RDC : Kinshasa ville verte, le grand défi qui attend le nouveau gouverneur

Une ville comme Kinshasa doit se positionner stratégiquement comme étant celle qui fait partie de la solution aux problèmes climatiques, et non pas une ville qui contribue à les graver.  Lorsqu’on regarde le classement de dix premières villes vertes dans le monde il y’en a en  Europe, en Amérique Latine, en Australie, tandis que l’Afrique n’en dispose aucune.

Dans une interview exclusive accordée à ENVIRONEWS, Tosi Mpanu Mpanu, expert en climat et négociateur senior à la CCNUCC, donne son point de vue sur les attentes de la ville-province de Kinshasa, les défis à relever, les enjeux et les opportunités que présentent ce mégalopole de plus de 15 millions d’âmes.

Environews : Monsieur Tosi, lorsqu’on parle d’une ville verte, on fait allusion à quoi exactement ?

Tosi : Lorsqu’on parle d’une ville verte, il me vient d’abord à l’esprit, les espaces verts. Est-ce que la ville contient–elle des  jardins publics, des terrains de golf, des forêts, des espaces où l’on peut se promener, etc. Malheureusement, ici en Kinshasa on se rend compte que le moindre petit espace vert qui existe est vendu, et on construit dessus, ceci fait que la ville ne respire plus.

Environews : Triste réalité certes, que faut-il faire pour relever ce défi ?

Promouvoir le reboisement

Tosi : Je pense que le premier axe sur lequel il faut travailler c’est la restauration et la réhabilitation de ces espaces verts. Aujourd’hui quand on pense aux espaces verts, on pense plutôt aux communes de N’Sele et Maluku qui sont des communes semi-rurales. Il est bien d’avoir ces communes là comme le poumon de la ville.

Il faut donc pouvoir recréer des espaces verts, prendre des sites peut être qui sont délaissés,  y faire  du boisement. Car, il faut savoir qu’il existe une corrélation entre les espaces verts et la santé des résidents.

Les gens qui habitent à côté d’un espace vert ont des opportunités de sortir, se promener, de faire du jogging, et lorsque la population va mieux c’est un coût social moindre en termes de santé. Et c’est un gain en termes d’efficacité.

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Les élèves se préparant à planter les arbres à Kinshasa (Photo, Serge Ntumba)

Le deuxième axe et l’information, la sensibilisation et la vulgarisation. Il faut que chaque kinois puisse développer de facultés d’éco-citoyen. Pour faire de Kinshasa une ville verte, il faut voir ce que la ville a comme problèmes environnementaux. Il y’a des problèmes autour de ces espaces verts. Il faut essayer de trouver des endroits comme le long des rivières, des quartiers désaffectés, des endroits où on peut faire des plantations. Il faut réfléchir sur comment la ville va grandir pour mieux planifier, mieux urbaniser et éviter de répéter les problèmes auxquels  nous sommes confrontés aujourd’hui.

ENVIRONEWS : A ce problème des espaces verts, il y’a aussi les émissions de gaz à effet de serre. Que faut-il faire dans une ville comme Kinshasa ?

TOSI : Un autre problème qui amplifie la crise écologique dans la ville de Kinshasa c’est les émissions de gaz à effet de serre. Il y’a énormément de véhicules et de groupes électrogènes, donc il faut essayer de réduire les gaz à effet de serre.

Innover dans le Transport

Il faut par exemple mieux gérer le transport ; pour cela il faut des solutions onéreuses qui vont nécessiter des gros investissements. Il faut absolument mettre en place un projet de métro aérien, simplement parce que le sol kinois est marécageux.

Ce sont des projets qui sont développés par plusieurs pays comme la Chine, pour aider la grosse masse de la population à se déplacer au quotidien, grâce aux énergies renouvelables et non polluantes.

Dans ce projet, il convient de penser aux types de partenariats à mettre en place pour mobiliser les financements, et les compétences techniques pour sa mise sur pied.

Au-delà de ça, il y’ a aussi des solutions à moyens et courts termes comme : « pousser les gens à utiliser plus le transport en commun », en s’assurant que les usagers ne perdent pas beaucoup de temps dans les embouteillages.

Cette technique peut être possible, si on crée des bandes spéciales pour les bus par exemple. On peut donc choisir des bus qui roulent soit à l’hydrogène, soit des bus électrique. Cela aura un impact positif sur l’environnement de la ville.

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Il faut également utiliser l’instrument fiscal pour créer une incitation à faire quelque chose pour arrêter d’en faire une autre ; par exemple augmenter une taxe sur le carburant. Ceci va pousser tout le monde à prendre le transport en commun parce qu’il va coûter moins cher.

Il y a quelques années j’ai été dans la ville de Copenhague j’ai vu dans cette ville  environ 500 kilomètres des bandes cyclable, c’est-à-dire que dans cette ville-là, partout où vous allez, il y a des routes pour les véhicules et des pistes pour les cyclistes. On estime aujourd’hui, qu’environ un tiers de la population de Copenhague se déplace à vélo. A tel enseigne qu’à Copenhague, j’ai même vu des embouteillages des vélos.

Encourager les investissements dans les énergies renouvelables

Hormis les transports, il y a une autre source des émissions de gaz à effet de serre, c’est tout ce qui a trait à l’énergie. Beaucoup des gens n’ont pas accès à l’électricité dans la ville de Kinshasa. La population fait souvent recours aux groupes électrogènes pour alimenter leurs maisons, au bois-énergie pour préparer, tout ceci crée des émissions de gaz à effet de serre.

Il y’ a moyen, à travers des assignations fiscales, d’encourager les gens à investir dans les panneaux solaires pour l’utilisation individuel.  Cela peut se faire par l’octroi  d’un crédit d’impôt aux investisseurs volontaires des panneaux solaires, par exemple.

Établir des normes de construction

Un accent devrait aussi être mis sur l’architecture à Kinshasa. Il y’a beaucoup des directives qui peuvent être données par exemple dans la manière dont on construit à Kinshasa. Il y’ a certaines techniques architecturales qui permettent de bâtir de telle sorte qu’on utilise moins d’énergie.

Le choix de matériaux de construction recommandés, l’établissement de certaines normes sur les besoins de consommation, tout ça peut être décidé par le gouvernorat.

Changer des mentalités

Les bouteilles plastiques flottant sur la rivière Kalamu à Kinshasa.

Il faut que les kinois deviennent des éco-citoyens en développant de l’éco-civisme ; un bon réflexe sur l’utilisation de l’eau et de l’électricité. Ce réflexe appelle à une bonne appréhension de la question environnementale.

Un autre réflexe est celui du tri des déchets ; chez soi, on peut commencer à faire le tri de ses déchets jusqu’à séparer comme il faut les déchets organiques pour en faire du compostage et aménager un petit potager.  Ce serait déjà une activité qui va permettre la réduction des déchets dans les décharges sauvages.

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On estime pour une ville de Kinshasa avec au moins 10 millions d’habitants si non plus,  chaque kinois produit 0,8 kilos des déchets par jour, donc ce qui fait que la ville produit 8 mille mètres cube des déchets par jour.

Si chacun d’entre nous réfléchissait à la bonne gérance de ces déchets à travers les meilleurs réflexes de tris, en mettant de côté les déchets qui peuvent être envoyés vers les Centre d’Enfouissement Technique, et les déchets organiques qui peuvent être très utiles pour le compostage.

Chacun doit posséder un petit sac d’emballage au lieu d’utiliser de temps en temps des sachets plastiques, souvent non biodégradables. Cette pratique va réduire les déchets que l’on retrouve dans la ville, souvent composés de divers emballages que l’on utilise. « Si on ne gère pas bien nos déchets, nous en serons les premières victimes ».

Il y’a énormément des déchets liquides dont la plupart sont déversés dans les cours d’eau. Beaucoup de ces déchets liquides proviennent de différents procédés de fabrication, et contiennent beaucoup de phosphate, une composante qui affecte la qualité des eaux de rivières et du fleuve, utilisées pour la boisson.

Ces déchets liquides sont souvent des huiles, des acides des batteries etc. Ces déchets s’infiltrent dans le sol jusqu’à atteindre la nappe phréatique. Ne soyons pas surpris de constater une accélération rapide des certaines maladies comme le cancer, parce que cette eau contient beaucoup d’éléments chimiques et des métaux lourds.

Enfin, il faut voir comment profiter de la démographie de la ville de Kinshasa. Cette démographie constituée en majeure partie des jeunes peut aider. Si jamais chaque jeune kinois décidait de faire quelque chose pour la ville, cela pourra aider à développer notre capitale.

Propos recueillis par Alfred NTUMBA

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