Biodiversité : Message du WWF-RDC à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la vie sauvage du 3 mars 2020

La Journée mondiale de la vie sauvage nous offre l’occasion de célébrer les nombreuses formes de faune et de flore sauvages dans leur immense variété et de faire prendre conscience des multiples avantages que peuvent en tirer les humains. Aujourd’hui le fléau de la criminalité liée aux espèces sauvages autant que les pertes spectaculaires de biodiversité enregistrées au cours des dernières années se manifestent avec une particulière acuité et imposent une réflexion et des actions aussi courageuses qu’innovantes pour inverser cette tendance dangereuse.

Les elphants dans le Parc national de la Garamba en RDC.

Le thème choisi par les Nations Unies pour la Journée mondiale de la vie sauvage en ce 3 mars 2020 « Maintenir toutes les formes de vie sur Terre », prend en compte toutes les espèces animales et végétales qui composent la biodiversité ainsi que les moyens d’existence des populations humaines, en particulier celles qui vivent au plus près de la nature. Ce thème souligne l’importance de l’utilisation rationnelle et durable des ressources naturelles pour la réalisation des objectifs de développement durable des Nations Unies, parmi lesquels les océans, la vie terrestre, la lutte contre la pauvreté, la consommation et la production responsables sont les principaux piliers.

L’année 2020 sera cruciale pour inverser la tendance de la perte des espèces animales et végétales et de la dégradation de la nature. Le sort du climat, de la nature, des océans et du développement durable est menacé, et ils doivent tous progresser ensemble pour que l’humanité puisse survivre et prospérer sur terre. En 2020, les dirigeants mondiaux ont l’occasion de prendre une série de décisions transformatrices lors de la négociation d’accords sur un nouveau cadre mondial pour la biodiversité, une action sur le changement climatique, un traité pour les océans et un engagement renouvelé en faveur de l’environnement dans le cadre des objectifs du développement durable. Cette année 2020 offre une occasion unique de réaliser des progrès transformateurs pour la conservation et l’utilisation durable des espèces de faune et de flore sauvages.

La faune et la flore sauvage ont une valeur intrinsèque inestimable et contribuent au bien-être de l’humanité à travers différents services offerts. Cependant on assiste malheureusement, de nos jours, à une perte très inquiétante de la biodiversité à travers le monde et notre pays, la République démocratique du Congo (RDC) n’est pas épargnée. A titre d’exemple, les populations d’éléphants de forêt ont diminué de 62% entre la période 2002 à 2012 à cause du braconnage pour leur ivoire

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Toutefois, il y a espoir de renverser la tendance car la faune et la flore constituent des ressources renouvelables. Des efforts de conservation soutenus peuvent aboutir à des résultats appréciables se manifestant en termes d’arrêt des menaces, de stabilisation des espèces et du redressement de la courbe de la biodiversité. L’un des objectifs de WWF pour les dix prochaines années est d’assister à ‘zéro extinction d’origine anthropique des espèces connues’. Pour y parvenir, des partenariats multi acteurs doivent être tissés dans des zones encore à haute valeur biologique. Ces partenariats devront trouver des justes équilibres entre la survie de l’Homme et celle des espèces. Les partenaires de conservation de proximité demeurent évidemment les communautés locales et peuples autochtones riverains de ces zones.

Gestion de la vie sauvage – cas de la Réserve Naturelle du Triangle de la Ngiri (province de l’Equateur)

A l’occasion de la journée du 3 mars 2020, le WWF RDC souhaiterait partager une expérience encourageante de conservation des ressources dans une aire protégée gérée par l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) en partenariat avec les communautés locales. Il s’agit de la Réserve naturelle du triangle de la Ngiri dans la province de l’Equateur.

Ngiri est une aire protégée de dernière génération créée en 2011 et gérée selon les normes de la catégorie VI (aire protégée pour l’utilisation durable des ressources naturelles) de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).Cette réserve, peu connue, dessine un triangle naturel borné par le fleuve Congo, la rivière Ubangi et la rivière Ngiri qui débouche à son tour sur le fleuve Congo par le chenal de Lobengo. Ngiri est traversée par l’Equateur géographique et la végétation y est sempervirente (toujours verte). Outre ses eaux et sa forêt, la réserve de Ngiri est riche en faune sauvage. On y trouve notamment l’emblématique éléphant de forêt, le chimpanzé, l’hippopotame, le buffle, le bongo, et divers singes tel que le colobe d’Angola.

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Inquiétudes sur la biodiversité de la Ngiri et sensibilisation des populations

Comme pour beaucoup d’aires protégées de la RDC, la réserve de la Ngiri a été soumise à une pression intense des populations sur ses ressources au point de susciter une certaine inquiétude sur son avenir. Grâce à l’appui des partenaires financiers, le Ministère de l’Environnement et Développement Durable, a initié un programme de sensibilisation des communautés locales riveraines de la réserve. Ce programme a été mis en œuvre par les communautés à travers les comités locaux de développement (CLD) ainsi que par des mesures incitatives orientées vers le renforcement du pouvoir économique de la population grâce à l’octroi de petites subventions pour des microprojets agricoles et d’élevage.

Dans l’ensemble, durant les trois dernières années, vingt microprojets soumis par les populations via les CLD ont été financés et exécutés avec des résultats encourageants. Des nouvelles variétés de manioc à haut rendement ont été introduites et répandues dans presque tous les villages de l’axe Ubangi, d’autres cultures vivrières telles que le maïs et l’arachide sont adoptées par les populations, des élevages de porcs et de chèvres ont vu le jour dans certains villages contribuant ainsi à l’amélioration des conditions de vie des populations.

La population au centre de la surveillance de la réserve 

La sensibilisation de la population et les résultats des petites subventions ont persuadé les communautés à se porter gardiennes des ressources de la réserve du Triangle de la Ngiri. Les CLD, dans leurs terroirs respectifs, participent à la surveillance de la réserve et collaborent avec l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature  pour dénoncer et décourager des cas de braconnage.

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Les images tirées des pièges photographiques montrent actuellement la présence d’animaux qui étaient pourtant devenus rares à l’instar de l’éléphant et du chimpanzé. Des troupeaux d’hippopotames sont désormais visibles dans la rivière Ubangi.

Le WWF RDC encourage les communautés à maintenir la collaboration avec l’ICCN pour la préservation des ressources de cette réserve qui font partie de leur patrimoine écologique, esthétique et culturel. Il remercie les différents partenaires financiers pour avoir appuyé ce programme tout en les exhortant à poursuivre leurs engagements en faveur de la préservation de la biodiversité en collaboration avec l’ICCN et toutes les autres parties prenantes de la conservation de la biodiversité en RDC.

[1]Etude « Devasting Decline of Forest Elephants in Central Africa”, publiée en mars 2013 et menée par plus de 60 scientifiques dans cinq pays de l’aire de répartition de l’éléphant (Cameroun, RCA, Gabon, RDC et Congo)

Par WWF-RDC

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