Eau : Le projet Transaqua, complicité ou incompétence du gouvernement congolais ?

La vague provoquée par le projet de transfèrement des eaux du fleuve Congo vers le lac Tchad est loin d’atteindre la terre ferme. La question est presque sur toutes les langues. Le silence observé par le gouvernement et son absence aux assises organisées souvent sur cette question, inquiète plus d’un. Des langues se délient pour fustiger ce silence coupable ou qui cache quelque chose dans ce dossier. Comme qui dirait, qui ne dit mot, consent.

Une vue de la ville de Kinshasa, prise depuis Brazzaville (Photo, Alfred Ntumba/Environews)

« Il y a à peu près 4 ans, bientôt 5 ans que cette question est mise sur table. Personne n’en parle, pendant que les choses avancent de l’autre côté. Décidément au Congo nous avons tout à perdre, rien à gagner dans cette histoire. C’est pourquoi dans les réunions internationales la RDC n’ y est pas invitée officiellement », s’exclame Roger Mpanano, député nationale.

Comme celle de Roger, elles sont de plus en plus nombreuses, les voix qui se levent  pour dénoncer les avancées significatives observées dans ce projet telque déclaré lors de  la dernière conférence de CBLT (Comission du Bassin du Lac Tchad) à Abuja (Nigeria),  sans en avoir préalablement associé la RDC.

« On ne peut pas vouloir transférer ces eaux si des sérieuses études d’impacts environnementaux et socio-économiques ne sont pas réalisées. Nous risquons de résoudre un problème au Sahel en créant un autre plus important dans le Bassin du Congo, c’est serait déshabiller Saint Paul pour habiller Saint pierre », a-t-il déclaré.

Pour Roger Mpanano, la problématique des eaux dans certains pays d’Afrique est bien réel. Mais, faut-il résoudre ce problème en créant un autre ? S’interroge-t-il.

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« Transférer ces eaux à partir du Bassin du Congo, que pensez-vous des forêts du Bassin du Congo qui dépendent de ces eaux, transférer à partir de l’Ubangi que dites-vous du grand projet Inga qui a une vocation continentale? Transférer ces eaux que cela signifie, l’Ubangi sèche? Il y a pas longtemps que la rivière était navigable 9 à 10 mois sur 12, à présent c’est 2 à 3 mois sur 12 à une certaine période, on peut la traverser à pieds. Il faut poser la question à la science pour savoir la possibilité de faire ou non ce transférement», a suggéré Monsieur Mpanano. Et d’ajouter qu’« il est temps pour que la RDC lève sa voix et donne sa position. Ou alors on considère notre silence comme une acceptation », a-t-il conclu.

Incompétence ou complicité ?

L’assechèment du lac Tchad a commencé à faire parler de lui vers les années 70. Depuis, la position de la RDC sensée jouer un rôle prépondérant dans ce projet, est restée et reste toujours quasi inconnue.

« Il y a deux problèmes qui se posent, soit il y a incompétence ou complicité quelque part, la plus grande crainte est que c’est soit l’un ou l’autre », s’est indigné Roger Mpanano, en mettant l’accent sur la passivité de la RDC dans la prise de décisions sur ce projet. «Comment expliquez-vous que dans une réunion ou les décisions importantes concernant notre pays se prennent, on y participe comme observateurs ? Soit il y a des enjeux politiques autour, alors tout le monde doit les savoir », a-t-il insisté.

Pour Roger Mpanano, le lac Tchad connait le mouvement de tempêtes de sable qui ont ensevelit ces eaux dans la nappe phréatique. A cela s’ajoute également la mauvaise occupation des terres et les mauvaises pratiques d’agriculture et élevage.

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«  Il est plus facile et plus aisé de prendre l’eau à partir de Douala 1700 km, au lieu de creuser un canal de 2400 km à partir de la RDC. On veut aller trop vite, alors qu’il faut passer par des études nécessaires et très approfondies avec des experts nationaux », a proposé Roger Mpanano. « Si le gouvernement ne dis mot, nous allons observer et on prendra bonne note. Nous le dirons qui aura fait quoi pour cette question, l’avenir nous donnera raison ».

A en croire cet expert, plusieurs alternatives ont été proposées pour ramener l’eau dans le lac Tchad, entre autres, dégager son lit, le désensabler et protéger les berges des rivières, mais rien n’a été pris en compte.

« Les pays du CBLT étaient au départ 4, à présent d’autres viennent s’ajouter pour justement bénéficier des eaux du Bassin du Congo. Ils ont créé ce qu’on appelle l’armée de la CBLT. Nous nous demandons c’est seulement l’eau qu’ils cherchent ou autres choses ? », s’inquiète-t-il.

Pour cet élu national, le seul patrimoine que nous aurons laissé à nos petits-enfants c’est un pays arrosé.

Jennifer LABARRE

 

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Une réflexion sur « Eau : Le projet Transaqua, complicité ou incompétence du gouvernement congolais ? »

  1. L’eau est une ressource naturelle qui peut être exploitée pour générer des richesses réelles.
    La question sur les études d impacts environnementaux et sociaux est déjà résolu à l’article 21 de la loi sur la protection de l environnement.
    De surcroît, la loi sur l’eau a aussi à son tour, tranchée au sujet de transfert de l eau au delà de nos frontières.
    A ce jours, j’estime que la RDC devra capitaliser cet investissement.

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