Climat : l’érosion côtière, une menace contre la population de Muanda

Les effets du changement climatique se font ressentir de plus en plus en République démocratique du Congo (RDC). La sécheresse, les étiages sévères du fleuve Congo, et les inondations sont observés dans certaines régions du pays. Le territoire de Muanda dans la Province du Kongo Centrale est l’une des parties du pays qui subit la rigueur de ces effets. L’érosion côtière qui gagne en moyenne 1 mètre des terres fermes chaque année en est la plus parfaite illustration parmi tant d’autres. 

L’érosion côtière menace les habitations le long de la côte atlantique à Muanda/ Photo, Alfred Ntumba

Des études sur la dynamique du processus érosif sur la côte, menées par la Direction du développement durable du Ministère de l’Environnement de la RDC, ont démontré que Muanda a déjà perdu 15 mètres de terres ces 10 dernières années. Et que la montée du niveau des eaux de l’Océan Atlantique rend vulnérable les communautés locales qui dépendent principalement de la pêche et de l’agriculture.

La diminution des poissons

Il est 05h07, c’est encore l’aurore. Nous allons à la rencontre de Gaston Ndombasi, un pécheur professionnel, témoin de la mutation que connait la côte. Soixantaine révolue, Gaston vit au village « Kilomètres 5 », l’un de 3 grands villages des pécheurs situés sur le littoral.

Des poissons pêchées par les habitants du village kilométre 5 sur la côte atlantique

Notre arrivée à ce village a coïncidé avec le retour à la maison de Gaston et son ami Marius. « Nous avons beaucoup travaillé cette nuit, mais le résultat n’est pas assez satisfaisant ». Déclarent – ils. « C’est à peine 15 Kilogrammes de poissons que nous avons péché, et pourtant il y’a quelques années l’on pouvait ramener en moyenne cinq fois plus que ça ». Précise désespérément, Gaston Ndombasi.

La pêche dans cette zone est de moins en moins rentable qu’il y’a dix ans, cela à cause de la diminution de la taille et de la quantité des poissons. Une situation qui suscite beaucoup d’inquiétudes pour les villageois. « Mon père avait construit sa maison en matériaux durables grâce aux revenus de la pêche. Mais aujourd’hui, c’est difficile car la pêche n’en rapporte plus assez », s’exclame Marius.
« Il y’a trente ans, tout cet espace était couvert de forêt, au fil du temps la forêt a disparu laissant la place au sable. Et pourtant les poissons n’aiment pas la lumière du soleil et ne se reproduisent pas dans le sable. C’est pourquoi nous sommes obligés d’aller pêcher plus loin, avec tous les risques…», nous précise – t- il.
Pour Pierre Mavuemba, chercheur à l’Institut supérieur de navigation et de pêche (ISNP), la diminution des poissons dans les zones de pêche le long de la cote congolaise est surtout aggravée par la destruction des zones de frayère. « Plusieurs études ont démontré que la côte congolaise est confrontée à la diminution des poissons notamment à cause de l’érosion côtière qui détruit les zones de frayeur. A cela s’ajoute la surpêche et l’utilisation des matériels de pêche non – conventionnels », affirme – t – il.

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La menace contre la population

La route nationale numéro 1 qui relie la cité de Muanda à l’embouchure du fleuve Congo coupée en deux par les eaux de l’océan Atlantique au niveau du village kilométre 5/ Photo – Alfred Ntumba

Outre la diminution sensible de ressources halieutiques, l’érosion côtière à Muanda gagne du terrain et détruit tout sur son passage. Guillaume Ngongo Ngongo, Administrateur du Territoire plaide pour une intervention urgente, « Muanda est menacé. Nous avons perdu des infrastructures socioéconomiques de base, notamment une bonne partie de la Route nationale n°1. Je lance un appel pathétique à tous les partenaires de nous venir en aide, sinon, l’eau risque d’envahir toute la cité », insiste – t – il.
La vulnérabilité de la côte congolaise serait aussi accentuée par le développement urbain de la cité côtière de Muanda. A en croire Louis Ngeli, Cadre au Parc Marin des Mangroves, les habitants recouraient de temps en temps aux matériaux rocheux qui soutenaient la falaise pour la construction de leurs habitations. « Pour une cité qui ne dispose pas d’une carrière plus proche, l’unique moyen pour les villageois était de recourir aux moellons installés depuis l’époque coloniale pour protéger. C’est à peine qu’ils viennent de se rendre compte qu’ils sont aussi responsables de conséquences actuelles », a – t – il révélé.

Une villa contemporaine dévastée par l’érosion au village Ntiamfumu/ Photo, Alfred Ntumba

A environ 20 Kilomètre de la cité administrative de Muanda, c’est le célèbre village Vista dont l’histoire remonte de l’époque coloniale. Rebaptisé du nom de Ntiamfumu, Vista a déjà perdu 13 belles villas contemporaines à cause de l’avancée de l’Océan. Victor Nkwangu, chef du village, évoque le drame d’une agglomération abandonnée à son triste sort. « L’Océan se trouvait à environ 60 mètres d’ici, cinquante ans après, l’eau est là, à moins de 10 mètres. Il y’a aucune intervention pour sauver ce village touristique qui risque de disparaître définitivement sur la carte de la RDC  », s’alarme – t – il.

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Le gouvernement se mobilise

Depuis novembre 2015, le gouvernement congolais a lancé un vaste projet de stabilisation de la côte. Le projet PANA – ZONE COTIERE, dont le coût est estimé à 21 millions de dollars américains vise premièrement l’intégration de l’information des risques liés à l’érosion côtière dans les plans de développement au niveau local, provincial et national, la stabilisation de 18 kilomètres de la côte congolaise, et la réduction de la vulnérabilité des communautés en créant d’autres moyens de subsistance climatiquement résilients.
« Ce projet est financé en grande partie par le gouvernement (9 million USD), a reçu l’apport du Fonds mondial pour l’Environnement (5 million USD), du Programme de nations unies pour le Développement (1,4 millions USD) et du secteur privé (6 million USD) », précise Richard Kialungila, chargé de suivi et évaluation du projet.

Environs 30% de ces financements sont alloués aux activités génératrices de revenus. Sur le terrain, les équipes de PANA sensibilisent les communautés, identifient les activités alternatives et catégorisent les potentiels bénéficiaires. « Nous voulons réellement faciliter l’inclusive et l’accès au crédit à toutes ces communautés vulnérables en mettant en place une coopérative d’épargne et de crédit », renchérit- il.

Sechage-de-poissons-aux-village/Photo, Alfred Ntumba

Au total, 6.000 pécheurs sont déjà identifiés et regroupés en 11 associations et organisations de base. « Nous sensibilisons et formons les pêcheurs aux nouvelles techniques d’élevage des poissons. Ainsi, au lieu de descendre chaque jour dans l’Océan, ils pourront pratiquer la pisciculture ou l’aquaculture et répondre à leur besoin ». Précise Pierre Mavuemba, chargé de la mise en œuvre dudit projet.
Le projet prévoit tout de même la construction d’un marché moderne équipé des unités de transformation et de stockage des poissons, la construction de points d’adduction d’eau potable pour certains villages de pécheurs, l’appui à la mise en place du système d’alerte précoce pour prévenir les risques liés au mouvement des marais, ainsi que l’appui aux activités de reboisement, pour limiter la pression de l’homme sur la forêt de mangroves déjà menacée par l’érosion côtière.

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La protection de la cote

Trois sites qui nécessitent une intervention urgente ont été identifiés. Il s’agit du village Ntiamfumu, Muanda cité et la forêt de mangroves.

Des brises-lames construites pour protéger une résidence privée au village Ntiamfumu/Photo, Alfred Ntumba

Après une phase expérimentale de construction des brises lames à Ntiamfumu, le gouvernement congolais va intensifier la construction de ces ouvrages sur l’ensemble de falaises à haut risque. « Tout est prêt pour le début des travaux, La Congolaise des voies maritimes (CVM) est chargée d’exécuter cette tâche. Une carrière a déjà été trouvée en vue de pourvoir aux matériaux rocheux de construction, le début des travaux c’est pour très bientôt », affirme Richard.

Situé à 670 kilomètres de Kinshasa la capitale, le territoire de Muanda nécessite des interventions ciblées à l’envergure de l’urgence qui s’impose pour limiter l’impact des effets du changement climatique sur les écosystèmes et aider les communautés locales à s’y adapter. Malgré son important massif forestier et son long fleuve, la RDC est compté parmi les 10 pays au monde, les plus menacés par les effets du changement climatique.
Alfred NTUMBA

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