Bassin du Congo : Une étude alerte sur l’extinction des espèces du genre Entandrophragma

Une nouvelle étude publiée dans la revue du CIRAD (Centre français de recherche agronomique pour le développement), alerte sur une possible disparition des quelques espèces de bois du genre Entandrophragma qui font l’objet d’une intense exploitation, susceptible de compromettre leur pérennité en l’absence d’une gestion durable. L’étude dresse un état de la situation de cinq espèces commerciales principales de ce genre : Entandrophragma angolense, E. congoense (souvent assimilée par erreur à E. angolense), E. candollei, E. cylindricum et E. utile. Elle propose des pistes de recherche pour améliorer les stratégies de gestion durable au sein de ce genre.

« La forte exploitation industrielle et artisanale de ces espèces ne s’effectue pas toujours dans le respect d’un plan d’aménagement validé, ni de la durée minimum des rotations qui permettraient l’un et l’autre un taux de reconstitution pérennisant cette ressource. Leur gestion durable exige notamment le développement et le respect de mesures d’aménagement pour rendre leur exploitation renouvelable à long terme », indiquent les chercheurs.

L’étude est principalement basée sur les données scientifiques (publications), économiques (statistiques de production et d’exportation) et juridiques (lois et réglementations), mais aussi sur les plans d’aménagement et les rapports d’inventaire. Les connaissances sur leur gestion sont encore fragmentaires alors qu’elles sont considérées comme vulnérables dans la liste rouge de l’UICN.

« La Côte d’Ivoire est le pays qui a le plus exploité les espèces commerciales de Entandrophragma, avec 10 millions de mètres cubes de grumes exploités entre 1963 et 1973. Cette forte exploitation associée à l’extension des terres agricoles au détriment des forêts y a fortement réduit la ressource. Dès le milieu des années 1970, les exportations ont commencé à baisser. Cet appauvrissement de la ressource s’est concrétisé dans les années 2000. Les statistiques d’entrées de grumes en usine ne font alors plus référence qu’au seul E. angolense avec 41 700 m3 de grumes en 2004 et 10 400 m3 en 2012 », précise l’étude.

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Afrique centrale, nouveau pool de production

Actuellement, l’exploitation de ces espèces s’est déplacée vers d’autres régions notamment en Afrique centrale. « L’évolution entre 2005 et 2012, pendant laquelle la production contrôlée de grumes des Entandrophragma en Afrique centrale est la suivante : b sapelli : Congo ± 3,5 millions de m3, Cameroun ± 3 millions de m3, RCA ± 2 millions de m3 et RDC ± 500 000 m3 ; b sipo : Congo ± 550 000 m3, RDC ± 200 000 m3 et RCA ± 150 000 m3 ; b kosipo : Cameroun ± 300 000 m3, RCA ± 150 000 m3, Congo ± 75 000 m3 et RDC ± 50 000 m3 ; tiama blanc : RCA ± 100 000 m3 et RDC ± 100 000 m3 », peut-on lire dans cette étude. Des chiffres assez inquiétants déplorent les scientifiques.

Espèces très prisées

Prisées pour leurs multiples usages, les Entandrophragma sont des espèces pourvoyeuses des chenilles. Elles sont aussi très utilisées dans la construction, l’artisanat, la pharmacopée, l’économie de subsistance ou pour le transport fluvial avec la fabrication de pirogues. L’écorce de ces espèces est utilisée en pharmacopée contre plusieurs maladies. Les racines de E. candollei sont utilisées comme anti-venin contre les morsures de serpents. Les graines de Entandrophragma, notamment E. angolense, sont riches en huiles qui mériteraient des études détaillées sur leurs propriétés, notamment leur toxicité. Compte tenu de leurs multiples usages médicinaux, il serait souhaitable d’approfondir les études pharmacologiques à partir des écorces et des racines ainsi que les études chimiques de façon à identifier les molécules actives.

Les scientifiques recommandent que l’exploitation de ces espèces s’appuie sur une gestion adéquate des peuplements naturels et sur le reboisement ainsi que sur des mesures de conservation. « Les recherches à développer doivent intéresser leur vitesse de croissance face aux évolutions climatiques, l’évaluation de leurs stocks (production, biomasse, carbone), l’actualisation de leur distribution spatiale, l’amélioration de leur régénération naturelle, les processus de leur reproduction, leurs propriétés anatomiques et technologiques, autant de pistes pertinentes pour garantir la pérennité des espèces exploitables du genre Entandrophragma », précise l’étude.

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Une bonne politique, une législation  et réglementation en matière  de gestion durable doivent être de mise afin de protéger ces espèces hautement vulnérables. Les chercheurs recommande encore aux décideurs de s’investir dans la mise en œuvre effective  des plans d’aménagement forestier, avoir une attention soutenue à quelques règles  et actions spécifiques, procéder à la révision des diamètres minimums d’exploitation, réglementer l’exploitation artisanale et informelle, et renforcer la politique  et les actions de reboisement.

Alfred NTUMBA

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