France : Joseph Bobia, « la démission de Nicolas Hulot est un aveu d’échec »

Il n’a pas fallu plusieurs heures pour que les réactions à la démission de Nicolas Hulot, ministre français de la Transition écologique, ne fusent de partout. Pour les écologistes, cette démission est l’expression de l’incapacité de Monsieur Hulot à convaincre le Président français, et tout son gouvernement à s’investir réellement à la hauteur des enjeux environnementaux.

Joseph Bobia Bonkaw, activiste congolais de l’environnement.

Pour Joseph Bobia, écologiste congolais et spécialiste des questions environnementales, la démission de Nicolas Hulot est un aveu d’échec. Car, selon lui, Hulot n’a pas su convaincre son gouvernement à asseoir un bon programme de l’environnement.

« Figurez-vous, la France se dit porteuse de l’Accord de Paris (de 2015) qui tient à la lutte contre le réchauffement climatique, la préservation des forêts, la promotion des énergies RENOUVELABLES,… mais la France importe du bois illégal de la RDC. Elle est la deuxième importatrice du bois illégal congolais après la Chine. Elle foule aux pieds les normes de RBUE (Règlement Bois de l’UE). Elle est derrière ou supporte les énergies fossiles (pétrole) et nucléaires au lieu de promouvoir les énergies renouvelables et propres », a-t-il déclaré.

Pour cet activiste congolais, le fait pour la France de détourner les fonds destinés au développement, pour financer l’exploitation industrielle du bois en RDC est le reflet de la cacophonie d’une France qui se dédit. Cette attitude exprime également le manque d’engagement aux prescrit de l’Accord de Paris qu’elle a tant prôné.

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« Elle [Ndlr, la France] est soupçonnée d’être derrière la désaffectation des parcs en RDC pour exploiter le pétrole. Elle tient à relancer l’exploitation industrielle du bois en RDC avec de l’argent du développement et de REDD alors que le secteur forestier doit être assaini pour instauration d’une gouvernance forestière,… », s’est indigné Monsieur Bobia.

Cette démission devrait pousser les dirigeants français à réfléchir à deux fois sur le rôle que le pays joue dans la lutte contre le réchauffement climatique, et sa politique extérieure en terme de gestion des ressources naturelles, surtout en Afrique, où le pays de Macron applique la carte de deux poids, deux mesures.  « La France est soupçonnée d’être pour le transfert des eaux du fleuve Congo vers le Lac Tchad. C’est un programme de destruction des vies et non de préservation. La France doit changer son programme de l’environnement pour ne pas prôner la lutte contre le réchauffement et faire le contraire », a-t-il insisté.

Même son de cloche à Greenpeace France

« La démission de Nicolas Hulot n’est pas surprenante tant les enjeux environnementaux et climatiques n’ont pas été traités à la hauteur de l’urgence depuis son arrivée au gouvernement. Elle signe un constat d’échec et la faiblesse des mesures prises, très éloignées des ambitions affichées ». A précisé le communiqué de Greenpeace publié hier en début de soirée.

Emmanuel Macron s’est contenté d’effets d’annonces sur le climat, la biodiversité et tous les sujets environnementaux. Ses grands discours sur l’urgence climatique, son engagement à défendre l’Accord de Paris, sont loin d’avoir rendu la France exemplaire sur la scène internationale, les émissions de CO2 continuant d’augmenter chaque année. Les récentes mesures sur l’énergie ou les agrocarburants vont même à l’encontre des engagements pris lors de la COP21.

Sur le nucléaire, Nicolas Hulot a confirmé ce matin l’absurdité du soutien à une filière qui est une “folie techniquement et économiquement”. Il dénonce le soutien de Stéphane Travert et du gouvernement à un modèle agricole dépassé, polluant, et fortement émetteur de gaz à effet de serre.

« Nous avons malheureusement perdu une année cruciale pour défendre les enjeux environnementaux. L’été a encore montré l’ampleur inédite des dérèglements climatiques. Nicolas Hulot fait finalement le choix courageux de quitter un gouvernement dont il ne veut plus être la caution écologique, condamné à l’impuissance et à justifier les contradictions d’un président qui refuse la transition énergétique et écologique », a déclaré Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

Il a également dénoncé le poids des lobbys et les contradictions gouvernementales. Il confirme ainsi que la politique agricole, énergétique et climatique est sous l’emprise d’intérêts court-termiste alors que les enjeux imposent des décisions fortes portées par une vision de long terme.

Alfred NTUMBA

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