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FORÊT : YANGAMBI, QUAND LA RESTAURATION RIME AVEC L’ AMELIORATION DES CONDITIONS DE VIE DE POPULATION

La croissance démographique, la pauvreté et le besoin croissant en énergies figurent parmi les principales causes de la perte du couvert forestier en Afrique.  Chaque année, le continent  perd plus de 2 millions d’hectares de forêt. La production de charbon de bois, de bois de chauffe et l’aménagement de l’espace pour des  activités agricoles figurent parmi les causes de cette déforestation. Cette perte du couvert forestier entraîne avec elle aussi la dégradation ou l’appauvrissement du sol, rendant ainsi difficile toute activité agricole.

Transplantation des plantules à la pépinière d’Isalowe ( photo THK)

La République Démocratique du Congo n’est pas épargnée par cette réalité. A Yangambi, dans la province de la Tshopo, la croissance démographique, l’absence de l’électricité, le manque d’emploi durable ainsi que la pauvreté ont poussé la population à exercer une énorme pression sur la réserve biosphère de Yangambi.  Une pression qui dénombre parmi les conséquences, la déforestation qui a entraîné avec elle la dégradation du sol, plongeant ainsi une grande partie de la population dans la pauvreté. C’est ainsi que le Centre de Recherches Forestières Internationale (CIFOR) développe depuis 2017 plusieurs activités dans cette contrée, en vue du développement durable, entre autres la restauration et la sensibilisation des populations. Pour palper du doigt la réalité, nous avons décidé d’effectuer une descente sur  terrain à Yangambi.

Yangambi, un site chargé d’histoire

Après plus de deux heures de navigation sur le majestueux fleuve Congo en partant de la rivière Tshopo puis la rivière Lindi, nous accostons enfin à Yangambi. Dès notre arrivée, nous sommes captivés par les vieux bâtiments datant de l’époque coloniale et quelques vestiges, qui  témoignent de la vie mouvementée qui autrefois animait ce lieu.  Avec la station de recherche  de l’INERA, l’Institut Facultaire Agronomique (IFA/Yangambi) et sa réserve de biosphère, Yangambi fût il y a quelques décennies,   un des grands pôles scientifiques du monde, où se donnaient rendez-vous plusieurs chercheurs et scientifiques venant de tous les coins du monde, pour apprendre et échanger des connaissances sur l’agronomie et la foresterie.

Malheureusement, les guerres qu’a connues la province de la Tshopo n’ont pas épargné Yangambi. Aujourd’hui, ce district de plus d’un million d’âmes porte encore les stigmates de ces sombres pages de l’histoire.  Comme un phénix, ce site rempli d’histoire renaît de ses cendres, grâce au projet Formation, Recherche et Environnement dans la Tshopo (FORETS) du CIFOR, financé par l’Union européenne. « Le partenariat que nous avons avec le projet FORETS, nous permet de récupérer des anciennes terres devenues pratiquement incultes. Ceci est pour nous une façon non seulement de récupérer ces terres, mais de rendre aussi viable le paysage de Yangambi », s’est félicité Michel Lokonda, Directeur de l’INERA-Yangambi.

Des centaines d’hectares recouverts d’arbres

Chargement des plantules dans une remorque (photo THK)

A Yangambi, il était question pour nous d’assister aux activités de restauration lancées depuis 2018 dans le cadre du projet FORETS. Notre arrivée a coïncidé avec la clôture de la grande saison de plantation 2020. Aussitôt arrivés, nous nous sommes donc rendus sur le site où se fait le reboisement. A notre approche, nous apercevons un groupe de gens très motivés. Tenant dans leurs mains ensablées des machettes et houes, elles attendent impatiemment la prochaine remorque des plantules. Nous approchons un jeune homme d’une trentaine révolue. Coiffé d’une casquette noire, machette à la main, Jérôme Isangi est un des  employés du projet FORETSdans le cadre des activités de reboisement. « Je suis enseignant, mais je fais ce travail depuis bien longtemps en attendant que je  sois mécanisé par l’Etat. J’ai fait le reboisement à Bangala et à Nutricen. Ici, je suis à ma troisième plantation », a-t-il renseigné.

Le CIFOR s’est fixé comme objectif de reboiser 600 hectares par an. Un projet ambitieux qui vise non seulement à restaurer le paysage de Yangambi, mais aussi à maintenir le cadre de vie décent des populations, tout en sensibilisant la population sur l’éducation environnementale.

« Depuis le lancement de ces campagnes de restauration, plus de 800 hectares ont été reboisés, et près de 700 mille arbres ont été mis en terre », a expliqué Brice Djiofack, expert junior du projet FORETS. « Pour cette saison, nous avons planté plus de 12 mille arbres par jour, une grande avancée pour le projet », a-t-il renchéri.

Au cours de ces campagnes de plantation, le choix des arbres est porté sur les acacias, les arbres indigènes et les arbres fruitiers. Bien qu’il soit une espèce à croissance rapide, l’acacia est une légumineuse qui favorise la restauration des sols épuisés grâce à la fixation de l’azote, ce qui rend possible la production agricole. Cette espèce a également un haut pouvoir calorifique, ce qui le rend idéal pour produire  la biomasse. Et parmi les arbres autochtones, il y a les arbres à chenilles et autres plantes médicinales. Pour permettre la disponibilité des plantules, deux pépinières ont été mises en place.

La sélection des espaces pour la plantation se fait de manière systémique. « Les terres de Yangambi appartiennent à l’INERA, et ce reboisement est précédé par une prospection qui consiste à choisir des terrains sur lesquels il faudra planter les arbres », a renseigné Fai Colins, facilitateur du terrain du projet FORETS à Yangambi.

Une fois queles terres à repeupler d’arbres sont connues, les campagnes de sensibilisation sont mises en place pour expliquer à la population le bien fondé du projet. Ceci, dans le but de les emmener à participer et s’approprier cette initiative, qui ne vise qu’à améliorer leur bien-être.  Moustapha Mbola, vulgarisateur du projet FORETS, nous explique qu’au départ il y a parfois une certaine méfiance de plusieurs personnes. Mais après échanges, elles finissent par adhérer à l‘idée, s’en approprier et devenir même nos interlocuteurs du projet  auprès des autres personnes encore sceptiques.

La restauration, une activité rémunératrice

En poursuivant notre visite sur les sites de plantation, nous sommes tombés sur un groupe de travailleurs,   dominé par les femmes. Nous débarquons à l’heure de la pause. L’équipe profitait de ce moment pour se restaurer, en attendant la prochaine livraison des plantules. Notre regard  s’est jeté sur une jeune dame au visage rayonnant. Attirés par son sourire, nous nous décidons de l’approcher. Augustine Botoko, c’est ainsi qu’elle se nomme. Cette ancienne commerçante se dit contente et fière de planter des arbres, activité qu’elle entreprend depuis une année. « Je suis mère de six enfants que je prends en charge grâce à ce travail. Depuis que je suis employée ici, ma situation économique s’est beaucoup améliorée. Que Dieu bénisse les initiateurs de ce projet », a-t-elle déclaré sourire aux lèvres.  Motivée par le témoignage de sa collègue, Justine Lola a jugé bon de se confier aussi à nous, concernant cette activité de reboisement à laquelle elle prend part depuis un mois. Pour elle, le plus important n’est pas seulement le fait d’être payée, mais plutôt le fait de bénéficier de ces arbres dans le futur.

Finalement, Daris Lifenda, un jeune qui nous a affirmé qu’il garde des bons souvenirs de ce travail de restauration initié par le projet FORETS, décide de nous emmener à son domicile. A quelques mètres, nous entendons le bruit de vrombissement d’un moteur. Arrivés sur place, nous découvrons un moulin et des gens tout autour venus moudre le manioc, le soja et le maïs. « Ce moulin, je l’ai acheté grâce aux économies que je faisais avec ma rémunération. Il fonctionne avec du gasoil et aide beaucoup de gens de mon quartier, et ceux des quartiers lointains », a-t-il témoigné.

Ce jeune homme de 19 ans nous a confié avoir acheté un deuxième moulin.  Pour chaque saison, c’est presque 500 personnes  qui sont employées dans les plantations.  La plupart d’entre elles reconnaissent qu’au-delà du recouvrement du couvert forestier de leur village, les activités de restauration leur permettent de résoudre certains problèmes comme la scolarisation les enfants, se nourrir, et créer d’autres activités pour avoir un moyen de subsistance.

Des arbres qui alimenteront la centrale à biomasse de Yangambi

Chantier de la centrale à biomasse de Yangambi ( Photo THK)

Hormis la fertilisation du sol, la restauration du couvert forestier, la fabrication du charbon de bois, l’agroforesterie et l’apiculture, le reboisement de Yangambi vise un autre objectif majeur qui pourrait transformer la vie de cette population, il s’agit de la mise en place d’une centrale à biomasse. Cette centrale utilise des substances qui peuvent brûler pour produire de l’énergie qui peut être transformée en électricité. Pour Paolo Cerutti, directeur du projet FORETS, la mise en place de cette centrale vise à développer les entreprises locales comme les PME, ce qui va rénover le substrat économique et contribuer à la lutte contre la déforestation et l’agriculture sur brûlis.  « Nous avons conduit plusieurs études de faisabilité, et es experts ont conclu qu’une centrale de biomasse à Yangambi est possible », a-t-il argumenté. « Nous avons déjà lancé l’appel d’offre pour les premières machines, et nous travaillons de sorte que  tout soit prêt au plus tard novembre 2021 », a dit-t-il.

Cette centrale sera alimentée dans un premier temps avec les arbres des anciennes plantations d’hévéa et des palmiers qui pullulent à Yangambi, en attendant que les arbres plantés atteignent la maturité.

Bien que les forêts soient les principales sources de revenus pour la population, ce modèle d’investissement du projet FORETS à Yangambi prouve qu’il est possible de concilier la préservation des celles-ci et le  maintien d’un cadre de vie décent des populations. Ceci passe par la sensibilisation et la mise en place des alternatives capables de réduire la pression de l’homme sur la forêt, notamment la multiplication des sources de revenus.

Ce reportage a été réalisé avec le soutien du Rainforest Journalism Fund en partenariat avec Pulitzer Center

                                               De retour de Yangambi, Thierry-Paul KALONJI

FORETS : UNIKIS-CIFOR, un partenariat qui dote la RDC d’une nouvelle génération d’experts forestiers

Le partenariat entre l’Université de Kisangani (UNIKIS)  et le Centre International de Recherche Forestière (CIFOR) est à ce jour considéré comme un modèle en ce qui concerne la préservation des forêts congolaises, et la formation des cadres devant assurer ladite  préservation.  Avec plusieurs résultats à son actif, ce partenariat a tracé et  balisé le chemin d’une gestion durable de la biodiversité et de l’aménagement  forestier en  République démocratique du Congo.

Du projet REAFOR ( Relance de la recherche agronomique et forestière) au projet FORETS ( Formation recherche et environnement dans la Tshopo) en passant par REFORCO (Recherche forestière au Congo) et FCCC ( Forêts et changement climatique au Congo), le CIFOR financé par l’Union européenne  a au travers de sa coopération avec l’UNIKIS  formé à ce jour  une importante masse critique au niveau de master et doctorat, capable de  relever le défi de cadres pouvant travailler tant  dans la formation de formateurs que dans l’accompagnement de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN),  structure spécialisée dans la conservation de la nature en RDC.

« Avant notre partenariat avec le CIFOR, on avait constaté après  évaluation que la RDC ne disposait que de deux forestiers qualifiés, et d’un autre non qualifié, mais qui faisait quand même le tour du pays lorsqu’on devrait recourir à un expert. Cela était insuffisant avec la vision du gouvernement qui voulait que l’ICCN ait beaucoup de cadres qualifiés », a expliqué, Dhed’a Djailo Recteur de l’université de Kisangani. Continuer la lecture de FORETS : UNIKIS-CIFOR, un partenariat qui dote la RDC d’une nouvelle génération d’experts forestiers

Foret : Lancement d’un réseau de recherche pour protéger les forêts d’Afrique centrale

 Au total, quatorze institutions académiques qui travaillent dans tous les Etats membres de la commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC) ont lancé un  nouveau réseau de recherche sur les forêts d’Afrique centrale (R2FAC). Ce réseau a pour objectif, de contribuer par des activités de recherche et de développement, à la gestion durable de l’environnement et des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale dans un contexte où les pressions anthropiques et climatiques s’accentuent sur ces écosystèmes.

Pépinière d’Isalowe à Yangambi, province de la Tshopo, sur le large du fleuve Congo. © Hervé Mukulu

« Le champ d’action de ce réseau concerne la recherche environnementale et forestière appliquée aux écosystèmes et paysages forestiers au sens large qui engage une composante ligneuse notable, notamment les savanes, les Agros forets, et bien plus », a souligné Alfred Ngomanda, Directeur de l’Institut de Recherche en Ecologie Tropicale du Gabon (IRET).

Au cours de l’atelier de lancement des activités de ce réseau qui a eu lieu les 27 et 28 septembre à Douala, les différents partenaires du réseau ont élu leurs responsables et défini les objectifs et activités pour une période de deux ans. Continuer la lecture de Foret : Lancement d’un réseau de recherche pour protéger les forêts d’Afrique centrale

Forêt : Les diplôme de mérite du premier concours FORETS décernés à 5 lauréats

Au total, 5 journalistes parmi les douze formés sur le journalisme environnemental d’enquête se sont vus décernés officiellement des diplômes de mérite. La cérémonie de remise des prix organisée ce mercredi, 18 septembre, au bureau de la délégation de l’UE en RDC, était riche en couleur. En présence de leurs collègues journalistes membres du réseau Green Journalist Network, les lauréats ont été encouragés par Guillaume Chartrain, chargé des missions à la DUE, pour la qualité de leurs travaux et leur engagement dans la sensibilisation des masses sur les questions environnementales.

De gauche à droite : Taty Mapuku, Fify Solange Tangamu, Guillaume Chartrain, et Thierry Paul Kalonji.

« C’est un couronnement qui ne me pousse pas à m’arrêter ici. Il reste encore beaucoup à faire surtout lorsque nous voyons le niveau de connaissance de notre population concernant les questions liées à l’environnement. Mais c’est déjà un bon début. Ce couronnement me fortifie à fournir  plus d’effort afin d’être un porteur des messages forts liés à la conservation de la nature, de nos milieux », a expliqué Thierry-Paul Kalonji, le gagnant du premier prix concours forêts.

En distinction, Thierry Paul Kalonji, Coordonnateur chez Environews RDC aura un appui pour voyager à Accra au Ghana, pour couvrir la conférence « Global Landscape Forum », qui se déroulera en octobre 2019. Tandis que les deuxième et troisièmes ont reçu une formation en ligne sur la gestion des paysages instruite par l’Université de Waganingen au Pays-Bas.

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Environnement : Thierry-Paul Kalonji, ce gagnant du premier concours FORETS en RDC

L’article de Thierry-Paul Kalonji, journaliste et coordonnateur des projets chez Environews RDC a obtenu la mention « Excellent » du jury de la première édition du concours FORETS (Forêt et Recherches pour l’Environnement dans la Tshopo), organisé par le CIFOR (Centre de Recherche Forestière Internationale), dans le cadre de son projet FORETS exécuté avec l’Université de Kisangani (UNIKIS). Il vient en tête de trois gagnants de ce concours qui a connu la participation de 12 journalistes congolais spécialistes des questions environnementales, ayant été sélectionnés pour participer à la semaine scientifique de l’UNIKIS 2019.

« Tout est parti du choix de sujet que j’avais fait. J’ai préféré travailler sur le bois énergie, un secteur qui m’est très familier au regard de différents reportages que j’ai eu à réaliser. J’ai accompagné le projet Charbon durable et Mbambola de la SNV du début à la fin. Et grâce à cela, j’avais à mon arc des cordes nécessaires pour produire un bon reportage », a indiqué le lauréat.

Sans sous-estimer les efforts de ses challengers, Thierry-Paul Kalonji pense tout de même que tous les compétiteurs ont produit des excellents travaux. Surtout que pour participer au concours il fallait d’abord subjuguer le jury avec les reportages réalisés précédemment. Seuls les auteurs de meilleurs reportages ont été retenus pour participer à la semaine scientifique et concourir à cette première édition. Continuer la lecture de Environnement : Thierry-Paul Kalonji, ce gagnant du premier concours FORETS en RDC

Forêt : Quand le marché du bois éloigne l’Afrormosia de Kisangani

Le développement de la ville de Kisangani suscite des interrogations au regard de la dégradation des forêts environnantes. Cette expansion et sa demande en bois d’œuvre, en bois énergie et en nourriture, affecte considérablement les ressources forestières. L’une des victimes de ce développement est l’Afrormosia (Pericopsis elata), l’espèce la plus prisée de la population boyomaise, pour sa qualité du bois et de ses makala (charbon de bois).

Deforestation near Lieki, DRC. Photo by Axel Fassio/CIFOR cifor.org forestsnews.cifor.org If you use one of our photos, please credit it accordingly and let us know. You can reach us through our Flickr account or at: cifor-mediainfo@cgiar.org and m.edliadi@cgiar.org

Une filière organisée à la défaveur de la ressource

Dans la filière bois d’œuvre, la ressource principale est l’arbre. Cependant, l’arbre n’intéresse la chaîne de production que pour de raisons pécuniaires présentes, au détriment de la durabilité de celui-ci.

Simon Maponda est l’un des exploitants artisanaux. Il vit à Kisangani et dispose de tous les permis et autorisations nécessaires pour exercer ce métier. Il a accepté de nous faire visiter ses chantiers au village Bakumbu, situé au PK13 [Ndlr : 13 kilomètres à partir de la sortie de Kisangani], sur la route qui mène vers la cité de Banalia.

« Il n y’a plus de bois au tour de Kinsangani », nous confie-t-il. « Pour trouver du bois, il faut aller au-delàs de Banalia, parfois vers le fleuve ou encore vers la ville de Buta ».

Simon Maponda se considère comme l’un des pionniers du secteur de l’exploitation artisanale du bois à Kisangani. Ce qui lui a prévalu le poste du président de l’Association des exploitants artisanaux de Komboni. Grace à ce travail, il fait étudier ses enfants à l’Université de Kinshasa, et gère mieux sa famille. Mais, il se dit inquiet du déclin progressif du marché du bois d’œuvre dans sa ville.

Sur l’un de ses chantiers, nous découvrons Dieu Merci. Tronçonneuse à la main, ce scieur professionnel est un habitué de vrombissement des scies mécaniques qu’il manipule avec dextérité.  Trentaine révolue, Dieu Merci exerce ce métier depuis 2012. Il doit scier au moins 5 m3 de plateaux par jour, pour un montant dont il n’a pas voulu livrer le secret.

Dieu Merci , scieur professionnel.

Sous un soleil accablant, Dieu Merci tronçonne un Iroko, une espèce de la famille d’Afrormosia. Il nous confirme cependant que l’espèce a quasi disparu dans les environs de Kisangani. Et, qu’il faut parcourir plusieurs dizaines de kilomètres encore pour retrouver ce bois aux couleurs rougeâtres.

« A un certain moment, l’Afrormosia était très sollicité sur le marché, que ce soit pour le bois d’œuvre ou pour le makala [Ndlr : charbon de bois]. On coupait ce bois en désordre, même les plus jeunes arbres, car tout le monde avait besoin de se faire de l’argent. Ajourd’hui, la demande est toujours là, mais le bois c’est éloigné », nous précise-t-il.

Depuis son début de carrière, Dieu Merci a déjà formé plus de 10 jeunes scieurs, tous opérationnels sur le marché de coupe artisanale du bois.

La chaîne de production est si bien organisée que chacun y trouve son  intérêt, mais surtout à la sueur de son front.  Vincent Itsima surnommé Gomez est le transporteur du bois. Avec son vélo, il doit parcourir près de 1 kilomètre du sentier escarpé pour atteindre les berges de la rivière Tshopo, lieu d’embarquement du bois scié vers la ville de Kisangani.

«  Moi je suis bombeur [Ndlr : transporteur à vélo], je suis payé par cubage. Par jour, je transporte 1 m3 de bois, soit 16 plateaux pour un montant de 45.000 Francs congolais, [l’équivalent de 27 dollars américains] », nous informe-t-il.

Carence de l’Afrormosia sur le marché de Kinsangani

Les bois sciés arrivent à Kisangani par des radeaux. Ce jour-là, notre visite a coïncidé avec le déchargement d’un radeau rempli d’une bonne cargaison de bois d’œuvre dont l’Iroko, le Kaya, le Monsembe et le Sapeli. Le plus grand absent du lot était l’Afrormosia.

Ces bois sont vendus au prix de gros aux détaillants, avant de se retrouver au marché de Komboni dans la commune de Makiso. Un marché totalement hors du commun, car 85% de revendeurs ici, sont des femmes.

Dans ce marché de quelques dizaines d’étalages, l’Afrormosia est la marchandise la plus chère, à cause de sa rareté. Il se négocie à environ 250 dollars américains le mètre cube.

« Il y’a carence du bois sur le marché, car il y’a aujourd’hui une pléthore d’exploitants et de vendeuses. Ici au marché, il y’a la demande croissante d’Afrormosia, mais le bois ne se voit plus, à cause de la mauvaise exploitation qu’il a subi », indique Trésor Likenge, exploitant et vendeur du bois au marché Komboni.

Selon une étude du Cifor «  le bois à l’ordre du jour », chaque mois, les exploitants artisanaux coupent en moyenne 440 m3 de bois d’Afrormosia et de Sapelli. Un volume de loin supérieur à la capacité de régénérescence de ces espèces.  51% d’exploitants interrogés lors de cette étude ont confirmé que l’Afrormosia est leur bois de prédilection.

Le bois vendu au marché de Komboni, l’est pour la consommation locale. Certains commerçants viennent parfois s’approvisionner ici,  en vue d’une vente à Kinshasa, où le mètre cube d’Afromorsia revient à 550 dollars américains. Tandis que les autres pour  Kasindi, où il se vend à 1500 $/m3.

Nécessité de réorganiser le secteur

« Nous avons fait une étude dans le cadre du projet FORETS, au tour du paysage de Yangambi. L’étude a démontré que la grande partie des exploitants œuvrent dans l’informel ne paient pas des taxes », a expliqué Sylvia Ferrari, chercheuse au Cifor.

Local workers finish the last details of the new building at the Faculty of Science of the University of Kisangani. Photo by Ahtziri Gonzalez/CIFOR cifor.org forestsnews.cifor.org If you use one of our photos, please credit it accordingly and let us know. You can reach us through our Flickr account or at: cifor-mediainfo@cgiar.org and m.edliadi@cgiar.org

Un point vue confirmé par le président de l’Association des exploitants artisanaux du bois de Komboni, qui reconnait des faiblesses dans l’organisation du secteur. « Je souhaite que les autorités organisent ce secteur. Il y’a trop de fraudes. En tant qu’exploitants nous payons une taxe de reboisement. Que cet argent serve réellement à ça, car il revient au FFN (Fonds Forestier National) de faire ce travail », a indiqué Simon Maponda.

Sur le terrain, le Cifor à travers le projet FORETS (Formation, Recherche et Environnement dans la Tshopo), travaille avec les associations d’exploitants artisanaux du bois pour les conscientiser sur la nécessité d’une exploitation plus durable du bois d’œuvre. « Les marchés de consommation deviennent de plus en plus exigeants en termes de légalité et durabilité.  Si la RDC veut continuer à exporter son bois vers l’extérieur, elle doit se doter d’un arsenal juridique qui pourrait lui garantir que le bois produit dans le pays est coupé d’une façon légale et durable », a fait remarquer Paulo Ceruti, chercheur au Cifor.

Le marché du bois d’œuvre n’est pas le seul à éloigner l’Afrormosia de la ville de Kisangani. Deux autres facteurs importants à savoir le bois énergie et l’agriculture sur brulis entrent en jeu. Mis en ensembles, ces trois facteurs sont à la base de la dégradation progressive de la forêt au tour du chef-lieu de la Province de la Tshopo.

La science vole au secours de l’Afrormosia

A quelques kilomètres du centre-ville de Kisangani, les chercheurs du Cifor mènent une expérience inédite. Hulda Riziki et son équipe observent délicatement la croissance et le comportement de l’Afrormosia, dans une plantation expérimentale de 0,6075 ha (135 x 45 m). Les résultats préliminaires de ces observations semblent prometteuses, car dit-elle, l’espèce a la capacité de croitre en milieu naturel, contrairement à certaines études menées par d’autres scientifiques.

Afrormosia growing scheme at the Compagnie Forestiere et de Transformation (CFT) in Kisangani, DRC. Photo by Axel Fassio/CIFOR cifor.org forestsnews.cifor.org If you use one of our photos, please credit it accordingly and let us know. You can reach us through our Flickr account or at: cifor-mediainfo@cgiar.org and m.edliadi@cgiar.org

« Les publications anciennes démontrent que l’Afrormosia a du mal à croitre en dehors de la forêt. Nous nous rendons compte que l’espèce peut très bien croitre dans un milieu non perturbé, notamment dans les plantations », a-t-elle précisé. « Depuis le 12 décembre 2017 qu’on avait prélevé les mesures, aujourd’hui, après mesurage, on a remarqué un taux de croissement de 151 cm par an, et un diamètre de 21,1 mm. Ce qui est spectaculaire », indique cette jeune dame, visiblement déterminée à sauver l’espèce.

Le but de cette expérimentation est de trouver l’écartement optimal et disposer d’autant d’informations devant constituer la base des données de cet arbre et en faire une vulgarisation. Hulda Riziki travaille sur ce projet avec l’encadrement du Docteur Nils Bourland, collaborateur scientifique au Musée Royal de l’Afrique Central et le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR).

Si les résultats de cette étude s’avéraient concluantes, l’on pourrait alors espérer sauver l’Afrormosia grâce à la réintégration artificielle de la plante dans la forêt dégradée de Kisangani.

L’exploitation artisanale du bois d’œuvre ne devrait pas non seulement contribuer au développement socio-économique de la population, ce qui n’est pas le cas à Kisangani aujourd’hui, elle devrait par contre s’exercer dans le strict respect des normes en vue  de concilier le développement à la durabilité. Dans cette tâche, l’Etat congolais devra jouer son rôle de régulateur pour limiter l’impact de ce secteur sur les forêts environnantes considéré comme la ceinture verte de la ville.

« Ce reportage a été produit grâce à l’appui du projet FORETS, financé par l’Union européenne et coordonné par le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR). Cependant, il ne représente pas nécessairement le point de vue de ces institutions ».

Alfred NTUMBA

Forêt : Les scientifiques volent au secours de l’Afrormosia dans la Tshopo

C’est une expérience inédite que les scientifiques du projet FORETS (Formation, Recherche, et Environnement dans la Tshopo) mènent depuis 1 an et demie à Kisangani chef-lieu de la province de la Tshopo. Ils sont motivés par le souci de trouver une solution durable à la disparition de cette espèce qui manifeste de sérieux problèmes de régénération. Ces experts forestiers voient en la disparition de l’Afrormosia (Pericopsis elata), une perte économique énorme pour la République démocratique du Congo dont le secteur de l’exploitation du bois d’œuvre repose notamment sur cette espèce très prisée dans l’industrie, à cause de la très haute qualité de son bois.

Plantation d’expérimentation de régénération de l’Aforormosia à Kisangani. (Crédit Photo CIFOR).

« La surexploitation de ce bois a fait qu’il puisse se retrouver dans l’annexe 2 de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), mais aussi considérée comme espèce en danger par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). On a aussi compris que cette espèce à de problème de régénération. Vu qu’on a toujours besoin de son bois, nous avons décidé de faire sa régénération naturelle assistée », a indiqué Hulda Riziki, ingénieure forestière.  Continuer la lecture de Forêt : Les scientifiques volent au secours de l’Afrormosia dans la Tshopo

Environnement : 12 journalistes formés par le CIFOR sur les questions environnementales

C’est le samedi 04 mai que s’est  clôturée à Kisangani, la formation des journalistes environnementaux de la RDC.  Cette clôture marque ainsi le début de la première édition du concours forêts pour le journalisme environnemental. Initiée par le projet FORETS (Formation, Recherche et Environnement dans la Tshopo), cette activité qui a réunis 12 journalistes venus de quelques provinces de la République démocratique du Congo, s’inscrit dans le cadre de la semaine de la science organisée par l’Université de Kisangani en partenariat avec le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR).

« J’étais impressionnée par la motivation de tous les participants, ce qui constitue la vraie  base pour faire le journalisme. Et, ce que j’attends d’eux, c’est qu’ils mettent en pratique les matières apprises afin d’améliorer leurs techniques journalistiques et rendre des reportages vraiment superbes. J’ai beaucoup d’espoir que nous aurons des reportages de très haute qualité », s’est félicitée Gloria Pallares, formatrice.

Pendant 4 jours, formateurs et apprenants ont ensemble passé en  revue toutes les étapes qui président à la réalisation d’un bon reportage. Ceci de la conception de l’idée du reportage jusqu’à la publication de celui-ci. Continuer la lecture de Environnement : 12 journalistes formés par le CIFOR sur les questions environnementales

Forêts : 50.000 arbres  déjà plantés à Bangala dans la Tshopo grâce au  projet FORETS

Financé par l’Union européenne et coordonné par le Centre de recherche  forestière internationale (CIFOR), le projet FORETS a à  ce jour permis  déjà de planter près de 50.000 arbres à Bangala dans le secteur de Yangambi,  un village situé à plus de 100 kilomètres de la ville de Kisangani dans la province de la Tshopo. Une activité  de reboisement qui s’inscrit dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques d’une part, et d’aider les communautés locales à exploiter durablement les forêts d’autre part.

«  Nous avons commencé ce travail avant l’arrivée de l’Union européenne via le projet FORETS. Mais l’arrivée de l’Union européenne est une chance pour nous, car elle nous a apporté  beaucoup de moyens. Elle nous a permis d’agrandir la pépinière et d’améliorer les conditions de travail notamment la construction de bacs en planche en bois pour faire pousser les plantules, nous avons  un château d’eau et plusieurs autres outils de travail, sans oublier l’augmentation de la main d’œuvre », a expliqué Norbert NGOYI responsable de la pépinière d’ISALOWE.

Ces arbres qui sont plantés sur le site de l’INERA afin recouvrer la réserve de biosphère de Yangambi sont composés de plusieurs essences locales et exotiques dont la plupart sont des espèces à croissance rapide à l’instar des acacias. Continuer la lecture de Forêts : 50.000 arbres  déjà plantés à Bangala dans la Tshopo grâce au  projet FORETS

Kisangani : Lancement du concours FORETS pour le journalisme environnemental en RDC

C’est en marge de la 6ème édition de la Semaine de la science organisée par l’Université de Kisangani en partenariat avec le Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) que s’est ouvert ce mardi 30 avril, la première édition du concours « FORETS pour le journalisme environnemental ». Au total, 12 journalistes venus des différentes provinces de la République démocratique du Congo participent à  cet événement.

Avant tout, le but de  ce concours  initié par le projet FORETS ( formation, Recherche, et Environnement dans la Tshopo) est  d’aider les participants  à approfondir leurs connaissances sur les questions liées à la conservation de la forêt, au bois énergies et au bois d’œuvre. Pour ce faire,  des ateliers de renforcement des capacités des journalistes seront organisées au cours de la semaine de science. Cette formation connait la participation des journalistes de renommée internationale, et des scientifiques  de la RDC et d’ailleurs.

Outre les échanges en atelier,  des descentes sur terrain notamment à Yangambi sont prévues  afin de concilier à la pratique,  différentes connaissances engrangées pendant la formation. Continuer la lecture de Kisangani : Lancement du concours FORETS pour le journalisme environnemental en RDC