Tous les articles par environews

Forêt : Un septembre qui marquera l’histoire pour 4 communautés du secteur de Bakano

10 ans après, les communautés de Bananzigha, Basengele, Banisamasi et Kibu possèdent enfin les titres perpétuels pour les forêts qu’elles occupent coutumièrement.

C’est en date du 17 juillet 2020 que la nouvelle est tombée. Le Gouverneur de province du Nord-Kivu vient de signer les arrêtés pour l’octroi des titres perpétuels à 4 concessions forestières de communautés locales en Territoire de Walikale, Secteur des Bakano. Désormais, 120 259,364 hectares appartiennent officiellement à plus de 31.700 personnes constituant les communautés de Bananzigha, Basengele, Banisamasi et Kibu. Une forte délégation a été mobilisée de Goma et des toutes les quatre communautés pour participer à la remise officielle de ces titres.

Cette activité s’est tenue à Itebero en territoire de Walikale. Pour le compte du gouvernement provincial, la délégation était constituée du ministre provincial de l’environnement ai, le coordonnateur du cabinet d’étude du gouverneur ainsi que le conseillé en charge de l’environnement au ministère de l’environnement. La cérémonie a connu également la participation des délégués du Réseau CREF, de FODI ,de la société civile locale ainsi que plusieurs autorités politico-administratives locales. Continuer la lecture de Forêt : Un septembre qui marquera l’histoire pour 4 communautés du secteur de Bakano

Conservation : Saisie de 56 kg d’écailles de pangolin à la Garamba et des singes au Zimbabwe, la réaction du gouvernement de la RDC

Le Ministre de [‘Environnement et Dévetoppement durable de la République Démocratique du Congo, Claude NYAMUGABO BAZIBUHE, a exprimé son vif regret d’apprendre la saisie au Zimbabwe en date du 08 septembre 2020, de 32 spécimens vivants de chimpanzés en provenance de la Province du Haut-Katanga, en RDC. Il a également été mis au courant de la saisie ce mercredi 09 septembre de 56 Kg d’écailles de pangolins par les écogardes du Parc national de la Garamba, dans le territoire de Niangara situé dans la Province du Haut-Uele.

Le gouvernement de la RDC à travers son ministère de tutelle, condamne ces actes et promet de sanctions sévères à l’endroit de récalcitrants.

« Si les singes en général, à part quelques-uns, sont partiellement protégés, en revanche, tous les grands singes (gorilles, bonobos et chimpanzés) et tous les pangolins (Manis spp.) sont intégratement protégés. Par conséquent, il est interdit de les tuer, de les blesser, de les capturer, de les détenir, de les vendre ou de les acheter vivants, morts ou leurs sous-produits ainsi que d’en consommer la viande, sous peine des sanctions pénales lourdes prévues par les lois susmentionnées, pouvant aller jusqu’à dix ans de servitude pénale. (NDLR, loi  n »14/003 du 11 février 2014 relative à la conservation de la nature et  la loi n »82-002 du 28 mai 1982 portant réglementation de la chasse)« ,

Notons que la saisie des singes a été effectuée précisément à Chirundu, ville frontalière de Zimbabwe et de la Zambie. Cette ville est située à quelques 400 Km de la capitate Harare, alors que l’envoi illégal est passé par le poste frontalier terrestre de Mokambo, dans la Province du Haut-Katanga, pour se diriger vers [‘Afrique du 5ud.

L’enquête se poursuit par les services techniques spécialisés zimbabwéens, en particulier le Zimbabwe Parks and Wildlife Management Authority (ZIMPARKS), en collaboration avec L’lnstitut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), pour identifier exactement les spécimens, objets de saisie au Zimbabwe, avant d’envisager leur rapatriement en République Démocratique du Congo, conformément aux dispositions de la Convention de Washington sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction.

Alfred NTUMBA

Conservation : 32 singes en provenance de la RDC interceptés au Zimbabwe

Trente-deux singes en provenance de la République démocratique du Congo ont été saisis au Zimbabwe, le 05 septembre 2020, par les autorités du pays. Cette cargaison composée essentiellement des singes à queu, notamment les Mangabey et Hocheurs, est sortie de la RDC par Lubumbashi pour l’Afrique du Sud.

Selon les autorités zimbabwéennes, le camion qui transportait ces singes, a été intercepté et arrêté à cause du manque de permis de transit signé par les autorités zambiennes, et zimbabwéennes. A en croire des sources proches du dossier, même les permis émis par la RDC et l’Afrique du Sud pour déplacer ces animaux seraient douteux.

Aucun détail n’a encore été donné sur l’identité de l’importateur ni de l’exportateur de ces singes. Néanmoins, le chauffeur malawite  qui conduisait  le camion et trois congolais qui escortaient les animaux ont été mis aux arrêts  en attendant la poursuite des enquêtes, indique la correspondance zimbabwéenne, dont Environews RDC s’est procurée une copie.

Les premiers éléments de l’enquête indiquent cependant que les suspects n’en sont pas à leur premier forfait. Ils auraient déjà effectué près de cinq transactions similaires pour alimenter un marché illicite chinois en Afrique du Sud.

Du coté de la RDC, aucune déclaration n’a encore été faite ni par le Ministère de l’Environnement et Développement durable, ni par l’ICCN, qui a en charge la conservation des espèces sauvages.  Notons par ailleurs que certains de ces singes en partance pour l’Afrique du Sud, sont inscrits sur l’annexe II de la CITES.

L’Annexe II est la liste des espèces qui, bien que n’étant pas nécessairement menacées actuellement d’extinction, pourraient le devenir si le commerce de leurs spécimens n’était pas étroitement contrôlé. Elle comprend aussi ce qu’on appelle les « espèces semblables ».

Alfred NTUMBA

Biodiversité : Abattage d’un Okapi dans le Sankuru, un défis pour la conservation de la nature 

L’opinion nationale et internationale a appris par la voie des ondes en date du 31 août 2020 l’abattage d’un Okapi dans le Territoire de Lomela dans la Province du Sankuru. L’Okapi est une espèce de mammifère ruminant de la même famille que la girafe, vivant dans des forêts équatoriales d’Afrique, notamment en République Démocratique du Congo. L’instabilité politique qua’a connu la RDC depuis les années 1990 n’a pas laissé sans conséquence cette espèce faisant partie des espèces endémique de la faune sauvage congolaise.

Une peau d’Okapi saisie à Kinshasa ( photo-droit tierces)

La RDC est dotée d’une variété exceptionnelle d’écosystèmes qui referment une riche biodiversité en flore et faune, nécessitant une protection efficace pour le présent et les générations futures. C’est pour cette raison que le pays s’est doté d’un cadre juridique et institutionnel susceptible de protéger, conserver et gérer durablement ces ressources biologiques.

Le pays a ratifié plusieurs textes juridiques internationaux relatifs à la conservation de la nature (Convention sur la diversité biologique en 1994, Convention sur la conservation des espèces sauvages de flore et de la faune menacées d’extinction, dite Convention CITES en 1976, Protocole de Nagoya sur les ressources génétiques et savoirs traditionnels en 2015). La RDC a également renforcé son cadre juridique national à travers des textes juridiques tels que la loi n°82-002 du 28 mai 1982 portant réglementation de la chasse, la loi n° 14/003 du 11 Février 2014 relative à la conservation de la nature et certaines de leurs mesures d’application. Continuer la lecture de Biodiversité : Abattage d’un Okapi dans le Sankuru, un défis pour la conservation de la nature 

Forêt : Un projet d’appui à la sécurisation des droits fonciers et forestiers des communautés locales et peuples autochtones lancé en RDC

Le Centre d’Appui à la Gestion Durable des Forêts Tropicales (CAGDFT), a procédé au lancement officiel des activités du projet d’appui à la sécurisation des droits  fonciers et forestiers des communautés locales et peuples autochtones pygmées (PASDFF), ce jeudi 03 septembre à Kinshasa. Ce projet vise à assurer la sécurisation des droits fonciers et forestiers, la réduction de la pauvreté et à la promotion de la gestion durable des forêts par les communautés locales, les peuples autochtones et les femmes dans cinq provinces de la République démocratique du Congo. 

Spécifiquement il s’agit  d’assurer la sécurisation et la reconnaissance des droits fonciers et forestiers de cette catégorie de la population en RDC, sur  une superficie de 300. 000 hectares. Les activités qui seront organisées dans le cadre de ce projet devront ainsi influencer les politiques et les lois nationales pour qu’elles prennent en compte les droits de communautés locales et peuples autochtones.

« Nous avons remarqué que d’autres provinces sont ignorées alors qu’elles ont aussi un potentiel énorme. C’est dans cette optique que nous avions sollicité auprès de Tenure Facility, d’intégrer ces provinces pour qu’elles contribuent au développement du processus en responsabilisant les COLO (Communautés locales) et les PA (Peuples autochtones), dans la gestion des forêts. »,  déclaré Théophile Gata. directeur exécutif de CAGDFT. Continuer la lecture de Forêt : Un projet d’appui à la sécurisation des droits fonciers et forestiers des communautés locales et peuples autochtones lancé en RDC

COVID-19 : L’ONG  Femme et enfant vole au secours des femmes maraîchères de la vallée de la Funa à Mont-Ngafula

L’ONG Femme et enfant a remis aux femmes maraîchères de la Vallée de la Funa dans la commune de Mont Ngafula, des kits agricoles et ceux de lutte contre la COVID-19, afin de faire face à  la crise économique causée par cette pandémie en République démocratique du Congo. C’était au cours d’une cérémonie organisée le samedi 29 août dans cette partie de Kinshasa, la capitale congolaise.

Cette action s’inscrit dans le cadre de son programme Solution for Congo, une initiative de la présidente de cette organisation, Nala Muller.  » L’humanité fait face à la Covid -19, pandémie considérée comme l’ennemi invisible n°01 contre la santé de la race humaine. Cette
situation sanitaire inédite a paralysé toutes les économies du monde et a imposé un nouveau mode de vie à la population« , indique le communiqué de cette organisation. « En ciblant premièrement les femmes maraîchères, l’ONG Femme et enfant, à travers l’action « Solutions for Congo » a mis en évidence la vulnérabilité de cette couche sociale autant de la contribution de celle-ci dans le ménage congolais ». Continuer la lecture de COVID-19 : L’ONG  Femme et enfant vole au secours des femmes maraîchères de la vallée de la Funa à Mont-Ngafula

Ressources extractives : Jean Claude Katende Invite les Jeunes à s’investir dans la Gouvernance économique de la RDC

La République Démocratique du Congo est reconnue pour ses potentielles ressources Naturelles. Parmi lesquelles on retrouve les ressources extractives qui concernent principalement toutes ces ressources qui peuvent être extraites. Et dans le cas d’espèce, il s’agit des Mines, du Pétrole et du Gaz. C’est dans cette perspective que le Président National de l’association Africaine de défense des droits de l’homme, Asadho en sigle invite les Jeunes Congolais à s’investir dans la Gouvernance économique de la RDC.

Maître Jean Claude Katende précise ici que pour arriver à cette Gouvernance économique, les Jeunes doivent adhérer aux mouvements citoyens qui existent déjà. IL a fait allusion aux mouvements citoyens Filimbi, Lucha et Macho Macho.

 » Je rappelle d’abord que les Jeunes sont des citoyens, et les ressources extractives en RDC appartiennent aux citoyens. Ça veut dire en d’autres termes que les ressources que nous avons, les mines, le pétrole et le Gaz n’appartiennent pas aux autorités politico-administraves mais elles appartiennent à tous les citoyens. Les Jeunes étant citoyens, ils sont propriétaires desdites ressources » lancé à notre micro Celui qui se fait appeler actuellement Gardien du Temple. Continuer la lecture de Ressources extractives : Jean Claude Katende Invite les Jeunes à s’investir dans la Gouvernance économique de la RDC

Forêt : Alain Parfait Ngulungu, « Les états généraux du secteur forestier sont un gage du leadership politique actuel d’améliorer la gouvernance forestière en RDC»

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi a annoncé sa volonté d’organiser les états généraux des forêts congolaises, d’ici fin 2020. Il l’a fait savoir au cours de la 45ème session du Conseil des ministres tenu le vendredi 21 août dernier à Kinshasa. Dans cette interview, nous analysons avec Alain Parfait Ngulungu, expert au Groupe de travail sur la Gouvernance forestière (GTGF) au sein de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC/Cameroun) sur les enjeux et le design d’une telle grande messe. Il en aborde aussi son impact sur l’amélioration de la gouvernance forestière et le renforcement du leadership de la RDC dans le débat international sur les changements climatiques et la révision des Contributions déterminées nationales (CDN). Propos recueillis par Alfred Ntumba à Kinshasa

Environews : Quels pourraient être, selon vous, les objectifs assignés aux états généraux du secteur forestier en RDC ?

Alain Parfait : Sans fausse modestie, il me semble qu’il est difficile de répondre à une telle question : simplement parce que je ne suis pas l’entité organisatrice. Encore moins, ma modeste personne, du moins, n’est pas encore associée officiellement à la réflexion ou aux travaux concourant à la préparation de cet évènement. Toutefois, pour étancher votre curiosité, j’estime qu’organiser un tel forum devrait avoir comme objectif global : réaliser un état des lieux de la ressource forestière et d’analyser les mécanismes ayant conduit à sa gestion actuelle en vue de proposer des solutions idoines de gestion durable du secteur forestier sur les plans environnemental, économique, social et institutionnel pour les décennies à venir. Profitant de ce larron, on peut y ajouter aussi les sous-secteurs de la faune et de l’eau dans ce « débat national ». Continuer la lecture de Forêt : Alain Parfait Ngulungu, « Les états généraux du secteur forestier sont un gage du leadership politique actuel d’améliorer la gouvernance forestière en RDC»

Environnement : Au moins cinq journalistes environnementaux tués en dix ans dans le monde

En une décennie, 20 journalistes ont été tués pour avoir traité de sujets environnementaux. Dix d’entre eux l’ont été au cours des cinq dernières années. Neuf de ces derniers ont été froidement assassinés en Colombie (2), au Mexique (1), aux Philippines (1), en Birmanie (1) et en Inde (4). Parmi eux, le correspondant du quotidien hindiphone Kampu Mail, Shubham Mani Tripathi, abattu de six balles dont trois en pleine tête en juin 2020. Le journaliste indien venait de partager sur Facebook ses craintes d’être assassiné par la “mafia du sable” en raison des enquêtes qu’il menait sur des cas d’expropriations illégales.

Sale temps pour le “journalisme environnemental”. Les exactions contre les journalistes qui travaillent sur des questions liées à l’environnement sont devenues courantes. Brandon Lee en sait quelque chose. Le 6 août 2019, ce journaliste américain basé aux Philippines et travaillant pour l’hebdomadaire Nordis a échappé de peu à une tentative d’assassinat. Ces dernières années, “j’étais suivi, sous surveillance, menacé de mort et signalé sur les réseaux sociaux”, se souvient le journaliste qui couvrait notamment, dans le nord de l’archipel, des sujets environnementaux qui dénoncent des injustices que tout gouvernement veut dissimuler”. 

Cet incident grave est l’un des 53 cas de violations du droit d’informer recensés par RSF depuis la publication du rapport Climat hostile contre les journalistes environnementaux qui dressait, fin 2015, un premier bilan des violations visant spécifiquement les journalistes travaillant sur cette thématique. Les tendances constatées il y a cinq ans se confirment et s’inscrivent désormais dans la durée : en moyenne, près de deux journalistes sont assassinés tous les ans pour avoir enquêté sur la déforestation, l’extraction minière illégale, l’accaparement des terres ou plus spécifiquement sur la pollution, les conséquences environnementales d’activités industrielles ou de projets de construction d’infrastructures majeures.

A ce bilan de journalistes brutalement éliminés, il convient d’ajouter la mort suspecte, en détention, de Muhammad Yusuf, sur l’île de Bornéo, en Indonésie, en 2018. Le journaliste, qui travaillait pour les sites d’information Kemajuan Rakyat et Berantas News, a été emprisonné, après avoir révélé des affaires d’expropriations illégales liées aux activités d’une société de production d’huile de palme, et après avoir été accusé de diffamation par cette dernière. Son épouse est convaincue que sa mort n’est pas naturelle, car le corps du journaliste montrait des traces de coups portés à la nuque.

Ce bilan pourrait être encore plus lourd. Ses articles sur les conséquences inhumaines de la pollution des hydrocarbures, ont valu au journaliste sud-soudanais du groupe de presse Nation Media Group (NMG) Joseph Oduha d’être détenu, torturé et sous une telle pression des consortiums pétroliers et des autorités qui l’accusaient de “menacer la sécurité nationale” qu’il a été contraint à l’exil en 2019. De même, en Colombie, Alberto Castaño et María Lourdes Zimmermann, tous deux spécialisés sur les questions environnementales pour Natural Press, ont dû quitter le territoire pour rester en vie. Dans ce pays, où deux journalistes communautaires, Maria Efigenia Vásquez Astudillo et Abelardo Liz, ont été assassinés en moins de trois ans pour avoir dénoncé l’accaparement des terres par des grands groupes privés, les menaces de mort proférées sur les réseaux sociaux sont prises très au sérieux.

“Le journalisme environnemental est devenu considérablement plus dangereux qu’il ne l’était par le passé, constate le journaliste Peter Schwartzstein, spécialiste des questions environnementales au Proche Orient et en Afrique du Nord. Auteur du rapport The Authoritarian War on Environmental Journalism, il estime également que cette tendance est “intimement liée à une prise de conscience croissante de l’importance de l’environnement”. L’augmentation de la pollution et les effets visibles du réchauffement climatique ont contribué à sensibiliser le public mais aussi les gouvernements sur “des préoccupations qui étaient hier marginales” et auparavant hors des radars médiatiques.

L’Asie et l’Amérique, les deux zones rouges

Si les exactions contre les journalistes environnementaux se produisent sur l’ensemble des continents, deux régions du monde concentrent 66 % des incidents répertoriés : l’Asie et l’Amérique. En Asie, l’Inde est le pays de tous les records : celui du nombre de journalistes tués (4), du nombre d’agressions violentes (4) et de journalistes faisant l’objet de menaces et poursuites judiciaires (4). La quasi-totalité des cas d’exactions est liée à “la mafia du sable”.

Après l’eau, le sable est une ressource naturelle tout aussi précieuse, limitée et demandée”, explique la journaliste indienne Sandhya Ravishankar, et son extraction massive a un fort impact environnemental. Couvrir de tels sujets “représente une menace pour de nombreuses industries et industriels puissants dont les moyens de subsistance dépendent du sable comme matière première, poursuit la reporter, qui a enquêté sur la mafia du sable dans l’Etat du Tamil Nadu. C’est la raison pour laquelle il y a invariablement beaucoup de violences contre les journalistes qui rapportent l’extraction illégale de sable”, souligne celle qui fut notamment confrontée à une violente campagne de diffamation à la suite de ses enquêtes. Le harcèlement moral dont elle a été la cible de la part des mineurs et qui a conduit à sa marginalisation dans sa région, y compris par ses pairs, est pour elle “la blessure la plus grave et la plus durable” qu’elle ait subie.

La voie “légale” pour réduire les journalistes au silence

Il n’est pas forcément nécessaire de recourir aux méthodes les plus radicales pour réduire les journalistes au silence. Ceux qui tentent de révéler la vérité sur des pratiques destructrices de l’environnement par de puissants groupes privés peuvent aisément se retrouver dans le box des accusés, sur la base de législations sur la diffamation. Neuf journalistes ont ainsi récemment fait l’objet de procédures judiciaires à travers le monde.

Parmi eux, le journaliste thaïlandais Pratch Rujivanarom. Pour avoir rédigé un article pour le quotidien en langue anglaise The Nation dénonçant la pollution de l’eau par les activités de la compagnie minière MPC, il a été accusé de diffamation sur la base du Code pénal et de la loi sur les crimes informatiques (Computer Crimes Act) en 2017, avant que le géant minier, confronté à la solidité de son travail, ne retire sa plainte. En France, la journaliste indépendante Inès Léraud, qui enquête sur les conséquences environnementales de l’agriculture intensive en Bretagne, fait déjà l’objet de deux plaintes en diffamation en l’espace de deux ans. La première, déposée contre l’auteure de l’enquête ”Algues vertes, l’histoire interdite par une personnalité du paysage agroalimentaire breton qui n’hésitera pas à la dénigrer directement sur les ondes radio et par courriel, sera finalement retirée quelques jours avant l’audience prévue, début janvier 2020.

Si la plupart des poursuites judiciaires engagées dans des cas similaires aboutissent à la relaxe des journalistes, certaines procédures peuvent les conduire en prison pour longtemps. En Ouzbékistan, Solidjon Abdourakhmanov, auteur de nombreux articles sur les conséquences de la catastrophe écologique de la mer d’Araln’est redevenu un homme libre qu’en 2017, après neuf ans passés derrière les barreaux. Au Guatemala, le journaliste Carlos Choc risque 20 à 30 ans de prison pour avoir dénoncé la contamination d’un lac par la compagnie minière CGN-Pronico. En Inde, ce n’est qu’à l’issue de 22 ans de procédure que le journaliste de Newstime Shailendra Yashwant, son rédacteur en chef Ramoji Rao et le rédacteur en chef de Sanctuary Features, Bittu Sahgal, accusés de diffamation pour avoir écrit et publié un article faisant état de la pollution dans l’Etat du Gujarat, ont finalement été acquittés !

De multiples interpellations 

La violation la plus courante qui affecte le plus grand nombre de journalistes couvrant des sujets liés à l’environnement reste l’interpellation et la mise en garde à vue. En Russie, début juin 2020, une journaliste et un photographe, Elena Kostyuchenko et Youri Kozyrev, ont été détenus à plusieurs reprises alors qu’ils enquêtaient pour le journal Novaya Gazeta sur la catastrophe écologique de Norilsk, sous le prétexte d’avoir « violé la quarantaine ». Au Canada et aux Etats-Unis des dizaines de journalistes ont été interpellés entre 2016 et 2020 alors qu’ils couvraient des manifestations d’écologistes et de communautés autochtones opposés à la construction d’un gazoduc, d’un grand barrage hydroélectrique et d’un pipeline sur leurs terres ancestrales. Dans ces deux pays, plusieurs journalistes ont fait l’objet de poursuites pour intrusion de propriété privée, avant d’être finalement autorisés par la justice à couvrir les manifestations indigènes.

Suivre des militants écologistes n’est pas sans risque non plus au Royaume-Uni et en France. La couverture d’une action du mouvement Extinction Rébellion sur les aéroports de Londres en 2019 et d’Orly en 2020, a été dans le premier cas entravée par la police et dans le deuxième marquée par le maintien en garde à vue du journaliste de Reporterre Alexandre-Reza Kokabi pendant dix heures. En Australie, le journaliste français Hugo Clément et son équipe de tournage, qui enquêtaient pour France 2 sur le projet minier de Carmichael, particulièrement climaticide, ont également été arrêtés et placés en garde à vue alors qu’ils filmaient des manifestants écologistes.

Pressions palpables et insidieuses

Les pressions subies par les journalistes qui travaillent sur les questions environnementales peuvent être frontales, comme en Chine où la journaliste du Caixin Weekly, Zhou Chen, a été ouvertement suivie, menacée et harcelée par des officiels et la police d’une ville affectée par un incident de pollution industrielle en novembre 2018. Mais elles sont souvent plus insidieuses. C’est le cas en Egypte d’une journaliste spécialisée sur les questions environnementales et qui souhaite garder l’anonymat. A la suite de la publication d’articles sur un sujet sensible lié aux importations de charbon, elle a constaté être sous surveillance et ne peut plus voyager sans être bloquée pendant plusieurs heures à l’aéroport. Au Japon, des journalistes dénoncent l’autocensure en vigueur dans les grands médias sur tout ce qui a trait aux conséquences de la catastrophe nucléaire de Fukushima – résultat, selon eux, des pressions du gouvernement et du lobby du nucléaire, qui souhaitent empêcher la publication d’informations donnant “une image négative du Japon” ou pouvant nuire à la préparation des Jeux olympiques 2020, qui devaient avoir lieu à Tokyo cet été.

Directes ou plus subtiles, l’ensemble de ces pressions et des violations du droit d’informer sur des questions environnementales ne sont pas sans conséquence. “Aussi importantes soient-elles, ces histoires d’exploitation de ressources naturelles, de liens avec le pouvoir et de violences subies par les populations ne seront pas rapportées. Tout simplement parce que les journalistes n’oseront pas les raconter, et ils auront raison d’avoir peur“, regrette la journaliste Sandhya Ravishankar. Cette répression contribue même à une dégradation accrue de l’environnement, estime son confrère Peter Schwartzstein : “La couverture largement insuffisante des catastrophes et des malheurs environnementaux contribue à aggraver d’énormes problèmes environnementaux, qui empirent dans ces trous noirs de l’actualité.” 

A défaut de pouvoir apporter une protection aux journalistes environnementaux ou, au minimum, “un semblant de protection”, plaide Sandhya Ravishankar, être journaliste environnemental restera plus que jamais “un défi”, pour reprendre les mots du journaliste Brandon Lee. Et pas seulement aux Philippines.

Avec RSF

Continuer la lecture de Environnement : Au moins cinq journalistes environnementaux tués en dix ans dans le monde

Forêt : Remise officielle du guide opérationnel d’élaboration du Plan simple de gestion des concessions forestières des communautés locales

En République démocratique du Congo, la Foresterie communautaire est considérée comme un mécanisme d’implication des communautés locales à la gestion durable des forêts. Elle a été instaurée en RDC depuis 2002. Près de soixante-dix concessions ont été déjà attribuées dans 7 provinces du pays, et représentent environ 1,4 millions d’hectares. Après un travail laborieux et participatif du guide opérationnel d’élaboration du Plan simple de gestion, ce document essentiel à la mise en oeuvre effective de la foresterie communautire a été remis à l’autorité de tutelle, ce jeudi 27 août, au cours d’une cérémonie organisée à Kinshasa. 

« En effet, la finalisation du guide opérationnel d’élaboration du Plan simple de gestion des concessions forestières des communautés locales, est une nouvelle étape franchie par votre ministère sous votre impulsion pour inscrire l’exploitation desdites concessions aux exigences de gestion durable des forêts », a indiqué André Kashikisha, directeur exécutif de CODELT, prenant la parole au nom de partenaires techniques et financiers 

Le Code forestier et ses mesures d’application prévoient que les concessions d’exploitation industrielle du bois d’oeuvre soient soumises à l’élaboration du plan d’aménagement. Tandis que les concessions des forets des communautés locales ont pour préalable, l’élaboration du plan simple de gestion. De ce fait, ce guide opérationnel dont les travaux de finalisation ont été entièrement financés par RRI (Rights and Ressources Initiative), à travers le CODELT, reste un outil qui prescrit les formalités à suivre dans l’élaboration du plan simple de gestion desdites concessions.    Continuer la lecture de Forêt : Remise officielle du guide opérationnel d’élaboration du Plan simple de gestion des concessions forestières des communautés locales