ENERGIES

RDC, une filière durable du bois énergie doit passer par le développement et la promotion des alternatives
Energies : RDC,  une filière durable du bois énergie doit  passer par le développement et la promotion  des alternatives


PartagezFacebookTwitterLinkedin« Je fais ce travail depuis plus de vingt ans. Grâce à ça, je paie

Il est onze heures lorsque nous arrivons au marché Litoyi à Kisangani. Situé au bord de la rivière Tshopo , ce marché est célèbre pour son commerce de charbon de bois et bois de chauffe. Ici, nous croisons des tricycles, des pousse- pousse et véhicules remplis de charbon quittant ce lieu. Existant depuis plus de 50 ans, ce marché fournit des boulangeries, des briqueteries, des restaurants des ménages, voire la compagnie Sotexki.

Milade Lomoyo posant devant sa marchandise au marché Lltoyi ( Photo Thierry)

Comme Milade Lomoyo, plus de 23 000 personnes sont impliquées dans cette filière ici à Kisangani, révèle un rapport du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) publié en 2011.

En effet, le faible taux d’accès à l’électricité à Kisangani comme partout en République démocratique du Congo impose un recours massif au bois énergies pour satisfaire le besoin de cuisson.

Cependant, l’inefficacité avec laquelle est utilisée cette biomasse engendre une consommation excessive de cette ressource, utilisée par plus de 90% de la population congolaise. Etant donné que ce besoin en bois énergies continue de croître en raison de la pression démographique, et que les forêts quant à elles se font de plus en plus rare, il est important de mettre en place de méthodes de productions et consommation de charbon plus durable, pour faire en sorte que les forêts continuent à répondre aux besoins de population, de la biodiversité et du climat.

Un tour à Yangambi

Arrivés dans ce village célèbre pour sa réserve de biosphère d’une part et pour avoir abrité une des plus prestigieuses facultés des sciences agronomique de la RDC d’autre part, C’est une forte odeur familière qui nous accueille. Peu après, nous la reconnaissons . Il s’agit de l’odeur du caoutchouc. Après l’accostage de notre bateau, nous découvrons des sacs de caoutchouc récemment extrait d’hévéas. Curieux, nous nous approchons pour palper du doigt cette substance que nous découvrons pour la première fois à l’état naturel.

A Yangambi, ce sont des charbonniers que nous rencontrons. Ils ont accepté de nous montrer un four en carbonisation. Après plus de trente minutes de marche au milieu de la forêt, nous sentons soudain l’odeur d’un corps en ignition. A 50 mètres de nous, c’est la fumée qui échappe de plusieurs évents d’un four long de près de 10 mètres.

« Ce four est en combustion depuis dix jours. Il en reste encore au moins cinq avant que nous puissions le démonter. Si la carbonisation est bien faite nous pouvons obtenir jusqu’à plus de 35 sacs, au cas contraire ça sera entre 18 et 25 sacs. Ce qui sera une perte au regard des efforts consentis », a expliqué un charbonnier ayant requis l’anonymat.

Pour nous enquérir des techniques de carbonisation, ils nous emmènent vers un autre four en construction. Sur place, nous constatons que les bois sont directement rangés sur une sorte de rail, avant que le four ne soit recouvert puis carbonisé. Selon les experts, ces techniques de carbonisation seraient consécutives au faible rendement pour la plupart des charbonniers de Yangambi.

« Le taux de rendement est de près 6% à Yangambi ainsi que dans d’autres villages de la Tshopo, alors qu’au plateau de Bateke il serait de près de 26%. Cet écart serait dû entre autre aux techniques de carbonisation utilisées par les producteurs », a signifié Jolien Schure, chercheuse au près du CIFOR.

Outre ce faible taux de rendement, l’autre difficulté de ces producteurs est celle de l’évacuation de leurs produits. Avec l’éloignement des forets, ils sont obligés de parcourir des très longues distances pour ramener leur production au village.

« Avant les forêts étaient tout près de nous et le travail était plus facile. Mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Plus les forêts s’éloignent plus le travail devient pénible. Je suis sur le point d’abandonner, mais que ferais-je après? puisqu’il n’y a pas de travail ici », s’est interrogé Germain Mondo charbonnier.

Après échanges, nous comprenons que les charbonniers de Yangambi ne sont pas regroupés en association. Et les arbres utilisés pour fabriquer les charbons proviennent des forêts destinées à l’exploitation. Mais la disparition de celles-ci se fait de plus en plus sentir, et ces charbonniers n’ont pas l’habitude de reboiser.

« Nous ne reboisons pas par ce que nous n’avons pas de moyens. Mais s’il y a des partenaires qui viennent nous aider pour ce faire, pourquoi refuserons-nous car nous devons léguer à nos enfants la forêt », a suggéré Makario Nsakala un charbonnier du village de Basukulu 1.

Kinshasa, ville à la consommation astronomique

« Le volume du bois vendu à Kinshasa est estimé à 4, 8 millions m3 soit 490 mille tonnes , pour une valeur totale du marché s’élevant à 143 millions de dollars », souligne le rapport du CIFOR précité. « Sur un échantillon de 100 ménages, seuls 4 utilisent les foyers améliorés et 73 des braseros simples».

Ici, c’est la provenance du charbon vendu dans la ville qui nous intéresse, puisque les forêts qui ceinturaient autrefois cette mégalopole de plus de 10 millions d’habitants n’existent plus.

Ce bois énergie provient souvent du Kongo-central, du Bandundu et du plateau de Batéké. C’est à Batéké que nous nous rendons pour connaître les procédés de production du charbon consommé à Kinshasa.

C’est José, charbonnier depuis plus de dix ans qui nous reçoit, et nous conduit sur un site de production dans le village Mbakana. Ici nous trouvons huit charbonniers entrain de monter un four. Visiblement, ce sont de bois à fort pouvoir calorifique qui sont prêts à être carbonisés.

Montage d’un four à Mbakana ( photo Hur)

« Nous fabriquons le charbon avec les arbres plantés par nous-mêmes. Après abattage, nous reboisons aussitôt. Avec les techniques de carbonisation améliorée, nos fours n’ont que quatre évents au lieu de huit comme nous le faisions dans le temps. Et le rendement est vraiment meilleur », s’est réjoui Jean Mukuba, charbonnier.

A Kinshasa, cette filière emploie plus de 300 mille personnes. Grâce à la SNV, les charbonniers de Batéké sont regroupés en coopératives.

« Ces coopératives ont été créées notamment pour renforcer les capacités des charbonniers sur les techniques de carbonisation améliorée, recueillir leurs doléances afin de plaider auprès des autorités pour apporter des solutions et sensibiliser sur les textes réglementaires et les taxes formelles », a précisé Emmanuel Mvula expert en bois énergies.

Des alternatives pour une filière durable

Face aux difficultés d’accès à l’énergie électrique, il paraît presque impossible de mettre fin à cette filière à Kinshasa tout comme dans toute la RDC. L’important serait d’encadrer plutôt ce secteur en sensibilisant les acteurs à une gestion durable de sorte que la ressource ne manque pas dans les jours à venir.

Pour Jolien Schure, chercheur au près du CIFOR : « les recherches prévoient que les gens vont continuer à dépendre de cette énergie. Mais il est important de développer des approches parallèles pour rendre ce secteur durable, ce qui est possible, mais exige surtout la volonté des tous les acteurs impliqués. Exemple promouvoir les techniques de carbonisation améliorée et l’agroforesterie ».

A Kinshasa comme partout en RDC, des alternatives se développent afin de réduire la pression sur les forêts, mais leur dissémination à travers les ménages pose encore problème. Avec des résultats convaincants, l’utilisation à large échelle des foyers améliorés pourrait sauver des milliers d’hectares de forêts.

« Entre 2013 et 2015, plus de 7.000 foyers améliorés ont été disséminés dans les ménages Kinois. Ceci a permis de sauver 329 hectares de forêts et réduire 659.925 tonnes des CO2 par l’utilisation de ces foyers améliorés », a renseigné Dieu donné Kazadi, gestionnaire du projet Mbabola à la SNV.

Outre les foyers améliorés, les briquettes écologiques issues de sciure de bois ou des déchets organiques à l’instar de makala bio sont autant d’alternatives capables de réduire la dépendance au bois énergies.

Bac des jeunes plantes à la pépinière d’Isalowe à Yangambi. (photo Thierry)

Pour sa part, le CIFOR à travers le projet FORETS entend aussi jouer un rôle déterminatif avec 50 mille arbres déjà plantés dans le village Bangala à Yangambi. Financé par l’Union européenne, l’objectif du projet est d’atteindre 100 mille arbres d’ici fin 2019. Une activité visant non seulement à lutter contre les changements climatiques, mais surtout à aider les communautés locales à exploiter durablement cette forêt artificielle en préservant les forêts primaires.

En plus de tous ces efforts, cette filière doit être intégrée dans la politique nationale. il faudrait la formaliser en commençant par harmoniser les textes réglementaires sur les taxes perçus par les ministères de l’énergie, de l’environnement et le Fond forestier national. Car, la durabilité de l’approvisionnement dépendra de la légalité de ses pratiques et de sa solidité institutionnelle.

Thierry-Paul KALONJI

« Ce reportage a été produit grâce à l’appui du projet FORETS, financé par l’Union européenne et coordonné par le CIFOR. Cependant, il ne représente pas nécessaire le point de vue de ces institutions. »

 

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