pouvoir ainsi consolider les 195 efforts de réduction. On pense que ces résultats seront à la hauteur pour respecter cet objectif maximum de 2° d’élévation de température mondiale. Il s’agit donc pour chaque Etat en particulier les pays développés de chiffrer leurs objectifs en détaillant les grands axes stratégiques d’actions qui leur permettront d’atteindre ces objectifs de réduction de gaz à effet de serre. En ce qui concerne les pays les moins avancés, il n’y a pas d’obligations chiffrées. Ils peuvent simplement indiquer leur volonté de contribuer à cet effort global de manière qualitative. La RDC par exemple pourrait parler de son potentiel de séquestration de carbone  avec son massif forestier. Mais également sur son potentiel d’atténuation des émissions avec son potentiel hydroélectrique qui pourrait  aider à réduire les émissions d’autres  sources polluantes.

En cas d’un éventuel  accord  à Paris, quelle sera la prochaine étape ?

Si  un accord est trouvé à  Paris, le cycle de négociations annuel se poursuivra normalement car il y aura la COP 22, 23, 24,25… et  il devra être ratifié en 2020. Comme vous le savez le protocole de KYOTO signé en 1998 doit en réalité prendre fin en 2020. La COP de Paris aura pour but de relayer cet accord de KYOTO, surtout de le renforcer, de l’enrichir et de le rendre encore plus ambitieux. Cet accord de Paris sera de grande importance pendant la période charnière de 2015-2020 dans laquelle toutes les COP devront se succéder. A travers cet accord, la mise en œuvre d’un marché carbone pourrait prendre une autre forme. C’est en 2020 que  les actions contenues dans cet accord devront  être mises en œuvre

A l’approche de cette rencontre, qu’est-ce la France fait ou a déjà fait pour éviter le syndrome de Copenhague ?

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La France a quand même une force qui est sa diplomatie. Elle l’use beaucoup à travers son ministre des affaires étrangères Laurent FABIUS qui a presque parcouru tout le globe en cette année 2015, pour essayer de convaincre les Etats membres de se joindre à la France pour faire de cette rencontre un grand succès. Outre les efforts diplomatiques, il ya aussi les efforts financiers, car la France s’est engagée à verser  1 milliard de dollars au fonds vert de l’ONU pour le climat. Et en plus de cela , il y a des efforts techniques à travers son Agence de développement qu’est l’AFD qui a déjà commencé à aider certains pays dont ceux de l’Afrique à préparer ce fameux document sur les contributions volontaires mais également à donner un peu d’argent pour renforcer les capacités de pays à l’approche de cette COP 21.

Je crois que la France à bien jaugé l’envergure de cette conférence. C’est vraiment pour mon pays natal un défis immense qui une fois couronné par un succès, il le sera aussi pour le Président de la France, le gouvernement actuel qui travaille d’arrache pieds pour la réussite de cet évènement.

 

Les différents rapports d’expert du climat affirment  que le pronostic vital de la terre reste très engagé, sans faire le pari de l’échec qu’est ce qui adviendrait, en cas d’un échec à Paris ?

Je crois qu’il faut relativiser les choses. Ce n’est pas  si Paris est un échec que la planète va sombrer dans un chaos indescriptible en 2016. L’un des espoirs de l’humanité et de générations actuelle c’est justement le niveau micro, ou tout ce qui se fait à la base. On observe énormément  plusieurs initiatives citoyennes dans tous les pays du monde en faveur du climat, ce qui est en fait une très bonne chose. Même si au niveau macro, les négociations onusiennes multilatérales échouent, je pense que les citoyens du monde entier essaieront d’agir à leur niveau. C’est le message qu’on essaie de faire passer aussi. Essayer de conscientiser les populations à faire des petites choses à leur niveau qui une fois additionnées auront un impact positif.

Ne nous voilons pas la face, Paris n’est pas un miracle même si la conférence  se soldait par un succès. Cela ne va pas résoudre tous nos problèmes mais ça sera déjà une très bonne chose pour l’avenir de la planète. Par contre s’il s’achève par un syndrome de Copenhague, ça enverra un signal très négatif à la planète car il y aura un risque accru de sombrer dans l’inconnu. Tous les climatologues et scientifiques s’accordent pour affirmer qu’une fois le seuil de 2° dépassé,  nous ne maitriserons plus les effets que cela aura sur les écosystèmes, les populations, les cultures bref sur tout ce qui nous permet de vivre. Cette situation posera des problèmes politiques, sociaux et démocratiques  tout en rompant l’équilibre pacifique bien qu’il y ait encore des guerres aujourd’hui. Vous savez déjà qu’il y a à ce jour beaucoup de migrations suite au changement climatique (NDLR déplacés climatiques). Il faut en résumé prendre en compte toute une batterie de variable sans parler de boums de rétroaction que pourraient engendrer ces évènements climatiques extrêmes.

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Vous travaillez ici en RDC, comment le pays se prépare pour ce rendez-vous ?

 

Le pays se prépare activement, on peut le dire. Il est engagé depuis près de 5 ans dans ces négociations climatiques notamment à travers le mécanisme REDD+. C’est dans ce mécanisme que la RDC a un grand rôle à jouer pour lutter contre le changement climatique tout simplement parce qu’elle dispose d’un immense massif forestier , et que celui-ci peut avec sa capacité d’absorption de carbone jouer un rôle suffisamment crucial à l’échelle mondiale .je pense qu’elle a bien évalué la taille de cette COP 21, à laquelle  elle participe déjà aux pré négociations  entamées au début de l’année. Par l’entremise de son président Joseph KABILA, le pays s’est engagé à soumettre son document de contribution  volontaire aux efforts de lutte contre le changement climatique avant la fin du mois d’août. D’après ce que je constate, le pays se prépare bien et on espère qu’il fera bien entendre sa voix à la fois comme pays actif qui peut contribuer aux efforts collectifs mais aussi comme un pays pouvant bénéficier du fond vert  de l’ONU pour le climat et surtout qu’il disposera d’un stand permanent à la COP 21.

 

Vous êtes un amoureux de la planète, avez-vous des vœux à émettre pour ce grand rendez de Paris ?

Je souhaite que ça soit une réussite, même si ça ne sera pas suffisant. Tous les projecteurs sont actuellement braqués sur Paris, ils ne seraient pas évident que tous ces amoureux de la planète moi y compris soient déçus. Il faut vraiment que ces assises soient couronnées d’un succès. Plein succès à tous les décideurs politiques car un accord reste un impératif.

Propos recueillis par Thierry Paul KALONJI

 

 

 

 

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