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Climat : Blaise Mudodosi, «l’Etat congolais doit doubler les efforts pour valoriser d’abord son réseau des aires protégées »

Après l’intervention du président de la République, Félix Tshisekedi à One Planet Summit, les réaction n’ont pas cessé de tomber. La dernière en date est bien celle de Maitre Blaise Mudodosi, coordonnateur de l’ONG APEM. Dans une interview exclusive donnée à Environews, ce jeudi 14 janvier, cet avocat recommande à la RDC de valoriser d’abord l’existant avant de penser étendre le réseau des aires protégées à 17% du territoire national d’ici 2030.

 « J’ai vu que le discours au niveau de la RDC s’est plus focalisé sur les aires protégées.  Nous devons comprendre qu’il y a aussi d’autres forêts qui sont dans les différentes concessions forestières, industrielles ou des communautés locales. Dans ces autres concessions l’Etat ne focalise pas autant son intérêt alors qu’elles peuvent jouer un rôle important dans l’accomplissement de son objectif de sauvegarder 17% des aires d’ici 2030 », a-t-il réagi.

Blaise Mudodosi pense qu’il faut quitter l’étape des discours pour la réalité. Car selon lui, la réalité avec le réseau existant des aires protégées de la RDC est tout autres que ce que l’on vante à ce jour. Avec les massacres à répétition et les conflits récurrents dans certains parcs de la RDC, l y’a lieu de s’arrêter et proposer des solutions devant valoriser ces espaces et ceux qui y habitent. 

 « Nous devons aller vers le  concret. Les discours c’est bien, mais ils doivent être suivis par les activités et ces activités ne doivent pas seulement s’arrêter dans les grandes villes ou dans les chefs-lieux des provinces mais ça doit aller vers les communautés. C’est là où nous avons la forêt et la biodiversité. Pour travailler sur la biodiversité  Nous devons avoir une vision plus large, et surtout, ne pas se limiter à des forets classés ou nous avons des aires protégée », a-t-il renseigné.

En dehors des critiques, cet expert a appelé l’Etat congolais  à s’impliquer encore davantage au cours de cette année et de penser à matérialiser toutes les réalisations que le pays compte mettre en place au cours de l’année 2021. Il a profité de l’occasion pour marteler sur la question des peuples autochtones qui sont les plus souvent victimes des accaparements des terres sous prétexte de sauvegarder les aires.

« Nous devons porter attention pour s’assurer que nous sommes en train de garder nos forêts sans laisser qui que ce soit. Le sauvegarde de ces forêts doit passer par des activités concrètes des terrains. Ces activités devront prendre en compte tous les aspects y compris des espaces de vie des communautés locales et des peuples autochtones », a renchéri Monsieur Mudodosi.

Pour cet acteur de la société civile, le programme de la présidence de la république qui consiste à planter 1 milliard  d’arbre sur le territoire congolais  d’ici 2030, est une  initiative pour laquelle l’Etat doit doubler les efforts sur son plan d’actions par rapport à l’année passée. Il suggère au gouvernement congolais d’impliquer  toutes les couches de la population dans l’échelle de sensibilisation pour que le projet d’implantation d’un  milliards d’arbres soit réaliste. 

Nelphie MIE  

Forêt : L’eucalyptus, une alternative pour la préservation des forêts au Kivu ?

A l’Est de la RD Congo, dans la partie dite Nord de la province du Nord-Kivu (appelée communément « Grand Nord »), aux environs des villes de Butembo, des communes rurales et villages de la région, le couvert forestiernaturel a presque complètement disparu. Pourtant, la région n’est pas devenue une savane herbeuse naturelle. Au contraire, elle est devenue un paysage où cohabitent cultures agricoles/fermes pastorales et arbres plantés comme alternatives à la forêt naturelle. Et il semble que ce reboisement est en train de gagner sur l’agriculture et l’élevage dans la région. 

La particularité de ces forets artificielles entourant les agglomérations, c’est qu’elles sont dominées par un seul genre d’espèces d’arbres : les Eucalyptus. Ces derniers, qui sont des espèces exotiques, ont été favorisés au détriment des espèces natives, et ce, en raison du rôle majeur que ces arbres ont joué dans la vie socio-économique du milieu. Ils constituent, en effet, la principale source d’énergie-bois utilisée dans les ménages et dans la petite industrie naissante dans la région (vinification, panification, savonnerie,). Les Eucalyptus occupent également une place importante dans la fourniture de bois d’œuvre. Les vertus médicinales des Eucalyptus ainsi que d’autres services culturels et environnementaux qu’ils rendent ne sont pas du reste.

C’est cette multiplicité de vertus reconnues aux Eucalyptus qui nous pousse à nous poser ces questions : « Les Eucalyptus constituent-ils une alternative pour la forêt naturelle dans le Kivu ? » C’est ce à quoi va répondre cette investigation appuyée par Pulitzer Centrerà travers Congo Bassin/Rainforest Journalism Fund dans le cadre du projet « Reportage en temps de crise ».

Légende :Vue aérienne d’une partie de la concession dite « Miti ya data », située en plein centre-ville. On peut aussi voir que même dans les avenues, l’espèce dominante est l’eucalyptus. ©Hervé Mukulu
Vue aérienne d’une partie de la concession dite « Miti ya data », située en plein centre-ville. On peut aussi voir que même dans les avenues, l’espèce dominante est l’eucalyptus. ©Hervé Mukulu

Difficile de s’en passer, le bois, humide, sec ou en charbon, est la principale source d’énergie dans les cuisines congolaises. Même sans aucune base statistique, j’ai comme l’impression que si dans d’autres grandes villes congolaises (Kinshasa, Lumbumbashi, Kolwezi, Kisangani et Goma,), la promiscuité et l’exiguïté des maisons penchent la balance pour le charbon de bois(makala) ; la ville de Butembo reste l’une des rares grandes agglomérations pour lesquelles le bois de chauffe supplante le charbon de bois dans les cuisines. 

Butembo est une ville de la province du Nord-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo dont le nombre d’habitants avoisine actuellement un million, soit environ 20 fois moins que Kinshasa, 5 à 4 fois moins que Lumbumbashi, 2 à 3 fois moins que Goma et Kisangani.  

Le cout et l’équipement en électricité et en cuisinière en base de gazne permettent qu’à une minuscule frange de la population de s’offrir ce luxe à Butembo comme dans le Congo entier. A Butembo, la rapidité et le cout d’un stère de bois par rapport au sac de charbon de bois fait pencher la balance pour le bois de chauffe. 

En 2014, Kasereka Maombezi Jonas, alors étudiant en Sciences agronomiques à l’Université Catholique du Graben (UCG/Butembo) a mené dans le cadre de son travail de fin de cycle. Ses recherches démontrèrent que le bois-énergie est la source d’énergie la plus utilisée dans les ménages pour la cuisson des aliments. 97% de la population en font usage au quotidien, 52% de la population utilisent uniquement le bois de chauffe, 30% uniquement le charbon de bois et 15% fait usage de deux.

A l’époque étudiant, pour son travail de fin d’études, l’expert en gestion de la biodiversité et aménagement forestier durable, MbusaWasukundi Muyisa Sorel a révélé : « Dans leur variabilité en ce qui concerne le nombre de briques à cuire par four, les 581 fours recensés durant 6 mois en ville de Butembo ont utilisé un volume de bois estimé à 18 201,97 m3, soit environ 36 400 m3pour une année. Il s’agit là du volume réel obtenu après correction, par le coefficient d’empilage, des volumes apparents de 23 190 stères ou 2 2209 stères bennes.» 

Mais comment utiliser quotidiennement des quantités astronomiques de bois dans différents secteurs (Cuisine, artisanat, immobilier, mobilier, usine, agriculture,) sans déforester le grand massif forestier du Bassin du Congo ? 

Un coin de ce géant Congo, a semble-t-il, avoir déjà trouvé une solution : la culture de l’eucalyptus, bon, disons des Eucalyptus pour être scientifiquement correct. 

A Butembo, une ville en plein essor économique, la demande en bois, sous toutes ses formes, est forte. Tout comme dans les hautes terres du territoire de Lubero, la population ne fait que croitre dans les différentes agglomérations. 

« La région était couverte par une forêt de montagne qui a presque disparu. Il ne subsiste que quelques lambeaux de forêt telles que la réserve de l’ITAV, la réserve de Kyabirimu et celle de Kalikuku », renseigne le Professeur Mutiviti, expert en sciences du sol et doyen de la Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université Catholique du Graben. C’est face à ces défis que les eucalyptus sont vus comme salvateurs, en dépit des vices leur reconnus. 

Origine

« Les eucalyptus appartiennent à la famille botanique des myrtacées. Ici chez nous, les eucalyptus sont des espèces exotiques. C’est à la  même famille qu’appartient le goyavier que vous connaissez. Le genre, c’est le genre Eucalyptus », souligne l’expert en gestion de la biodiversité et aménagement forestier durable Mbusa Wasukundi Muyisa Sorel. 

Les Eucalyptus ne sont pas natifs de la région. Elles sont originaires d’Australie, un pays d’Océanie. Il existe plusieurs espèces du genre Eucalyptus. Wikipédia précise qu’ils sont environs 800.  

« Celles cultivés ici chez nous comme Eucalyptus saligna, Eucalyptus globulus var. maideni, Eucalyptus citriodora, Eucalyptus grandis, … L’eucalyptus saligna est très prédominant dans notre région. Quand vous parcourez la ville de Butembo, ses environs, je dirais même le Kivu, on voit une présence importante d’Eucalyptus saligna. », précise l’expert Mbusa Wasukundi Muyisa Sorel. 

Nous avons rencontré des concessionnaires qui nous livrent leurs premières expériences. 

De prime abord, l’expert Mbusa Wasukundi Muyisa Sorel contextualise : « Effectivement. Nous sommes dans une région fortement anthropisée. Nous sommes dans les hautes terres. Lorsqu’on s’est rendu compte que la forêt a presque disparu dans notre région, la population a pris conscience des risques qui sont encourus. » Néanmoins, il ne se prive pas de biaiser : « Elle s’est investie dans la reforestation. Malheureusement à base d’eucalyptus

L’agriculture ne payait plus

 Pour comprendre les circonstances dans lesquelles les eucalyptus se sont imposés dans la région, des concessionnaires du territoire de Lubero nous ont livré à cœur ouvert leurs témoignages. L’un d’eux, Pascal Bebo, la trentaine d’âge, est gestionnaire de la concession de sa famille depuis 6 ans. Elle est située dans les environs du quartier Mulo au sein de la commune rurale de Lubero dans le territoire portant le même nom. Etalée sur plusieurs hectares, aujourd’hui, elle est couverte d’eucalyptus. Une décision prise il y a 20 ans. « Après une trentaine d’années d’exploitation agricole, ce sol ne produisait plus comme il faut. C’est pourquoi, il y a 20 ans, mes parents se sont décidés d’y planter des arbres », nous confie Pascal Bebo. Même son de cloche auprès des autres concessionnaires qui ont décidé de transformer leurs champs en plantation d’arbres. « J’ai pris cette décision quand j’ai fini par constater que le champ ne produisait plus bien. La production agricole ne suffisait plus à subvenir à mes besoins, ne répondait plus à mes attentes. », explique Kambale Malekani François, enseignant de profession vivant dans le village de Musenda et qui cultive les arbres sur la colline de Vuhula sur 1.5 hectare, et à Kananga sur 3 hectares toujours dans ce territoire de Lubero en province du Nord-Kivu. 

L’eucalyptus et ses revers sur les cultures

L’eucalyptus a des atouts ! C’est une plante en croissance rapide. Il couvre rapidement le sol. Ce qui fait que les travaux d’entretien s’arrêtent longtemps avant en comparaison par exemple avec le quinquina, explique le Professeur Mutiviti. « L’eucalyptus croit dans des milieux où non seulement il n’y a plus d’engrais mais aussi où même les autres arbres ne refusent de pousser. » ajoute Kavira, vendeuses des planches d’eucalyptus depuis 14 ans.  

Malheureusement l’eucalyptus a un effet dévastateur pour les cultures vivrières. « L’eucalyptus a d’effets acides. Lorsqu’il y a chute des feuilles d’eucalyptus sur le sol, ça acidifie le sol. Cette acidification se double d’un autre problème, elle entraine la matière organique en profondeur. On sait que la matière organique joue un rôle dans ce que l’on appelle le complexe argilo-humique permettant au sol de fixer les éléments nutritifs que nous appelons bases en pédologie. Ce sont les calciums. Alors une fois que cette matière organique est précipitée en profondeur, le sol devient presque infertile pour les autres cultures » explique le Professeur Mutiviti. 

Néanmoins, cette réalité est connue des agriculteurs. Les concessionnaires savaient faire la part des choses jusqu’à ce que l’argent s’en mêle. Léopold Kiopolo de Kighumo à Mulo, que nous rencontrons un matin dans sa pépinière à domicile nous explique qu’il a commencé à planter les eucalyptus en 1972. Il insiste que c’est le sol qui indique où planter les arbres : « Nous choisissons là où on peut planter les arbres. C’est surtout dans les endroits où nous constatons que les produits maraichers ne peuvent bien prospérer. L’arbre n’est pas à planter dans le champ des cultures à manger. »

Le grand problème social c’est d’endommager la production du champ du voisin, soulignent les concessionnaires.  « Comme là, il a planté les arbres, et tous les voisins de côté sont obligés de planter les arbres.  Il est demandé de planter l’arbre oko luvwe”, précise Kasereka Vyambwera Gilbert, un autre concessionnaire qui nous montre des champs abandonnés sur le flanc droit d’un bosquet d’eucalyptus.  

Il y a maintenant une dualité entre le reboisement et l’agriculture autour de la ville de Butembo. Cette dualité est de nature à favoriser le reboisement au détriment de l’agriculture. « Maintenant, on se rend-compte que les eucalyptus chassent de plus en plus les cultures vivrières plus loin vers les zones où l’on peut encore trouver la forêt naturelle. Les champs qui étaient par exemple destinés aux cultures de haricot sont convertis en champs d’eucalyptus », regrette Ir Sorel Wasukundi.

D’une part, tout comme commence par la mauvaise récolte. « Il arrive que le vassal ne produise pas assez pour payer la redevance au chef terrien. Comme ce dernier ne reçoit plus son dû, il trouve quelqu’un qui lui propose de planter les Miharamba (Ndlr Une variété d’eucalyptus en langue du peuple Nande.) sur sa terre et chasse ainsi l’agriculteur. C’est fini pour l’agriculteur, il ira se débrouiller ailleurs.”, explique Muhindo Seghemera, un paysan. 

Ce qui renforce le défi social des paysans sans terres, dans une région fortement anthropisée avec une population qui n’a que l’agriculture comme moyen de survie, explique le Mwami Kahindo Nzanzu Bonane de la chefferie des Baswagha en territoire de Lubero. Cette autorité coutumière souligne, par ailleurs, qu’il agit diplomatiquement pour demander aux grands concessionnaires qui ont des terres inexploitées de les céder aux paysans, dans un système qu’on appellerait fermage ou métayage. 

Le problème devient d’autant plus réel que même les champs qui sont encore propices à l’agriculture sont transformés en plantations d’eucalyptus. Madame Kavira en a été victime : « Dans la ferme de monsieur Kahasa, je produisais des sacs de maïs, puis j’appris qu’il l’a vendu. Et quand je m’y rendis, je trouvai que le nouveau propriétaire y avait déjà planté les arbres, le matoti (Ndlr une variété d’eucalyptus en langue du peuple Nande). » Pourtant elle était en règle avec la coutume : « On donnait une poule par saison, 10 dollars plus une mesure de mandale (arak dans le dialecte local). Puisque le chef coutumier aime aussi de la bière, il faut lui donner un poing serré. C’est ça son arak.» 

Ce que l’on offre vient du cœur et on ne le refuse pas. Mais dans cette circonstance, cela sonne plus comme un pot de vin. Quand vous avez payé ce qui est légalement exigé, il faut un surplus au chef, un poing serré contenant quelques billets. Lui-même ne contera même pas. Il reçoit du poing serré, serre aussi à la réception et glisse dans sa poche en défaut de sa gibecière. C’est la volonté de donner qui compte après tout. Cela permet d’être dans ses bonnes grâces. Car on ne sait jamais quand l’on voudra vous arracher votre champs, il pourra plaider à votre faveur. 

Planter les eucalyptus aux environs des agglomérations facilite aussi l’acheminement vers le centre de consommation dans ces régions où les routes sont rarement praticables. Cela permet ainsi de diminuer le cout de location des véhicules de transport, généralement des Mercedes-Benz, Benne ou Canter. 

Ainsi, face à ce défi, les agriculteurs s’éloignent de plus en plus de la ville pour aller ouvrir des nouveaux champs dans les zones éloignées où on pourrait encore retrouver la forêt naturelle, entrainant ainsi une menace de déforestation. Ce qui parait un peu comme un cercle vicieux auquel on assiste, craint Sorel Wasukundi. 

Dans les centres urbains, on s’en contente du moment qu’il n’y a pas pénurie alimentaire : « Actuellement, les gens vont ouvrir de nouveaux champs dans la savane boisée du Graben. Ces régions fournissent de la nourriture et l’on ne sent pas encore un déséquilibre, mais ce déséquilibre arrivera tôt ou tard et on sera peut-être obligé reconvertir les plantations d’eucalyptus en plantations des produits vivriers.», augure le Professeur Mutiviti. L’acidification du sol par les eucalyptus est réversible, mais le besoin ne pose se pas encore. L’utilité pour ne pas dire le business l’emporte encore en main levée.

Utilité

Le bois d’eucalyptus est utilisé comme du bois d’œuvre, certaines espèces produisent du bon bois, Eucalyptusglobulus varmaideni, pour la construction des maisons, la menuiserie, mais aussi dans l’industrie pharmaceutique. 

Vous attendez toujours parler de l’eucalyptol qui est une huile essentielle que l’on extrait de l’huile d’eucalyptus.

L’eucalyptol

Les médicaments à base de cette huile sont déjà acceptés dans nombreux pays pour l’usage thérapeutique contre certaines maladies. Il est fabriqué à partir d’un principe actif qui vient des feuilles d’eucalyptus. « L’eucalyptol est une huile essentielle  provenant des feuilles d’eucalyptus. Seulement, il est en concentration variante selon les espèces d’eucalyptus et selon l’endroit où l’on cultive cet eucalyptus », explique le Pharmacien Félicien Mbahingana, assistant à la faculté des Sciences Pharmaceutiques de l’Université Catholique du Graben.

Ce produit est actif contre les infections des voies respiratoires, notamment les toux, les grippes et il a aussi d’autres activités sur le système nerveux central.Pour les toux, c’est un médicament très actif car il a une activité antiseptique des voies respiratoires, ajoute le Pharmacien Félicien qui est aussi pionnier de la fabrication de l’eucalyptollocalement au laboratoire des Cliniques Universitaires du Graben. La production locale ne fait pas encore le poids. Les pharmacies en achètent provenant de Kinshasa, à 2000 km voire de l’inde en Asie. 

« Le problème reste que nous n’avons pas assez de spécialistes des médicaments. Et les rares spécialistes qui sont là n’ont pas assez de moyens pour en fabriquer en quantité suffisante. On fabrique 10, 20 litres, pas suffisants pour le marché et pour respecter les normes d’assurance qualité. », déplore le Pharmacien. 

Pourtant, les vertus de l’eucalyptus ne sont pas connues aujourd’hui. On en a fait usage depuis des années en mettant la personne malade avec forte fièvre sous une couverture avec un récipient plein de feuilles d’eucalyptus bouillies et qui dégage une forte chaleur. « C’est l’effet de l’eucalyptol qui est recherché car c’est une huile essentielle. Elle est volatile, de loin volatile que de l’eau. Elle s’évapore. Et j’ai dit qu’elle est active contre les infections des voies respiratoires, vous respirez cette huile et il traite votre maladie. », explique le pharmacien.

Usages principaux

Madame Jackie Kaherenie achète un camion Benne de bois d’eucalyptus à 120 dollars plus 30 dollars de transport. Une quantité suffisante pour une année comme source d’énergie pour la cuisine dans un ménage de moins de 10 personnes. Néanmoins, cet achat n’est pas à la portée de tout le monde. Au quotidien, plusieurs familles n’achètent que quelques morceaux de bois sec. 

 Le Complexe Theicole de Butuhe CTB, situé à une dizaine de kilomètres de Butembo utilise un stère de bois de chauffe par heure afin de produire de la vapeur d’eau qui sèche le thé à la dernière étape de la fabrication. Pour répondre à cette demande, cette usine dispose de plus de 300 hectares d’eucalyptus. Et la plantation d’arbres est continuel, explique le chef d’usine, monsieurTabono Watukalusu que nous avons rencontré à l’occasion de la journée mondiale du thé, le 15 décembre. La centrale hydroélectrique du CTB ne produit pas assez d’énergie pour en faire usage pour le chauffage.

Des entreprises comme la pâtisserie, les brasseries locales de vin, les restaurants et autres utilisent principalement le bois de chauffe. Le bois disponible pour répondre à cette demande reste l’eucalyptus. 

Depuis quelques années, les villes de Beni et Butembo sont desservis en énergie hydroélectrique par la société ENK(Energie du Nord-Kivu). Pour le transport et la distribution, cette entreprise utilise le bois d’eucalyptus comme poteau avec plusieurs avantages : « Le poteau en bois est produit localement. On l’achète auprès des concessionnaires locaux. La main d’œuvre locale est engagée pour couper, dégager et traiter ces poteaux. Ce qui ne serait pas nécessairement le cas pour les poteaux métalliques. Ces poteaux ont une durée de vie de 20 ans. Bien plus, le bois est un mauvais conducteur d’électricité. S’il y a un court-circuit, le contact ne causera aucun dommage à l’homme. Ce qui n’est pas le cas pour le métal. », Katembo Musavuli Philemon, chargé de communication de l’entreprise Energie du Nord-Kivu ENK, explique ainsi la préférence du bois pour l’entreprise.  

Rien ne se perd avec l’eucalyptus. Les branches d’arbres sont aussi une denrée rare. Si en milieu paysan, les enfants des familles pauvres vont les ramasser pour servir de bois de chauffe, la ménagère citadine les achète. 

En effet, certaines variétés de haricot prisées localement exigent un support pour la bonne croissance et la production. La demande étant forte lors des saisons agricoles, ça devient un business. « Un fagot se négocie entre 500 et 600 FC. J’en mets 15 à 20 fagots dans un champ d’une parcelle de 25 sur 30 mètres. », témoigne madame Solange Kaswera, directrice financière d’une ONG locale et agricole dans ses temps libres. Même dans cet usage, la préférence revient à l’eucalyptus qui ne pourrit pas rapidement : « Les branches de l’arbre Mukaramba (Grevillea robusta ou chêne argentin) ne peuvent être utilisés que pour deux saisons, alors que pour l’eucalyptus, c’est trois saisons », explique-t-elle. 

Le business du bois d’œuvre d’eucalyptus

L’eucalyptus, ça rapporte, mais personne ne vous dira combien exactement. Quand la question est posée, la réponse est énigmatique quoique le rapport penche clairement en faveur de l’eucalyptus. 

« Si vous cultivez les arbres, vous aurez de quoi manger. Mais on ne peut planter les arbres pour vivre de ça au quotidien.  On plante les arbres pour un projet déterminité. », explique Léopard qui précise que déjà à 3 ans, avec l’eucalyptus, vous ne manquerez plus de bois de chauffe. De même, à cet âge, l’arbre est assez mur pour construire une maison en pisé ou pour servir de charpente, pour servir de plancher de soutènement qui est un dispositif nécessaire quand on coule un béton, pour ériger une clôture en tôle, un hangar, …

Kambale Chamundowa vend des sticks de bois d’eucalyptus depuis des années à Butembo et c’est ça toute sa vie : « Ça se vend très bien, je peux vendre 40 à 50 bois par jour. Mes enfants vont à l’école et nous mangeons. C’est mon travail depuis des années. »

Pour certaines espèces, à 5 ans, on peut déjà couper des planches et des chevrons, explique Kavira, vendeuse de planches d’eucalyptus depuis 14 ans, mais il en faut entre 10 et 30 ans pour avoir du bon bois. « De par mon expérience avec l’arbre Luvivi, c’est 15 ans, pour le Kilima, c’est 25 ans. », explique Kambale Malekani François.

L’eucalyptus est préféré car il reste l’espèce qui s’adapte à la terre. Les espèces sauvages ne poussent plus, explique Kambale Chamundowa. Madame Kavira ajoute que le bois d’eucalyptus est durable par rapport aux bois sauvages. Il ne pourrit pas rapidement comme les autres.

Est-ce que ça rapporte plus que les produits vivriers ? Je ne cesse d’insister, mais la réponse reste savante. « J’ai planté les mikaramba puisque j’ai constaté qu’il est mon meilleur ami que l’homme.  Il est très utile, tu t’assois sur le mikaramba (Ndlr chaise). Tu te réchauffes sur le feu de mikaramba (Ndlr bois de chauffe). Ça peut t’accompagner jusqu’à l’au-delà (Ndlr le cercueil). C’est pourquoi je l’ai planté car j’ai compris qu’il peut m’être plus utile et m’aider à enterrer mon père (Ndlr Les frais de funérailles). », réponse énigmatique du concessionnaire Kambale Malekani François. Il ajoute explicitement qu’un arbre peut remplir un camion FUSO de planches.Ça revient à combien un Fuso de planches ? J’insiste. Un peu agacé, il répond : « Ça ne se dit pas. Moi d’ailleurs, j’utilise moi-même les planches. Mais c’est beaucoup d’argent que pour les produits à manger. » Il enchaine : « Un autre avantage. Il y a des gens qui achètent dix hectares de terre pour y mettre les vaches, mais moi avec un seul hectare, je le dépasse car sous les arbres, je mets les abeilles. Le miel est plus rentable que les produits agricoles.”

A Pascal Bebo de préciser : « Pour le moment, on peut dire que les arbres rapportent mieux que les cultures maraichères car à part les eucalyptus, nous faisons de l’apiculture, mais aussi on peut planter quelques feuilles (Ndlr les Tarots) avec lesquelles on nourrit les porcs. » Les eucalyptus font, en effet, parti des plantes dites mellifères. Leurs fleurs produisent du nectar que les abeilles transforment en miel, explique l’expert en gestion de la biodiversité Sorel Wasukundi.

Pour cultiver les eucalyptus, il suffit d’avoir un peu de moyen de démarrage. On plante, le reste appartient à Dieu. Il suffit d’avoir la pluie, précise Pascal Bebo comme gros avantage.

Les défis environnementaux de l’eucalyptus

Par son acidification du sol, les eucalyptus pourraient à la longue conduire à la désertification de nos sols. Ils ont des effets nuisibles sur les propriétés du sol,alerte l’expert en gestion de la biodiversité Sorel Wasukundi.

Le pédologue Mutiviti temporise : « On peut inverser l’acidification du sol par l’eucalyptus, mais avec beaucoup d’investissements. Si vous mettez la matière organique là où on a coupé le bois d’eucalyptus en plus de la chaux, rapidement le sol retrouve sa fertilité d’antan. ». Il relève un défi majeur : « Pourtant, localement la matière organique coute plus chère que les engrais car il faut aller la chercher (Ndlr loin dans la ferme), la transporter, l’épandre et l’enfouir. Ce qui est à la fois énergivore, coûteux et chronophage»  

Il faut souligner que les eucalyptus ont joué un grand rôle dans la reforestationde la ville de Butembo, ses environs et du Kivu en général.  Ils ont assuré une disponibilité en bois dans la région. Même si la forêt naturelle a disparu, il y a eu des eucalyptus qui sont venus pour constituer une alternative à la carence en bois, bois énergie surtout et même en bois d’œuvre, reconnait Sorel Wasukundi.

Par contre, comme les eucalyptus appartiennent à la même famille botanique, il y a un inconvénient du point de vue de la biodiversité.  On a une catégorie d’espèces d’arbres qui prédomine dans la région. Cela serait en train de conduire une certaine érosion génétiquedes espèces naturelles locales, estime l’expert Sorel Wasukundi.

En plus, « Avec cette même famille botanique, imaginez-vous s’il y a une maladie qui attaque les eucalyptus. Cette maladie, si elle est vraiment virulente, elle risque de décimer tous les eucalyptus qui sont dans notre région comme ce qu’on a observé avec les bananiers avec cette maladie qu’on appelle le wilt bactérien. Si cette maladie décime les eucalyptus, ça prendra du temps pour que nous puissions résoudre ce problème. Et nous serons, en plus, confrontés à des problèmes d’ordre social et économique »,alerte Sorel Wasukundi. 

Néanmoins, pour que l’eucalyptus soit attaqué par une maladie comme le bananier, nous avons un avantage. « Nous avons plusieurs espèces d’eucalyptus », relativise le Professeur Mutiviti. 

L’eucalyptus serait une espèce qui lutterait contre les érosions. Car il est dit que la meilleure protection contre les érosions est de couvrir le sol, or l’eucalyptus couvre le sol. « L’eucalyptus couvre le sol. Pour que le sol soit exposé à l’érosion, il faut que le sol soit d’abord nu. Or l’eucalyptus, avec son enracinement profond et sa densité, il fixe le sol contre l’érosion justement.», explique Mutiviti

Par ailleurs, les fumées libérées lors de la combustion de la biomasse ligneuse est certainement chargée de polluants gazeux et particulaires qui, d’une part, peuvent entraîner des conséquences néfastes sur la santé et, d’autre part, contribuer au réchauffement global de la planète en contribuant au forçage de l’effet de serre. 

Par contre, avec ce même défi du changement climatique, l’eucalyptus, malgré ses défauts, est parmi les espèces qui fixent le Carbonne.  « Alors quand le crédit Carbonne sera effectif, les propriétaires de ces plantations d’eucalyptus vont commencer à toucher beaucoup d’argent et le reste, les champs agricoles, risquent d’être transformés en plantations d’eucalyptus. », présage le Professeur Mutiviti. 

L’équilibre

L’eucalyptus parait un mal nécessaire. Bien qu’il crée beaucoup des problèmes, il en résout aussi beaucoup. Le challenge aux hommes de  science et aux opérateurs économiques reste de trouver l’équilibre en décidant là où on peut mettre l’eucalyptus ou non. « Sur ce point, la science dit qu’on ne peut reboiser que les sommets des montagnes pour éviter l’érosion ; ainsi les flancs des collines et les bas-fonds seraient couverts de cultures vivrières », recommande le Professeur Mutiviti.

L’échelle du temps

L’expert en gestion de la biodiversité Sorel Wasukundi pense à l’échelle du temps en précisant qu’il faut prendre en considération le fait que les effets d’eucalyptus pourraient être compris dans une échelle de temps donné. Quand on prend une échelle de temps assez courte, de moins de cent ans par exemple, les eucalyptus ont des effets néfastes. Mais si vous observez bien, il peut arriver qu’un champ d’eucalyptus se transforme à la longe en une forêt que l’on dirait naturelle : « L’échelle de temps que l’on considère peut aussi gagner sur les effets là. Les oiseaux, les insectes, les animaux qui viennent loger, se recréer, se nourrir déposent les déchets dans un champ d’eucalyptus, y laissent des graines d’autres arbres. Quand on a planté des arbres pas à but lucratif et si on est prêt d’une forêt naturelle, on constate qu’une autre forêt nait sous les eucalyptus dans le sous-bois. »

HERVE MUKULU VULOTWA 

Forêt : En réaction au discours de Tshisekedi à One Planet Summit, Greenpeace Afrique évoque l’absence de coordination des reformes en RDC

Dans un communiqué publié ce jeudi 14 janvier, l’ONG internationale Greenpeace Afrique a exprimé son sentiment d’absence d’une coordination des différentes réformes en cours en République démocratique du Congo. Elle a fait cette déclaration en réaction au discours du chef de l’Etat congolais, Félix Antoine Tshisekedi, lors du sommet One Planet, tenu à Paris, le lundi 11 janvier dernier.

« Ce sommet tombe à point nommé au moment où la RDC est entrain de pleurer l’assassinat de 6 éco gardes dans le parc national de Virunga le dimanche 10 janvier dernier et soulève encore la question de la gestion de ces aires protégées existantes qui ne disposent pas suffisamment des moyens pour faire face à une insécurité croissante causée par les groupes armés. Il faut également ajouter que le modèle militarisé de gestion actuelle de ces aires est source de conflits permanents avec les communautés entourant ces espaces protégés », indique cette communication.

Selon Greenpeace Afrique, la RDC, un pays aux potentiels importants en termes de biodiversité semble ne pas comprendre les enjeux autour de la dynamique actuelle de l’élargissement des espaces protégés. « C’est ici l’occasion de rappeler que l’ambition émise par le président Tshisekedi au One Planet Summit de passer de 14% d’aires protégées à 17%  du territoire nationale est celle de la Stratégie Nationale de conservation de la biodiversité de la RDC depuis 2012 et, à ce jour, rien n’a été fait pour répondre à cette volonté politique », a-t-elle précisé.

La dynamique d’augmenter la superficie des aires protégées ne met pas suffisamment un accent sur l’amélioration des conditions de vie des communautés locales et des peuples autochtones, gardiennes de cette biodiversité depuis des milliers d’années, estime Greenpeace Afrique. 

« Cette ambition du Président Tshisekedi vient aussi relancer le débat de la réforme sur l’aménagement du territoire qui, jusqu’à ce jour, est gérée de manière unilatérale par le ministre chargé de l’aménagement du territoire. Ladite réforme continue d’ignorer les points de vue de la société civile congolaise, alors qu’ils représentent une contribution importante et déterminante pour la prise en compte des besoins de tous et la réussite de cette ambition », a-t-elle insinué.

Pour Greenpeace, une chose est d’augmenter la superficie des aires protégées, une autre est de mettre les moyens et de les gérer de manière durable et participative pour garantir une suite favorable à la protection de la biodiversité et à l’amélioration des conditions de vie des communautés locales et des peuples autochtones.

Alfred NTUMBA

One Planet Summit : Emannuel Macron, « Notre avenir et celui de notre planète dépendent de ce que nous faisons ici et maintenant »

Le président français, Emmanuel Macron a lancé les travaux de One Planet Summit, ce lundi 11 janvier à 14 heures, heure de Paris. Cette édition a pour objectif de consacrer le lien entre notre humanité, la nature et l’environnement que nous habitons.

« Le constat scientifique est sans appel. Il a été fait début 2019, et nous le connaissions. Ce que nous savons encore c’est que toutes nos vulnérabilités sont liées », a déclaré le président français. 

Pour Emmanuel Macro, les pressions exercées par l’homme sur la nature accroit les vulnérabilités, les inégalités et menacent la santé de l’humanité. Il a par ailleurs appelé à une transformation rapide du modèle de développement.

« Nous pouvons changer la donne si nous le décidons. Notre avenir et celui de notre planète dépendent de ce que nous faisons ici et maintenant », a-t-il lancé.

Plusieurs personnalités ont fait le déplacement de Paris et d’autres ont suivi en direct ce grand sommet consacré à la biodiversité. 

Notons que le premier One Planet Summit a été organisé à Paris en décembre 2017, avec comme objectif de consolider des coalitions concrètes, des actions, des engagements avec un système de suivi pour s’assurer de leurs effectivité. 

Alfred NTUMBA

One Planet Summit : Tshisekedi vante le réseau des aires protégées de la RDC (14% du territoire national)

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi a au cours de son intervention par visio conférence à One Planet Summet, venté les avancées qu’enregistre son pays dans le domaine de la préservation des forêts. Avec un réseau des aires protégées représentant environ 14% du territoire national, la RDC apporte un soutien à la lutte contre le réchauffement climatique.

« Nous nous sommes investis dans la création des aires protégées dont le réseau couvre environ 14% de l’étendue du territoire national, avec une ambition de l’étendre à 17% à l’horizon 2030 », a-t-il déclaré. 

Le Chef de l’Etat congolais a informé que depuis un moment, la RDC a adopté des politiques visant à  préserver les forêts contre le déboisement et inverser le processus de la dégradation des terres afin de mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité. 

« Après avoir pris conscience que le changement d’affectation des terres entraine la perte d’habitats, une érosion du sol et une diminution de réserves d’eau potable …, la République démocratique du Congo s’est engagée à renforcer le cadre juridique de protection des forêts  et de lutte contre la déforestation », a indiqué le président de la République.

Un bémol

Cependant, le chef de l’Etat n’a pas réellement abordé la question dans le sens des attentes des organisateurs de cette conférence.  « Je me demande si le chef avait été bien briefé au départ sur ce qu’il devrait dire », s’interroge une journaliste spécialiste de question de l’environnement. « La question lui posée était : Quel rôle les pays producteurs peuvent-ils jouer dans la chaine d’approvisionnement durable? Mais hélas, la réponse n’a pas était satisfaisante ».  

Notons par ailleurs que c’est dans un contexte dominé par la pandemie de Corona virus que se tient ce sommet. Les leaders mondiaux envisager conjuguer des efforts pour lutter contre l’érosion de la biodiversité que connaît la planète. 

Alfred NTUMBA

One Planet Summit: Christine LagaRde, « 130 mille milliards de dollars américains c’est la valeur des services rendus par l’écosystème »

La présidente de la Banque centrale Européenne, Christine Lagarde estime à environ 130 mille milliards de dollars les services écosystémiques rendus à l’humanité. L’écosystème qui est le bien le plus précieux du patrimoine mondial de l’humanité reste le moins évalué.

Elle a fait cette déclaration lors du sommet One Planet Summit qui se déroule depuis ce lundi 11 janvier à Paris. A l’en croire, chaque année, l’humanité perd en moyenne, près de 20.000 milliards de dollars américains de services fournis par l’écosystème.

« Ces deux chiffres quand on parle de financement, sont vraiment importants à retenir », a-t-elle insisté.

Elle a par ailleurs martelé sur l’importance de considérer les services que la biodiversité rend à la planète terre. Elle a saisi l’occasion pour attirer l’attention du public sur l’importance de protéger des espèces comme les abeilles et les baleines, dont les services rendus sont indispensable à l’humanité. 

« Quand on parle aux services écosystémiques fournis, on pense à l’eau, à la nourriture, la nutrition etc. On pense aussi à la pollinisation faite par les abeilles, or les abeilles ne sont pas très contents de produits chimiques », a-t-elle déclaré.

Alfred NTUMBA

Forêt : Plus de 125 hectares des forêts sauvées en dix mois grâce à l’usage du gaz domestique

10 mois après le lancement du projet  de lutte contre la déforestation par l’usage du gaz domestique, le ministre de l’Environnement et développement durable, Claude Nyamungabo a effectué pour la troisième fois une visite d’inspection au sein de l’entreprise So’gaz, ce vendredi 8 janvier 2020. 

 Il était question pour le ministre au cours de cette visite d’inspection se s’enquérir des avancées enregistrées en rapport avec les kits de cuisson par gaz domestique que le gouvernement avait rendu à l’entreprise dans le cadre duditprojet. Le tableau statistique renseigne que 49 951 kits ont été vendus, et un volume de gaz de pétrole liquéfié de l’ordre de 2 895,64 consommé, soit une estimation d’environ 125 hectares des forêts sauvées.

« Je suis satisfait. C’est un projet qui est entrain de réussir. Ce qui est intéressant ce qu’avec la vente de plus  49 mille kits, nous avons pu sauver un grand nombre d’hectares des forêts, grâce au financement du gouvernement. Ca vaut de la peine d’être poursuivi étant donné qu’il porte de grands résultats », a déclaré Claude Nyamungabo.

Le ministre a rassuré que le partenariat entre son ministère et la société SOGAZ marche bien. Il attend le renouveler le plus vite possible pour poursuivre ces efforts.« Je félicite l’entreprise. Les ambitions pour 2021 sont de doubler la subvention du gouvernement à ce projet mais également l’étendre vers d’autres provinces à savoir le Kwango, le Kongo central et le Kwilu », a-t-il poursuivi.

Les chiffres enregistrés au cours de cette première phase sont encourageants d’après le responsable de cette entreprise. Les résultats obtenus démontrent qu’il est possible de réduire la pression des congolais sur les forêts, en mettant à leur disposition des alternatives  simples, efficaces et  faciles d’accès.

« Ces kits sont là pour permettre à un grand nombre de la population de consommer le gaz à la place des charbons. Je suis très content d’être associé à ce programme où le gouvernement a sollicité l’achat des kits. Bien que nous avons eu quelques soucis logistiques, d’approvisionnement et d’accessoires. Plus nous vendons le gaz  moins on consommera les charbons de bois par conséquent plus des forêts seront sauvées. C’est pourquoi nous avons l’ambition de continuer le projet cette fois-ci avec des kits avec des  bombonnes de trois kilos que l’on va lancer »,a rapporté Denis Couturier, directeur général de SOGAZ

Pour rappel,  la société SOGAZ a été désignée pour accompagner le gouvernement dans cette sa vision de réduire la déforestation. Elle est une filiale de la Société Congolaise des Industries de Raffineries (SOCIR), dans laquelle l’Etat congolais est actionnaire à 50%, la société attend apporter encore plus au cours de cette année pour la deuxième phase du projet. 

Avec 49 951 kits déjà vendus et 155,92 hectares de forêt sauvée, le gaz domestique se révèle comme une des  solutions durables au besoin de cuisson des congolais ainsi qu’au problème de déforestation en RDC.    

Albert Muanda

Biodiversité : One Planet Summit, « On ne peut parler de l’environnement mondial sans penser à la RDC » (Dieudonné Musibono)

En prévision de la prochaine édition du sommet One Planet Summit qui se tiendra à Paris le 11 janvier de l’année en cours, nous avons pu obtenir une interview exclusive du Conseiller Spécial du Chef de l’Etat en charge de l’Environnement et Développement Durable, Dieudonné Musibono. Il a saisi cette occasion pour rappeler que la RDC reste un grand pays qui dispose une méga biodiversité incommensurable. De ce fait, notre pays a un rôle a jouer dans le concert des nations, surtout en ce qui concerne l’environnement.

« La crise liée à la Covid-19 est venue nous rappeler de façon dramatique l’importance de la Nature pour nos vies quotidiennes ainsi que nos économies. Ceci dit, la biodiversité est pour nous une assurance vie. Pourtant, les atteintes aux écosystèmes connaissent un niveau sans précédent et auront des conséquences majeures sur nos modes de vie dans les décennies à venir. Il sera donc l’occasion de relever le niveau d’ambition de la communauté internationale sur la protection de la nature, tout en répondant aux nouvelles questions posées par la crise », a-t-il indiqué. 

A la question de savoir quelle est la position de la RDC à ce sommet, le Conseiller Spécial du Chef de l’Etat en charge de l’Environnement et Développement Durable a répondu en ces termes, je cite : « on ne peut parler de l’environnement mondial sans penser à la République Démocratique du Congo. Notre pays étant le deuxième poumon vert du monde, c’est lui qui purifie l’air qui apporte des avantages au niveau de l’humanité. La RDC ne peut manquer à ces assises« . 

Pour le professeur Musibono, le plus grand défi de cette nouvelle édition de One Planet Summit devrait être celui de rendre effectifs les engagements des parties ayant signé et ratifié la convention sur la protection de l’environnement, qui à son avis, est restée lettre morte. Elle n’existe que dans les textes et non acte, insinue-t-il. A titre d’exemple, les espèces protégées continuent à être tués et vendus, et les Etats ferment les yeux.

La RDC avec ses forêts considérées à ce jour comme un patrimoine mondial doit impérativement tirer profit des services écosytemiques qu’elle rend à la planète. Abordant dans le même sens, le conseiller du chef de l’Etat n’ a pas hésité de fustiger le retard que connait la RDC dans la transformation de son potentiel forestier en une richesse réelle, sans attendre beaucoup de l’exterieur..

« Nous sommes incapables de transformer nos matières pourtant les richesses réelles sont créés à partir des ressources naturelles. Voilà pourquoi nous sommes en retard. Nous sommes habitués à la cueillette car la nature nous offre tout, notre sol étant très riche. Néanmoins, c’est possible de relever la pente. L’Allemagne est parti d’un pays anéanti après la première guerre mondiale, à une puissance européenne. Ainsi, la RDC peut faire pareille en réfléchissant et en osant »,a-t-il martelé.

Pour la petite histoire, le One Planet Summit est une plateforme d’engagements pour relever le défi du changement climatique. Ce sommet qui est une initiative du Président français, est l’occasion d’agir pour la biodiversité et de relever le niveau d’ambitions de la communauté internationale sur la protection de la nature et sur le climat, tout en répondant aux nouvelles questions posées par la crise actuelle.

Notons par ailleurs qu’en marge de cette édition qui s’ouvre à Paris en début de semaine, le chef de le l’Etat français , Emannuel Macron a échangé avec son homologue congolais, Félix Tshisekedi.

Sarah MANGAZA

Forêts : Kinshasa va recevoir le prochain sommet des chefs d’État du Bassin du Congo

Le troisième sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la Commission pour les forêts d’Afrique centrale (Comifac) aura lieu dans le premier trimestre de l’année 2021 à Kinshasa. Il sera consacré, entre autres, à la révision du traité relatif à la conservation et la gestion durable des écosystèmes, y compris l’évaluation du niveau des partenariats et des financements.  

Une vue de la ville de Kinshasa, prise depuis Brazzaville (Photo, Alfred Ntumba/Environews)

« Les dirigeants des dix pays concernés tenteront de revisiter le traité instituant la COMIFAC quinze ans après sa mise en place en février 2005. À travers ce texte, les chefs d’État et de gouvernement ont pris l’engagement de développer les fiscalités forestières, de créer de nouvelles aires protégées, d’accroître la participation des populations rurales aux plans de conservation de la biodiversité et réaliser les actions prioritaires contenues dans le plan de convergence de la Comifac »,indique les organisateurs.  

Le dernier axe lié aux financements durables retiendra l’attention des participants à ce troisième sommet des chefs d’État et de gouvernement. L’on pourra évoquer la mise en œuvre de la feuille de route 2020-2021, dans le cadre de la facilitation du Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo (PFBC) assurée par la République fédérale d’Allemagne.

« Cette feuille de route entend mettre l’accent sur la promotion et le renforcement de la coopération intensive pour un leadership transparent et concerté entre les différentes parties prenantes (les pouvoirs publics, les organisations de la société civile, les partenaires au développement, les communautés rurales) »,a rapporté les organisateurs. 

La facilitation allemande insiste notamment sur la pertinence des forêts du Bassin du Congo dans les efforts mondiaux de conservation de la biodiversité et la poursuite de l’identification des possibilités de financement à long terme du plan de conservation des ressources forestières.

Il faut rappeler que l’annonce de la tenue du sommet des chefs d’État a été faite récemment par la Comifac, qui a cité le ministre congolais en charge de l’Environnement, Claude Nyamugabo Bazibuhe. Cette rencontre dont la date reste à préciser se tiendra sous la houlette de Félix Antoine Tshisekedi, le président de la République démocratique du Congo. 

Albert Muanda

Forêt : Politique forestière et revue légale des titres forestiers où en sommes-nous ?

Beaucoup d’acteurs de l’environnement ne cessent de se poser la question de savoir qu’en est -il exactement de la politique forestière de la République démocratique du Congo ? Non sans raison, car, selon les prévisions du ministre de l’Environnement et Développement durable, ce document essentiel de la gestion des forêts devait être disponible en fin d’année 2020. Hélas, l’année à peine a fini sa carrière, mais un silence radio s’est installé. 

Dans une interview exclusive accordée à Environews RDC, le directeur général en charge des forêts, José Ilanga est revenu sur les avancées déjà enregistrées et les difficultés qui minent l’aboutissement de ces deux projets, à savoir la politique forestière nationale et la revue légale des titres forestiers.

La politique forestière

Si l’année passée n’a pas vu clore ce document tant attendu, c’est à cause de la pandémie de la Covid-19, rassure le directeur général. « On a pas pu avoir ce qu’on voulait à la fin de l’année, mais le processus continue ».

Ce processus qui se veut participatif a permis de réunir plusieurs acteurs au tour de la table, au cours de l’année passée. Le secteur privé, les organisations de la société civile, les Ongs internationales, et les acteurs étatiques transversaux ont pu apporter leurs contributions au draft du document de la politique forestière.  

Pour Monsieur Ilanga, la pandémie n’a pas permis de consulter les acteurs dans les provinces. 

« Nous attendons la grande réunion du Conseil consultatif national des forêts. Parce que cet organe est appelé à jouer un grand rôle dans ce processus et dans celui de la revue légale », a renchéri le DG des forêts. « Cet organe va intervenir dans toutes les étapes pour orienter certaines options qui seront prises au niveau de la commission inter ministérielle ». 

Sauf imprévue, cette grande réunion pourrait se tenir à Kinshasa au cours de la deuxième quinzaine du mois de janvier, a informé le DG.  

La revue légale des titres forestiers

Concernant la Revue légale des titres forestiers, la bonne nouvelle est que l’Union européenne va financer ce processus. Selon le directeur général en charge des forêts, les discussions ont déjà beaucoup avancé. 

« Au jour d’aujourd’hui, nous sommes à l’étape de recrutement du bureau d’études. L’UE avec l’accompagnement des ministères de l’Environnement et des finances a déjà lancé l’appel d’offre de recrutement d’un bureau international. Nous attendons dépouiller les offres dans jours à venir », a précisé le DG.

Toutefois, la principale contrainte aujourd’hui ce n’est pas l’argent, mais c’est plutôt la pandémie. Ce haut cadre du ministère de l’Environnement reste tout de même optimiste sur le début des travaux de la revue légale dans les jours qui viennent et la validation du document de la politique forestière nationale.

Alfred NTUMBA