Conservation : Derrière le combat des protecteurs de la biodiversité (Tribune de Julien Muyisa)

Les pages qui vont suivre ne mettent nullement en évidence une maîtrise des styles de la langue française ou une quelconque érudition. Il s’agit plutôt, d’un homme qui parle de ce que c’est dédier sa vie pour la protection de la nature en République Démocratique du Congo. Pour comprendre l’histoire, il faut savoir où tout a commencé.

Juillet 2008, il visite la réserve de faunes à Okapis et  se rend aussitôt compte que la vie d’un écogarde ne tient qu’à une ficelle. Ce récit engagé plaide pour une amélioration des conditions de vie des familles veuves d’éco gardes dont –derrière la caméra- très peu se rendent compte du sacrifice qu’ils ont dû endurer quel que soit le rang de leur bien aimé(e) servant dans le parc.

Le Contexte des Aires Protégées

La République Démocratique du Congo compte environ 71 aires protégées, soit 11% du territoire national contenant une variété des ressources naturelles : animaux, insectes, cours d’eaux, minerais ainsi que les plantes. Elle est qualifiée de 2eme poumon du monde suite à son immense forêt tropicale. Chaque année, on observe de l’engouement des étrangers qui s’y rendent pour des recherches scientifiques, le tourisme et de la détente. Ce pays abrite presque toutes les merveilles du monde.

On doit la sécurisation des aires protégées à un groupe d’hommes et des femmes en uniforme. Patrouilles, entraînements, arrestation, parades militaires, c’est ça qui caractérise leur quotidien. Ils sont appelés les écogardes. Depuis plus de deux décennies, le métier de l’écogarde a complètement changé. Il est devenu le métier le plus dangereux du monde. Les guerres qu’ont traversés le pays et les tensions des pays limitrophes ont transformé les aires protégés de la RDC en vrai tombeau d’écogardes. Ces hommes et femmes font face aux grands braconniers bien armés qui n’hésitent pas à les tuer pour entrer en possession d’ivoire d’éléphants ou d’autres espèces animales plus profitables. Ces butins sont revendus dans des marchés illégaux pour se procurer de l’argent : de quoi acheter des munitions et pérenniser le braconnage.

Les écogardes, qui sont-ils et comment ils servent ?

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On ne peut cependant pas parler des défis et problèmes qui affectent les écogardes sans considérer leurs familles.  Ce travail a des effets négatifs sur la famille.

D’abord faire face à l’absence de son bien aimé(e) à cause des formations ou patrouilles. A cela s’ajoute le ressentiment d’inquiétude pour la santé et la sécurité du membre de famille qu’on éprouve.

Des gens qui te rappellent que la vie de ton père ou de ta mère ne tient qu’à une ficelle, écouter toujours le bilan des accrochages, des éco gardes qui se font tirer dessus. Alors tu t’arrêtes un moment et  te poses la question de savoir quand est-ce que ce drame pourrait frapper ta propre famille. Toutes ces nouvelles proviennent, bien entendus, des sources informelles. Jusqu’à ces jours il n’y a pas, au sein de l’ICCN, un organe en charge de fournir aux familles paramilitaires des informations sur les risques de ce métier, ce qui pouvait advenir après la mort d’un ranger et comment s’y prendre pour réduire ce choc et assurer une résilience familiale.

Quand il s’agit d’une famille avec une  mère ayant fait des longues études, la situation est un peu différente parce qu’elle sait rassurer les enfants et leur apporter du soutien psychologique nécessaire.  Mais la majorité des familles d’Eco gardes vivent dans les sites des aires protégées et leurs épouses sont originaires de là. Des endroits reculés en pleine forêt tropicale. On s’aperçoit directement que la grande majorité d’épouses d’Eco gardes en RDC n’ont pas eu la chance d’étudier.

La plus part ne se contentent que du salaire de leur partenaire, soit entreprennent des petits commerces qui leur procurent des bénéfices dérisoires.  Ce qui fait qu’une fois un éco garde meurt, c’est toute sa famille qui croupit dans la misère.

Un pas vers le soutien aux familles des écogardes des Eco gardes

Photo okapi

Les écogardes sont des héros. Des héros qui acceptent embraser le sacrifice ultime pour la bonne cause. Un rapport du parc National de Garamba paru en Avril 2018 a montré qu’au court de trois dernières années, les éco-garde de cette aire protégée ont eu 59 accrochages avec des groupes armés pendant les patrouilles. Vu le climat politique qui reste fragile et imprévisible en RDC, tout porte à croire que ces statistiques seront revues à la hausse au fil du temps.

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Cherchant à savoir comment se comporte le gouvernement devant les familles d’éco-gardes décédés en plein service, voici ce qui en est sorti : Après la mort d’un éco-garde, une prise en charge du deuil et de l’enterrement du défunt/défunte est observée. Quelques jours plus tard, il est demandé à la veuve/veuf et aux enfants de libérer le camp. Dépendant de la disponibilité du fond au site où le défunt/défunte travaillait, on remet à la famille une cagnotte en guise de décompte final. Prenant l’exemple du parc de Virunga, un site du patrimoine mondial, le plus vieux parc de la RDC et d’Afrique. Ce parc a enregistré 140 morts des éco-gardes de 2004-2014.

Ceci représente cent quarante familles privées de soutien scolaire, déguerpies de leur demeure et ne bénéficiant d’aucune prise en charge médicale. Ces familles qui avaient tissés un lien fort avec leur communauté et identité paramilitaire, et bénéficiés d’amour et de soutien d’autres épouses de rangers sont maintenant obligé de se réintégrer dans la vie civile avec des personnes qui n’ont aucune idée sur la vie d’éco garde. Une bonne partie d’entre-elle, déménage pour aller habiter dans un autre village qui peut être à l’intérieur ou en dehors de l’aire protégée. Dans ces deux cas, il y a de coût à supporter : frais de déplacement, les dépenses de réaménagement, etc.

Les enfants du défunt ou de la défunte ne bénéficient même pas des besoins élémentaires tels que les soins médicaux ou la scolarité. On observe calmement s’éteindre ces destins sans étoile.

Ceci n’est qu’une illustration de ce qui se passe dans les soixante-huit aires protégées de la République Démocratique du Congo. Ce qui rend perplexe c’est que les écogardes continuent à honorer leur serment. Conscients du danger qui attend leurs familles après leur mort,  l’on voit quand-même des hommes et des femmes volontaires s’enrôler –chaque année- pour servir la bonne cause. On s’aperçoit rapidement que leur source de motivation n’est pas de l’argent mais plutôt la passion de leur métier. Je parviens à prendre ma plume pour griffonner ces paroles dans une langue qui n’est pas la mienne parce que mon père a survécu aux guerres contre le braconnage.

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Sinon, comme toutes les autres personnes abandonnées à leur triste sort, je n’aurai su finir mes études. Il est temps que les consciences humaines se réveillent. En retour du travail que ces hommes et femmes ont accompli pour toute l’humanité en risquant leur vie pour protéger notre écosystème, nous devons leur rendre l’ascenseur. Heureusement que le monde nous donne l’occasion de la faire.

Le 31 juillet de chaque année, le monde entier célèbre la  journée internationale des écogardes. Une journée qui serrait en RDC fériée et dédiée en raison de risques qu’ils prennent dans l’exercice de leur métier. Une opportunité pour les autres concitoyens d’apprécier le sacrifice des écogardes et être sensibilisés sur le soutien que l’on peut donner aux familles des écogardes qui nous ont quittés sur la ligne de front contre le braconnage.

L’on peut croire que c’est juste servir son désir pour l’environnement mais garantir la prise en charge des orphelins d’un écogardes tombé dans l’exercice de leur fonction motiverait davantage ceux et celles qui sont encore vivant (e) dans leur lutte. Et l’on pourra voir accroître l’efficacité des patrouilles dans les parcs nationaux.

Un autre moyen serrait aussi d’augmenter la résilience des familles d’écogardes. Les préparer à s’occuper de leurs besoins quotidiens même après  la mort de leur bien aimé(e) servant pour le parc. Ceci à travers une plateforme de dialogue où on les apprend des notions sur la gestion, épargne et les encourager de commencer une activité rémunératrice de revenu. Cette plateforme permettra à comprendre exactement le métier d’éco garde, des informations à ne pas divulguer,…

Par Julien Muyisa Mapilanga, Msc CHD

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2 réflexions sur « Conservation : Derrière le combat des protecteurs de la biodiversité (Tribune de Julien Muyisa) »

  1. Nous souhaitons bonne lecture à tous et toutes qui auront le temps de parcourir cet article. C’est un plaidoyer en faveur des veuves et orphelins d’éco-gardes. Tous ensemble on peut y arriver. Par ailleurs, quel geste dangereux de fouler ses pieds dans un si immense et inhabituel domaine: L’art littéraire! Qu’à cela ne tienne, on en a user juste pour faire passer le message.

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