Salubrité : Bruno Tshibala a 17 jours pour appliquer son décret sur les emballages plastiques

La vie de l’homme interagit avec l’ensemble de son environnement. Pour se nourrir, se vêtir ou encore répondre à ses besoins vitaux, l’homme recourt aux ressources naturelles disponibles, qu’il transforme ou utilise parfois utilise de manière abusive. Les emballages plastiques restent une invention réussie de l’homme parmi tant d’autres. Cependant, leur influence sur notre milieu de vie et leurs conséquences sur l’environnement sont énormes. La pollution produite par ces derniers relance un défi énorme pour [déplastifier] son milieu.

Les bouteilles plastiques flottant sur la rivière Kalamu à Kinshasa.

« Les emballages plastiques sont produits à base du pétrole. Ce dernier est un produit fossile », nous confie un environnementaliste, Emmanuel Bondo, enseignant à  l’Université de Kinshasa (UNIKIN).

Partant de l’origine de sa composition à base du pétrole, Emmanuel bondo indique les emballages plastiques issus de cette substances sont classés dans la catégorie des déchets non biodégradables.  « Aussitôt dans le sol, ces emballages plastiques, surtout le sachet constituent une barrières. Cette barrière réduit la quantité d’eau d’infiltration. En même temps ils libèrent certains produits chimiques néfastes pour l’écosystème », a-t-il expliqué.

Une longue procédure de décomposition  

Il suffit de quelques petites minutes pour produire un sac plastique. Mais, il faut plusieurs centaines d’années pour atteindre sa décomposition totale dans le sol.   Ceci se justifie par sa composition en masse molaire très élevée, indiquent les scientifiques.

Devant le Stade des martyres, un sol totalement défiguré par les sacs plastiques .

« La molécule comme le polystyrène qui a une masse molaire de 2000 à 4000, est une très longue chaine composée de systèmes qui peuvent valoir à 10 exposant 5, et casser cette chaine est très  difficile », a affirmé Monsieur Kabamba, chimiste et professeur à la Faculté des Sciences de l’UNIKIN.

Il y’a plusieurs ingrédients qui entrent dans la composition de ces emballages plastiques entre autres : les huiles, les catalyseurs, les monomères et les accélérateurs. Certains ingrédients sont utilisés comme charge et ses ingrédients rendent les grains de polymères bien pâteux surtout dans les emballages à base de polyéthylène ceux à base de polypropylène.

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Il faut agir vite

Les dégâts que causent les emballages plastiques dans l’environnement direct de l’homme, n’ont pas laissé indifférents celui-ci. Plusieurs pays se sont lancés en guerre farouche contre les emballages plastiques non biodégradables.

Une érosion à Kindele dans la ville de Kinshasa.

Le Rwanda par exemple, est allé plus loin en interdisant l’usage et la consommation de l’eau en bouteille plastique dans tous les bureaux de l’administration publique. Le pays encourage l’usage de récipient réutilisable et biodégradable.

La RDC dont le sol est quasi défiguré, n’en est pas en reste. Le Premier Ministre Bruno Tshibala a pris un décret interdisant l’exploitation, la production et l’importation des emballages plastiques non biodégradable sur l’ensemble du pays.

D’aucun s’interroge sur l’avenir d’un tel décret qui est quand même le premier a être pris à ce niveau de décision. Mais pas du tout le seul en ce sens. En son temps, le ministre de l’industrie Remy Musungayi avait pris un arrêté interdisant l’importation des emballages plastiques, mais cette décision s’était soldée par un échec.

Le gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta Yango, via son ministère de l’environnement, avait pris un édit dans ce sens qui est reste lettre morte.

Les observateurs restent perplexes sur l’aboutissement du décret pris par Bruno Tshibala, d’autant plus que le premier ministre ne propose une alternative à ces emballages, et qu’aucun mécanisme de suivi n’a été mis en place jusque-là pour accompagner l’application effective de cet arrêté.

Les concernés ont jusqu’au 30 juin 2018 pour vider leurs stocks

La décision est commentée diversement par les congolais. « Je ne suis pas satisfait de la décision du gouvernement d’interdire l’usage et la vente des emballages plastiques. La vente de ces sachets, nous aide à subvenir aux besoins de la famille. Ceci m’aide à prendre en charge la  scolarité de mes enfants, le payement du loyer, le manger et le boire », s’insurge Paul, vendeur des sachets au marché central de Kinshasa.

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Un Etal de vente de sac plastiques au marché de la Liberté.

« Le gouvernement ne peut pas interdire l’usage des sachets plastiques sous prétexte qu’ils sont à l’origine de l’insalubrité au moment où le gouvernement n’a pas trouvé une nouvelle alternative », a déclaré Noëlla, usagère des emballages plastiques.

Michel, étudiant à l’Institut facultaire des sciences de l’information et de la communication (IFASIC), quant à lui, « c’est l’abandon de suivi de l’édit provincial interdisant l’exploitation de sachets plastiques et autres emballages plastiques qui est à la base de l’insalubrité à Kinshasa ». Pour lui, Il faut de mesures coercitives à l’encontre de tous ceux qui vont à l’encontre de la décision prise par les autorités.

Selon le coordonnateur adjoint de la ligue des consommateurs de la RDC, Erick Manuana, la décision d’interdire les emballages plastiques est capitale pour limiter tant soit peu le ravage induit par ces emballages. Il encourage les consommateurs à respecter cette décision.  « C’est une mesure salvatrice pour les consommateurs et le peuple congolais en général », a-t-il conclu.

Pour la Ligue des consommateurs, les vendeurs des emballages plastiques se doivent de respecter le moratoire leur accordé par le gouvernement pour vider leurs stocks. « Il y’a un temps imparti pour que la population s’arrange à abandonner cette consommation. les fabricants et commerçants de ces emballages plastiques doivent prendre des dispositions utiles pour se conformer », a-t-il ajouté.

Toutefois, « il existe un droit de consommateurs légiféré en droit congolais, voté par les parlementaires et promulgué par le chef de l’Etat. Si jamais les consommateurs estiment que le décret pris par le premier Ministre ne les arrange pas, ils peuvent saisir la Cour d’appel pour sursoir cette décision ». A indiqué le directeur de la Ligue des consommateurs, Katundu Mboma.

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Un décret salutaire, avec un impact négatif

Il faut envisager l’impact du décret pris par le premier ministre portant interdiction de fabrication et d’importation des emballages plastiques est à la fois à court, à moyen et à long terme. Mais à l’heure actuelle, il n’est pas aisé pour les vendeurs d’abandonner leur business.

A court terme, il peut avoir la baisse des recettes douanières et une répercussion en termes de chiffres d’affaires auprès des entreprises locales fabriquant ces emballages plastiques. « Le risque est pour certaines entreprises de mettre la clef sur le paillasson, une grande partie de la population risque de perdre leur travail », s’est-il inquiété Mangalu Mobhe, Professeur au Département des Sciences de population et de développement de l’UNIKIN.

Pour les écologistes, si ce décret entre réellement en vigueur, ce serait un pas vers la limitation des effets induits par les emballages plastiques contre notre environnement.

En attendant, la date buttoirs de la fin du moratoire avance à grand pas. Dans exactement 17 jours, la RDC fermerait défensivement la porte sur les emballages plastiques.

Cindy Diakiese Lapi & Albert Muanda Mbenza

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Une réflexion au sujet de « Salubrité : Bruno Tshibala a 17 jours pour appliquer son décret sur les emballages plastiques »

  1. Les sachets plastiques dégradent sensiblement l’Environnement dans Notre Pays, la RDC. Nous estimons que les décrets, les édits et autres décisions mis en place dans ce domaine sont les bienvenus, cependant, les dispositifs nécessaires pour leur application doivent s’en suivre.
    Dans notre province du Sud-Kivu, les élus du peuple avaient votés un édit interdisant l’importation des sachets plastiques, cependant, aucun suivi n’est fait car on en voit de toutes les couleurs partout sur l’espace, dans les décharges incontrôlées dans la ville, dans les caniveaux avec comme terminus le lac Kivu où la Biodiversité vit sous menaces.
    Les agriculteurs quant à eux ne font qu’empatir dans la mesure
    où leurs présence dans les champs, ils appauvrissent le sol.
    Par ailleurs, pour s’en débarasser, la population les brûle, alors que leur incendie dégage le dioxyde de soufre qui est l’un des gaz à effet de serre qui intervient dans le réchauffement climatique.
    Notez que dans le cadre de la commémoration de la Journée Internationale de l’Environnement 2018, notre structure dénommée Action pour l’Education Environnementale, Genre et Développement Durable au Kivu sensibilise la population sur les dommage des sachets plastiques face à l’Environnement.
    Nous sollicitons auprès des autorités du Pays, l’application des mesures d’accompagnement pour éviter que la DRC ne soit confondue à une poubelle.

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