Forêts : Les pays doivent inclure la protection des tourbières dans leurs stratégies pour le climat

Une publication spéciale, réunissant des recherches sur les plus vastes tourbières du monde, appelle les pays à inclure la protection des tourbières dans leurs stratégies pour le climat et à s’inspirer de leurs expériences respectives pour une gestion durable de ces fragiles écosystèmes humides.

 Les tourbières tropicales constituent l’un des principaux puits de carbone de la planète, mais elles sont menacées par certaines activités, telles que l’agriculture, les aménagements et l’exploitation minière. Dans une publication spéciale qui présente les dernières découvertes sur les forêts de marécages tourbeux en Indonésie, en Amazonie et dans le bassin du Congo, les gouvernements sont appelés à partager leurs enseignements.

« Les tourbières représentent une véritable opportunité de lutter contre le changement climatique, mais pour cela, nous avons besoin que les décideurs politiques et les scientifiques travaillent main dans la main pour élaborer des stratégies solides », a déclaré Daniel Murdiyarso, expert scientifique principal du Centre de recherche forestière internationale, au nom des autres rédacteurs invités, Erik Lilleskov et Randy Kolka des Service forestier des États-Unis. « Il est également primordial que les pays partagent leurs connaissances sur la conservation et la gestion des tourbières, afin d’éviter de se heurter deux fois à la même difficulté », a-t-il ajouté.

La conversion des tourbières tropicales d’Asie du Sud-Est se poursuit à un rythme alarmant – c’est particulièrement le cas en Indonésie où l’exploitation des tourbières au profit de l’huile de palme et du bois de pulpe s’est fortement développée dans les années 80. Les tourbières d’Amazonie et du bassin du Congo sont bien moins dégradées, mais elles risquent de prendre le même chemin non durable si aucune disposition n’est prise, alertent les chercheurs.

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Ce document explore comment les enseignements dégagés en Indonésie peuvent guider les politiques pour protéger les tourbières du Pérou et de la République du Congo, encore relativement intactes, tout en soulignant qu’à elles seules, ces trois régions couvrent 50 millions d’hectares au total et séquestrent jusqu’à 3 000 tonnes de carbone par hectare. Les scientifiques insistent sur le besoin de politiques fortes qui préserveront les tourbières de l’exploitation d’hydrocarbures et du développement des infrastructures, et demandent aux pays d’échanger leurs connaissances pratiques avant qu’il ne soit trop tard.

« La reconnaissance des tourbières comme un écosystème unique et cependant vulnérable par les politiques au niveau national, et l’estimation de leur capacité à accumuler le carbone sur de longues durées, pourraient multiplier les chances que ces puits de carbone ne se transforment pas en sources majeures de gaz à effet de serre », concluent les auteurs des neuf articles de la synthèse.

Cette étude porte d’autres implications politiques. Par exemple, les articles, qui identifient les moteurs de conversion, peuvent être utilisés pour affiner les facteurs d’émission – ce qui est indispensable pour quantifier les émissions de gaz à effet de serre issues de la dégradation des tourbières. « Les données compilées dans cette publication spéciale viennent enrichir les informations existantes, notamment sur les facteurs d’émission qui figurent dans les directives présentées dans le supplément sur les zones humides du GIEC », est-il précisé dans le document.

Ce numéro spécial de la revue Springer « Mitigation and Adaptation Strategies for Global Change » (Stratégies d’atténuation et d’adaptation pour un changement mondial) réunit neuf articles venant d’Indonésie, du bassin du Congo et de l’Amazonie péruvienne, porteurs de nouvelles connaissances qui pourront aider les décideurs politiques à concilier les objectifs climatiques, de développement et de conservation. « Tropical peatlands under siege: the need for evidence-based policies and strategies » (Les tourbières tropicales en état d’urgence : nécessité de politiques et de stratégies fondées sur des données factuelles) est un travail qui a été mené par le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), en collaboration avec le Service forestier des États-Unis et grâce à l’appui de l’USAID.

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Alfred NTUMBA

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