Ressources naturelles : L’alimentation, le vrai carburant d’une industrie extractive

Entre Mai 2013 et Mai 2017, le guichet unique de création d’entreprise congolais a validé 6181 entreprises créées. La République démocratique du Congo continue bien de séduire les investisseurs qui se bousculent au portillon de ce pays dont le sous-sol compte parmi les plus riches du monde, ce qui fait dire du Congo un scandale géographique.

Si les forêts, le commerce et les hydrocarbures intéressent  les  entrepreneurs, le secteur minier  est le premier secteur de productivité nationale  au regard de sa contribution au trésor public de l’ordre de 82,2% selon le rapport ITIE-RDC de 2015.

Le secteur formel des mines emploie 47 901 contre  27 669 sous-traitants soit 79 369 nationaux. Une main d’œuvre importante et dont le travail consiste à produire et produire davantage de minerais. Si le rôle de l’outil  de production n’est pas à démontrer,  la qualité de la main d’œuvre reste quant à elle un facteur déterminant dans cette industrie extractive.

La qualité du traitement, de l’eau de boisson et de l’alimentation à donner aux milliers des travailleurs dont un nombre important  sont des jeunes, est malheureusement  chaotique. Dans une Analyse des Conditions de Travail au sein des Entreprises Asiatiques opérant  dans l’ex-province du Katanga  publiée en 2016, une ONG locale, Mouvement pour le Droit de l’Homme et la Réconciliation, donne le cas de deux sociétés appartenant aux sujets chinois, et dont le service de restauration sert aux travailleurs, pour l’un, un repas dont le menu est composé de trois petites boules de foufou avec un poisson « Thomson » ou un poisson salé, plus deux cuillères de légume.

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Ce repas est payable au prix de 300 FC à retenir sur le salaire de l’ouvrier à la fin du mois. Les travailleurs journaliers n’ont pas droit à ce repas, et pour l’autre une boule de foufou, plus un poisson « Thomson » accompagné de deux cuillerées de légume, pendant les heures de pause  journalière.

Le modèle de l’ex-Gécamines

Qu’est-ce qu’une telle alimentation peut apporter à ce travailleur au regard du dur labeur, nuit et jour à veiller, conduire ou manipuler des engins lourds servant d’outils de travail. Pourtant une éloquente expérience existe dans cette même partie du pays, où l’actuelle Gécamines alors Union minière du Haut Katanga se pencha sur l’alimentation des travailleurs, à partir de 1943 pendant la période difficile de ravitaillement en viande de boucherie.

Le staff  songea à exploiter au maximum les  ressources offertes par les pêcheries. Une organisation se mit en place, peut-on lire dans MINISTERE DES COLONIES, Plan décennal pour le développement économique et social  du Congo Belge de 1949, allant de l’administration de la pêche et les organes de pêche jusqu’à la conservation et la commercialisation des produits de la pêche.

Le résultat ne se fit pas attendre. Près de 5 ans après ce plan, 295 838 tonnes de poissons frais ont été produits et écoulés sur le marché du Haut Katanga  corollairement à l’expansion industrielle et à l’importance des effectifs des travailleurs en demande d’une alimentation riche et suffisante.

Jusqu’à la fin des années 1950, La production annuelle de l’UMHK grimpa jusqu’à 300 000 tonnes (record de 1960), ce qui représente 7 ou 8 % de la production mondiale. Et en octobre 1960, la société a produit 6 millions de tonnes de cuivre depuis sa création, emploie quelque 20 000 travailleurs contre 10 000 en 1935.

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L’entreprise a continué à soigner ses ouvriers pour lesquels elle construisit des écoles, des dispensaires, des hôpitaux et des infrastructures sportives. Si les retombées de sa prospérité sont importantes pour le Katanga, elles touchent l’ensemble du Congo car les taxes levées sur les exportations constituent plus de 50 % des revenus de la colonie.

La richesse d’une nation dépend non du nombre de ses habitants, mais de la qualité de nourriture dont ils disposent, dit une maxime chinoise. Les enseignements de l’histoire économique comme ceux de l’histoire en général méritent d’être pris en compte lorsqu’on se penche sur la problématique de développement.

Avec une volonté politique, Il est possible d’inverser les tendances actuelles marquées par le recours massif à l’importation de denrées alimentaires en faveur de l’exploitation rationnelle de notre énorme potentiel halieutique aussi bien que nos abondantes ressources agricoles et pastorales, afin de nourrir convenablement l’homme et dynamiser la production nationale, peut-on conclure avec   Venant TEKILA, attaché de recherche au Centre de Recherche en Sciences Humaines (CRESH à Kinshasa) dans son article paru dans Congo-Afrique Mai 2018 intitulé Rd Congo : Répondre au défi de l’alimentation par le développement de la pèche.

François Mukandila

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