Tribune : Bilan de Marrakech – perspective des Pays les Moins Avancés sur les résultats de la COP22

Bilan de Marrakech – perspective des Pays les Moins Avancés sur les résultats de la COP22

Tribune de : Tosi Mpanu-Mpanu et Manjeet Dhakal

Tosi Mpanu Mpaanu, négociateur senior sur le changement climatique de l’ONU et Président en exercice du groupe des Pays les Moins Avancés (PMA)

L’Accord de Paris, qui est entré en vigueur en un temps record seulement onze mois après son adoption, a posé le cadre de la Conférence de Marrakech sur le climat. Les pays vulnérables et aux ressources limitées comme les nôtres – les Pays les Moins Avancés – ne peuvent pas se permettre le luxe d’avoir des négociations et une mise en œuvre qui trainent en longueur. Les événements liés aux changements climatiques causent déjà des pertes en vies humaines et des biens matériels, avec des répercussions accélérées sur nos pays respectifs, impactant les pays de nos collègues délégués entre chaque nouvelle session de discussions sur le climat. Nous avons cherché à faire de Marrakech un point d’impulsion pour la mise en œuvre et à faire en sorte que les entreprises mondiales et les dirigeants politiques restent engagés et prêts à contribuer à la lutte contre les changements climatiques et à mettre pleinement en œuvre l’Accord de Paris.

Résultats encourageants

Les négociations sur le climat de Marrakech ont progressé sur plusieurs questions importantes pour les Pays les Moins Avancés (PMA). L’une d’entre elle est le renforcement des capacités, ce qui contribue aux pays vulnérables d’avoir la capacité institutionnelle de mettre en œuvre l’Accord de Paris et de mobiliser des actions au niveau national. Le Comité de Paris sur le renforcement des capacités (PCCB) établi à Paris est maintenant opérationnel et sa première réunion en mai prochain devrait pouvoir aider à faire des progrès substantiels pour commencer à mettre en œuvre ses activités prévues pour 2016-2020.

Marrakech a également permis de poser les bases internationales pour le travail sur les pertes et préjudices. Même si nous limitons le réchauffement à 1,5° C, nous savons que nos concitoyens devront faire face aux impacts des changements climatiques qui vont au-delà de leur capacité à s’y adapter. Il est donc essentiel de disposer d’un cadre international solide pour garantir que les ressources et les capacités disponibles soient suffisantes pour pouvoir répondre à ces problèmes. Cet élément a été très difficile à obtenir dans l’Accord de Paris et il faut maintenant construire le socle institutionnel pour aller au-delà des simples mots. A Marrakech, ont été approuvés un cadre à titre indicatif pour les activités concernant les pertes et préjudices pour les cinq prochaines années ainsi qu’un accord sur un examen régulier du mécanisme international de pertes et préjudices de Varsovie pour le renforcer et agrandir son champ d’action.

La « Proclamation de Marrakech pour l’Action en faveur de notre climat et le Développement Durable », adoptée au cours des négociations climatiques, a donné le ton pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris. La proclamation, qui est volontaire, souligne l’importance d’aller de l’avant en tant que communauté mondiale unie pour répondre à l’urgence climatique, en appelant à solidarité entre tous pour mobiliser les efforts et les ressources pour la mise en œuvre et les actions.
Outre les négociations formelles, la conférence de Marrakech a eu des résultats concrets avec un certain nombre d’initiatives ambitieuses portées par diverses parties prenantes dans le but d’accroître l’action climatique avant 2020.

Le « Partenariat de Marrakech pour l’action mondiale en faveur du climat » vise à accélérer et à renforcer l’action climatique avant 2020 par l’effort conjoint des initiatives publiques et privées et par l’augmentation des moyens de financement, de développement technologique et de renforcement des capacités. Il y a beaucoup à faire pour augmenter le support et l’investissement dans les solutions climatiques avant 2020 en vue d’une transition rapide vers les actions post 2020.

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Les pays vulnérables ont également lancé des initiatives ambitieuses lors des négociations sur le climat. Le « Partenariat mondial sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique » regroupe cinq initiatives régionales en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique venant d’Afrique, des petits États insulaires en développement et des Pays les Moins Avancés (PMA), ainsi qu’une collaboration avec les pays d’Amérique centrale. Le partenariat vise à apporter de l’énergie renouvelable à 1,3 milliard de personnes qui n’ont aujourd’hui pas accès à l’énergie.


Least Developed Countries Launch Renewable Energy and Energy Efficiency Initiative, Join…

« L’Initiative des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (REEEI) pour le développement durable des PMA », également lancée à Marrakech, fait partie de ce partenariat. Elle vise à stimuler l’énergie renouvelable dans les PMA tout en promouvant l’efficacité énergétique, en reconnaissant le rôle crucial que l’énergie joue dans le développement rural, l’industrialisation et l’accès aux services.


COP22 Launches Major Global Partnership on Renewable Energy and Energy Efficiency

Un certain nombre de PMA qui font partie du « Forum des Pays Vulnérables face au Climat » (CVF) se sont également engagés à produire 100% de leurs énergies renouvelables d’ici à 2050, en tenant compte des circonstances nationales et en travaillant ensemble pour mettre fin à la pauvreté énergétique et protéger la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau.


The response to #ClimateChange‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬ is #ClimateJustice‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬ and #SocialJustice‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬ in action – read @TheCVF‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬ newly adopted vision: http://thecvf.org/marrakech-vision/ …‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬

Résultats moins encourageants

La décision à Marrakech de réclamer une accélération des travaux sur le développement du règlement de l’Accord de Paris est certainement un geste positif. Malheureusement, cela ne garantit pas la finalisation des travaux en vue de l’élaboration de l’ensemble des règles pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris l’année prochaine, comme le demandaient les PMA. La décision de Marrakech relative à la mise en œuvre de l’Accord de Paris acte l’examen des progrès accomplis dans la mise en œuvre du programme de travail au titre de l’Accord de Paris en 2017 et de finaliser l’ensemble des règles avant la COP24 en 2018.

Les PMA souhaitaient que certains volets des travaux nécessaires au processus d’élaboration des règles puissent être achevés plus tôt que d’autres. Néanmoins, les décisions de Marrakech ont bloqué la prise de décision finale de toutes les activités normatives jusqu’à la fin de 2018.

Le débat technique approfondi sur un certain nombre de questions qui ont pourtant été mandatées par les résultats de Paris n’a toujours pas commencé. Cela doit se faire rapidement et énergétiquement dans les prochaines sessions en 2017 pour que l’ensemble des règles de l’Accord de Paris puisse être adopté en 2018.

Quant à la définition de la nature des futures contributions nationales déterminées par les pays (CDN) contenant des plans d’action et des promesses de réduction des émissions – qui doivent être communiquées tous les cinq ans ou avec un système de transparence et de comptabilité – pour que nous sachions ce que fait chaque pays avec une égale clarté, malheureusement, Marrakech n’a traité que des questions de procédure visant à établir un programme de travail en 2017 pour différents éléments de l’ensemble des règles. Ce n’est guère le résultat attendu après une année d’échanges de vues intenses sur ces questions. Il est très décevant que le seul résultat soit un appel à d’autres soumissions et un calendrier d’ateliers de travail. De tels résultats sont très difficiles à justifier auprès de nos concitoyens qui attendent avec impatience des progrès sur la mise en œuvre et les actions.

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La finance est toujours la clé pour débloquer l’implémentation


Tosi Mpanu-Mpanu, chair, least developed countries group lays out need to keep #climate‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬ finance flowing #ParisAgreement‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬ #cop22‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬

Mobiliser le financement pour aider les pays vulnérables à s’adapter aux impacts du changement climatique est l’élément clé pour promouvoir la mise en œuvre et l’action. Le financement du climat était, comme prévu, à l’ordre du jour à Marrakech.

Alors que la plupart des pays en développement ont également présenté des plans visant à limiter leurs émissions dans leurs CDN prévus ou définitifs dans le cadre de l’Accord de Paris, nombre d’entre eux ont également noté la nécessité d’un appui pour s’acquitter de leurs engagements. Certaines estimations préliminaires du montant total des financements nécessaires aux pays en développement pour mettre en œuvre leurs CDN dépassent 4 milliards de dollars. Étant donné que seulement la moitié des pays en développement ont fourni des coûts estimés dans leurs CND, le chiffre réel devrait être beaucoup plus élevé. Tout cela souligne l’urgence de la mise en œuvre des CDN et que les financements sont essentiels pour débloquer une ambition beaucoup plus grande afin de limiter l’augmentation de la température à 1,5 ° C au-dessus des niveaux préindustriels et de favoriser la résilience climatique ainsi qu’un développement faible en carbone.

Marrakech aurait dû franchir une étape importante dans la clarification de la feuille de route pour atteindre l’objectif de 100 milliards de dollars pour le financement climatique annuel et intensifier la mobilisation du soutien avant et après 2020. Mais la COP22 n’a pas été en mesure de prendre des décisions concrètes sur les questions financières et a seulement recommandé de poursuivre les discussions lors de futures sessions et ateliers.

Le résultat de la réunion de Marrakech n’a pas permis d’approfondir les méthodologies sur la façon dont les pays développés ont fourni leur feuille de route pour atteindre les 100 milliards de dollars et n’a pas non plus amorcé de discussion sur la façon de fixer un nouvel objectif avant 2025 comme cela été mandaté à Paris. La feuille de route que les pays développés ont lancée en octobre 2016 montre qu’il existe un grand déséquilibre entre le financement de l’adaptation et celui de l’atténuation – même avec un engagement de doubler le financement de l’adaptation d’ici 2020, ce dernier ne représentera que 20% du financement climatique total.


#GreenClimateFund‬‬‬‬ approves first fast-track NAP grants for Liberia (USD 2.2m) and Nepal (USD 2.9m): http://g.cf/2faJSbs  #GCFund #COP22‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬

Pourtant, nous avons vu une lueur d’espoir quant le Fonds Vert pour le Climat (GCF) a annoncé qu’il allait financer deux PMA (le Libéria et le Népal – les premiers pays à recevoir ce soutien) afin de préparer leurs plans d’adaptation à moyen et long terme (PAN) à travers les nouveaux fonds et une procédure accélérée. Nous sommes également reconnaissants pour la contribution au Fonds des PMA qui sera utilisée pour financer des projets ayant déjà été proposé. En ce qui concerne le Fonds pour les PMA, il reste encore 35 projets, d’une valeur de 231,4 millions de dollars, qui sont techniquement opérationnels et qui n’ont pas encore été financés. Nous attendons avec intérêt des contributions supplémentaires pour la mise en œuvre intégrale des besoins d’adaptation à court terme (PANA) et à plus long terme (PAN).

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Garder le focus sur la limite de 1,5° C et besoin d’une plus grande ambition

La science nous dit qu’au-delà d’une augmentation de la température de 1.5° C, l’avenir de notre planète est sur le fil du rasoir. Il est impératif pour les communautés du monde entier que les gouvernements prennent au sérieux l’objectif légalement contraignants des 1,5° C tel que fixé dans l’Accord de Paris. Nous avons entendu de nombreuses personnes, y compris des organisations non gouvernementales du Nord, décrire cela comme un « objectif facultatif ». Ce n’est pas cela. L’Accord de Paris est juridiquement contraignant et son objectif à long terme sur la température oblige tous les pays à mettre à jour continuellement l’ambition de leurs actions pour atteindre cet objectif. La montée en flèche des actions et des engagements visant à réduire les émissions à zéro vers le milieu du siècle est à la fois juste et proportionnée face au défi qui nous attend. Cet objectif est vital et n’est pas quelque chose qui peut être simplement considéré comme facultatif.

Bien que les progrès politiques internationaux au cours de l’année écoulée aient été importants, les pays sont encore loin de mettre en œuvre des mesures de l’ampleur requise pour lutter contre des changements climatiques dangereux et atteindre les objectifs fixés dans l’Accord de Paris. Pour les pays en développement, et en particulier les PMA, il est important de continuer à œuvrer en faveur d’une réponse internationale forte et équitable aux changements climatiques, de protéger les communautés pauvres et vulnérables dans le monde et de préserver la planète pour les générations futures.

Même si 2018 sera le moment de la prise de décision finale pour approuver les travaux restants sur la finalisation du règlement de l’Accord de Paris, il y a beaucoup à faire en 2017. Les ateliers et tables rondes programmés tout au long de 2017 et deux sessions de négociation formelles doivent accomplir plus que de reporter les travaux à une session ultérieure.

Il est très important de faire le plus possible en 2017 car 2018 sera très occupé avec le Dialogue de Facilitation qui se concentrera sur le niveau global d’ambition en matière d’atténuation proposé par les gouvernements pour atteindre l’objectif des 1,5 ° C au sein de l’Accord de Paris, en s’appuyant sur le rapport spécial du GIEC qui sera publié en septembre de cette même année.


Handover ceremony!
Congratulation & all the best to #Ethiopia‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬ for LDC Group Chairmanship at the #UNFCCC‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬ for 2017 & 2018‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬

Le groupe des PMA lors des négociations de l’ONU sur le changement climatique sera dirigé par l’Éthiopie pour 2017 et 2018. L’Éthiopie a prêché par l’exemple en mobilisant des efforts considérables à l’échelle nationale pour promouvoir l’action climatique et en particulier les initiatives en matière d’énergie renouvelable. Le groupe des PMA continuera de participer de façon constructive aux prochaines sessions de négociation et de donner l’exemple. Nous n’avons pas le luxe d’avoir le temps de poursuivre les négociations sans résultats concrets et nous attendons avec impatience que ces résultats répondent aux demandes des personnes vulnérables. Les PMA sont rentrés de Marrakech avec des sentiments mitigés, mais espèrent que le processus international va orienter vers la reconnaissance de l’urgence de l’action climatique pour la planète et ses citoyens.

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