Archives de catégorie : Climat

Forêt : Nouveau partenariat RDC-CAFI (2021-2030), la partie congolaise s’apprête pour les négociations 

Il a fallu trois jours de travaux intenses pour que les participants à l’atelier des consultations nationales sur le cadre du nouveau partenariat RDC-CAFI, puissent formuler des recommandations pertinentes devant servir de trame de discussions entre le gouvernement congolais et le Fonds CAFI (Initiative pour les forêts d’Afrique Centrale). Des discussions prévues au mois de novembre et qui devront aboutir à la signature d’une lettre d’intention pour un nouveau partenariat qui démarre en janvier 2021, pour une période de 10 ans.

Au cours de ces consultations nationales organisées par le FONAREDD, les participants ont passé au peigne fin les forces et les faiblesses de la mise en oeuvre de la lettre d’intention signée en 2016.  Plusieurs points communs ont été relevés comme faiblesse, notamment, le manque de données et des statistiques, la nécessité pour le gouvernement de prendre ses responsabilités pour changer la classification du pays et les risques fiduciaires, les très bonnes lois dont la mise en oeuvre traine, et les défis de la gouvernance et de la  capacitation à tous les niveaux.

Aux cotés de ces faiblesses, se dressent  aussi les forces, sur lesquelles le nouveau partenariat en gestation pourrait se baser.  Il s’agit notamment de la volonté politique manifeste, la prise de conscience sur l’importance de préserver le capital forestier, et l’émergence d’une forte appropriation au niveau des provinces.

Le ministre de l’Environnement et développement durable s’est félicité du travail abattu par les experts. Il a par ailleurs promis une implication sans faille du gouvernement congolais pour la réussite du nouveau partenariat dont les négociations pourraient démarrer au mois de novembre prochain.

« En ma qualité du vice président du comité de pilotage du FONAREDD, je porterais le document final à l’attention des autres membres du gouvernement représentés dans le comité de pilotage, ainsi qu’au chef du gouvernement pour orientations finales. Ceci servira de base pour les négociations qui seront lancées avec CAFI », a indiqué Claude Nyamugabo, ministre de l’EDD. Continuer la lecture de Forêt : Nouveau partenariat RDC-CAFI (2021-2030), la partie congolaise s’apprête pour les négociations 

Forêt : Le FONAREDD consulte les parties prenantes pour préparer le nouveau partenariat RDC-CAFI (2021-2030)

Les enjeux au tour de la signature de la lettre d’intention entre la République démocratique du Congo et l’Initiative pour les Forêts d’Afrique centrale (CAFI) pour la période 2021-2030, sont de taille. Il faut faire mieux que le premier volet signé en 2016. Le Fonds National REDD (FONAREDD) a réuni à Kinshasa, ce mardi 20 octobre, toutes les parties prenantes pour des objectifs bien précis, tirer les leçons apprises du premier partenariat RDC-CAFI, identifier les priorités du nouveau partenariat et formuler des nouveaux engagements nationaux.

« Notre rencontre de ce jour vise à puiser sur ce que nous avons bâti ensemble pour baliser l’avenir. En effet, les nombreux échanges que nous aurons durant ces trois jours vont effectivement définir et orienter les interventions du FONAREDD sur les dix prochaines années« , a déclaré Félicien Mulenda, coordonnateur du FONAREDD.

Selon lui, les présentes consultations sont organisées pour que la partie congolaise définisse ses priorités ainsi que des engagements réalistes qui sous-tendront le prochain accord avec CAFI. Les participants venants de toutes les provinces devront identifier, dans tous les secteurs concernés par la REDD, des innovations et des changements qu’ils poserons sur la table des négociations. Continuer la lecture de Forêt : Le FONAREDD consulte les parties prenantes pour préparer le nouveau partenariat RDC-CAFI (2021-2030)

Biodiversité : Ambitions et action, la seule solution à la crise de la nature

Le Sommet sur la Biodiversité en clôture de la dernière Assemblée générale des Nations Unies du 15 au 30 septembre a été l’occasion aux chefs d’État et de gouvernement de reconnaître la perte de biodiversité dans le monde et de constater l’absence de mesures suffisantes pour s’attaquer à ce problème. Un certain nombre de pays ont pris des engagements, mais au niveau mondial, il faut faire beaucoup plus pour lutter contre la crise de la nature.

En septembre de chaque année, les dirigeants mondiaux représentant 193 États membres des Nations Unies se réunissent pour l’Assemblée Générale des Nations Unies (AGNU) afin de discuter de certains des problèmes les plus complexes du monde. Célébrant le 75e anniversaire des Nations Unies, l’AGNU de cette année a connu deux premières : premièrement, l’assemblée est devenue virtuelle en raison des restrictions imposées par la  COVID-19 et deuxièmement, la dégradation de la nature a enfin reçu l’attention qu’elle méritait avec une journée entière consacrée à des discussions axées sur des mesures urgentes en matière de biodiversité pour le développement durable. Continuer la lecture de Biodiversité : Ambitions et action, la seule solution à la crise de la nature

Climat : Les Organisations de la Société Civile environnementale se concertent pour parler un même langage à la COP 26 sur le Climat et la COP 15 sur la Biodiversité

L’ONG Actions pour la Promotion et Protection des Peuples et Espèces Menacés (APEM) et le Groupe de Travail Climat REDD Rénové (GTCR-R) ont, au cours d’un atelier organisé ce mardi 06 et mercredi 07 octobre 2020, à Kinshasa, recueilli les points de vue des membres de la société civile environnementale sur les questions importantes relatives à la CDN (Contribution Nationale Déterminée), CAFI et le Cadre mondial sur la biodiversité post 2020. Cette activité s’inscrit dans le cadre du projet  » Prise en compte des droits des communautés forestières de la RDC à la COP 26″ appuyé techniquement et financièrement par la Rainforest Foundation Grande Bretagne (RFUK).

L’Administration forestière travaillant sur ces questions et l’ICCN (Institut Congolaise pour la Conservation de la Nature) ont été invités à ces assises pour éclairer les participants sur l’état d’avancement de ce processus et répondre aux questions par rapport aux défis qu’ils connaissent et les projections.

Ces consultations ont commencées d’abord en ligne et ensuite en provinces (Mai-Ndombe et Tshopo) et continuent à Kinshasa où il sera tenu deux ateliers, celui-ci étant le premier. Elles aboutiront aux deux notes de position qui seront soumises aux  décideurs à plusieurs niveaux pour faire entendre les voix des communautés locales et peuples autochtones pygmées sur ces questions cruciales qui concernent leurs espaces de vie traditionnelles. Continuer la lecture de Climat : Les Organisations de la Société Civile environnementale se concertent pour parler un même langage à la COP 26 sur le Climat et la COP 15 sur la Biodiversité

Climat : Londres et Kinshasa s’accordent sur l’amélioration du climat des affaires et la lutte contre le changement climatique

Le premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba a échangé ce mercredi 30 septembre 2020, par vision conférence avec le ministre d’Etat britanique pour l’Afrique, Jams Philip Duddrige, sur quelques domaines de coopération entre la RDC et la Grande Bretagne. Les discussions ont tournées notamment au tour de la situation de la riposte à l’épidemie à virus Ebola en RDC, et la coopération entre les deux pays dans le domaine de la lutte conte le changement climatique, ainsi que l’amélioration du climat des affaires, avec un accent particulier sur la protéction de l’environnement.

Londres et Kinshasa se sont accordés sur la nécessité de poursuivre leur coopération bilatérale, avec un accent particulier sur les aspects relatifs à l’amélioration du climat des affaires et la protection de l’environnement.

Le Ministre d’Etat Britannique pour l’Afrique a émis le vœu de visiter le Congo Démocratique pour y rencontrer les autorités congolaises et raffermir les bases de cette coopération.

Bien avant cette séance de travail, rappelons que l’ambassadrice britannique en RDC Emily Maltman avait soutenu que son pays va continuer à travailler avec la RDC dans la recherche des solutions aux défis actuels pour le bien être de la population congolaise.

Lors du sommet Royaume Uni-Afrique sur les investissements, le président congolais Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, rappelons-le, avait tendu la main à l’expertise britannique pour venir investir en RDC.

Désiré Wembolowa.

Environnement : les dirigeants mondiaux s’engagent à inverser la tendance à la perte de la nature d’ici 2030

Les chefs d’État et de gouvernement de 64 pays, répartis sur les cinq continents, et le président de la Commission européenne de l’Union européenne se sont engagés aujourd’hui à inverser la tendance à la perte de la nature d’ici la fin de la décennie. Les pays qui ont souscrit à cet engagement représentent plus de 1,3 milliard de personnes et plus d’un quart du PIB mondial.

Unis pour inverser la tendance à la perte de la biodiversité d’ici 2030, les dirigeants s’engagent à prendre des mesures urgentes au cours des dix prochaines années dans le cadre de la Décennie d’action des Nations unies pour le développement durable. Cet engagement intervient quelques jours avant le sommet des Nations unies sur la biodiversité, prévu pour le 30 septembre.

« Il envoie un signal fort et unitaire indiquant que le monde doit se montrer plus ambitieux pour stopper et inverser la perte de nature, dans l’intérêt des hommes et de la nature, et pour contribuer à la lutte contre le changement climatique« , indiqué le communiqué. 

Cet engagement, qui sera officiellement lancé aujourd’hui lors de l’événement Leader’s Event for Nature and People dans le cadre de la plateforme Nature For Life, est une réponse directe à l’urgence planétaire croissante et à la nécessité d’une action mondiale urgente et immédiate pour faire face à nos crises interdépendantes en matière de biodiversité, de climat et de santé.  Continuer la lecture de Environnement : les dirigeants mondiaux s’engagent à inverser la tendance à la perte de la nature d’ici 2030

Gabon : A cause des effets du changement climatique, des élephants frugivores menacés par la famine dans le parc national de la Lopé

Une étude menée dans le parc national de la Lopé au Gabon, met en évidence la baisse de la production fruitière de l’ordre de 81 % entre 1986 et 2018 ainsi qu’un affaiblissement depuis 2008, de l’ordre de 11 %, de l’état de forme physique des éléphants de forêt frugivores. Cette recherche souligne la manière dont le changement climatique dans le monde affecte les plantes et les animaux à l’échelle locale via la réduction de la quantité de nourriture disponible dans les forêts. De plus, l’étude vient s’ajouter au corpus mondial de données probantes qui mettent en exergue la crise actuelle en terme de biodiversité et les conséquences liées au changement rapide des conditions climatiques.

Un troupeau d’éléphants dans le parc d’Upemba en RDC.

« Il est alarmant de constater que le changement climatique entraîne la famine chez les éléphants de forêt et les oblige peut-être à quitter les forêts pour s’approcher des villages à la recherche de nourriture, ce qui les amène à ravager les plantations », a indiqué le ministre gabonais en charge des Eaux, des Forêts, de la Mer, de L’Environnement, chargé du Plan Climat et du Plan d’Affectation des Terres, Lee White.

En moyenne, les éléphants et les autres animaux trouvaient des fruits mûrs sur un arbre sur dix dans les années 1980, mais aujourd’hui ils doivent en chercher sur plus de 50 pour en trouver. Cette situation s’explique par le fait que le climat de la région a changé depuis les années 1980, devenant plus chaud et plus sec, et cela est peut-être à l’origine du déclin de la production fruitière dans les forêts tropicales. Précisent les scientifiques.

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Catastrophes naturelles : Kinshasa la ville qui subit toujours attend enterrer ses morts à l’arrivée de pluies

Vaut mieux prévenir que guérir dit-on, mais à Kinshasa la capitale de la République démocratique du Congo, cet adage n’a jamais trouvé du répondant. A l’approche de grandes pluies qui s’annoncent sur la ville, tout porte à croire que les mêmes causes vont produire les mêmes effets. Les kinois pourraient s’attendre au pire, pas par un hasard mais plutôt par l’impréparation des ses dirigeants.

L’image d’un jeune enfant pris au piège et mort dans la boue à Kinsenso, après une forte pluie qui a causé la mort de plus de 50 personnes l’année passée ne quittera jamais la mémoire collective des kinois. Le traitement indélicat des dépouilles mortelles des victimes de ces pluies diluviennes restera à jamais comme une épine dans le dos des proches qui ont vu les leur partir sous un regard mesquin des dirigeants. Et pourtant, dit-on, gouverner c’est  prévoir!

L’on se souviendra encore d’un coup de com orchestré par Neron Mbungu, vice gouverneur de la Ville de Kinshasa. Droit dans ses botes bravant les eaux de ruissellement. Le vice Gouv s’était  présenté comme la fille de Pharaon au secours de Moise, l’israélite abandonné dans les eaux par sa mère, par crainte de représailles.  Continuer la lecture de Catastrophes naturelles : Kinshasa la ville qui subit toujours attend enterrer ses morts à l’arrivée de pluies

Climat : Journée internationale de la protection de la couche d’Ozone, Elie Umba plaide pour l’identification et l’encadrement des techniciens du froid en RDC

Le coordonnateur national du Bureau Ozone – RDC, Elie Umba a plaidé pour l’identification et l’encadrement des parties prenantes évoluant dans le secteur du froid afin de limiter l’impact de leur métier sur la couche d’ozone. Il a fait cette déclaration lors d’un plateau spécial Village 243, organisé par Environews TV, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la protection de la couche d’Ozone, le 16 septembre 2020, et dont le thème est « l’Ozone pour la vie ». 

« Il y a 35 ans, qu’il a été constaté qu’il y a un trou au niveau de la stratosphère, la couche située à partir de10 jusqu’à 50 km au-delà de la terre. Et pourtant, c’est cette couche qui nous protège contre les rayonnements solaires ultraviolets à l’origine du cancer de la peau, et de maladies telle que la cataracte avec toutes ses conséquences. Les gens se sont rendus compte que l’humanité est en danger surtout la vie humaine », a-t-il indiqué.

Les hydrofluorocarbures sont pointés du doigt dans la destruction de cette couche. Ces gaz dont les capacités de réchauffement sont redoutables sont utilisés souvent dans l’industrie du froid, notamment dans la climatisation. « Nous voudrons amener tout ce gens-là (Ndlr : les utilisateurs de ces gaz), à être certifiés parce que ces sont de substances sous haute surveillance. Même leur importation, nécessite que le Bureau national prépare le dossier pour le ministre en charge de l’Environnement qui doit donne l’autorisation à celui du Commerce extérieur pour permettre leur entrée », a déclaré le coordonnateur du bureau Ozone-RDC. Continuer la lecture de Climat : Journée internationale de la protection de la couche d’Ozone, Elie Umba plaide pour l’identification et l’encadrement des techniciens du froid en RDC

Environnement : Au moins cinq journalistes environnementaux tués en dix ans dans le monde

En une décennie, 20 journalistes ont été tués pour avoir traité de sujets environnementaux. Dix d’entre eux l’ont été au cours des cinq dernières années. Neuf de ces derniers ont été froidement assassinés en Colombie (2), au Mexique (1), aux Philippines (1), en Birmanie (1) et en Inde (4). Parmi eux, le correspondant du quotidien hindiphone Kampu Mail, Shubham Mani Tripathi, abattu de six balles dont trois en pleine tête en juin 2020. Le journaliste indien venait de partager sur Facebook ses craintes d’être assassiné par la “mafia du sable” en raison des enquêtes qu’il menait sur des cas d’expropriations illégales.

Sale temps pour le “journalisme environnemental”. Les exactions contre les journalistes qui travaillent sur des questions liées à l’environnement sont devenues courantes. Brandon Lee en sait quelque chose. Le 6 août 2019, ce journaliste américain basé aux Philippines et travaillant pour l’hebdomadaire Nordis a échappé de peu à une tentative d’assassinat. Ces dernières années, “j’étais suivi, sous surveillance, menacé de mort et signalé sur les réseaux sociaux”, se souvient le journaliste qui couvrait notamment, dans le nord de l’archipel, des sujets environnementaux qui dénoncent des injustices que tout gouvernement veut dissimuler”. 

Cet incident grave est l’un des 53 cas de violations du droit d’informer recensés par RSF depuis la publication du rapport Climat hostile contre les journalistes environnementaux qui dressait, fin 2015, un premier bilan des violations visant spécifiquement les journalistes travaillant sur cette thématique. Les tendances constatées il y a cinq ans se confirment et s’inscrivent désormais dans la durée : en moyenne, près de deux journalistes sont assassinés tous les ans pour avoir enquêté sur la déforestation, l’extraction minière illégale, l’accaparement des terres ou plus spécifiquement sur la pollution, les conséquences environnementales d’activités industrielles ou de projets de construction d’infrastructures majeures.

A ce bilan de journalistes brutalement éliminés, il convient d’ajouter la mort suspecte, en détention, de Muhammad Yusuf, sur l’île de Bornéo, en Indonésie, en 2018. Le journaliste, qui travaillait pour les sites d’information Kemajuan Rakyat et Berantas News, a été emprisonné, après avoir révélé des affaires d’expropriations illégales liées aux activités d’une société de production d’huile de palme, et après avoir été accusé de diffamation par cette dernière. Son épouse est convaincue que sa mort n’est pas naturelle, car le corps du journaliste montrait des traces de coups portés à la nuque.

Ce bilan pourrait être encore plus lourd. Ses articles sur les conséquences inhumaines de la pollution des hydrocarbures, ont valu au journaliste sud-soudanais du groupe de presse Nation Media Group (NMG) Joseph Oduha d’être détenu, torturé et sous une telle pression des consortiums pétroliers et des autorités qui l’accusaient de “menacer la sécurité nationale” qu’il a été contraint à l’exil en 2019. De même, en Colombie, Alberto Castaño et María Lourdes Zimmermann, tous deux spécialisés sur les questions environnementales pour Natural Press, ont dû quitter le territoire pour rester en vie. Dans ce pays, où deux journalistes communautaires, Maria Efigenia Vásquez Astudillo et Abelardo Liz, ont été assassinés en moins de trois ans pour avoir dénoncé l’accaparement des terres par des grands groupes privés, les menaces de mort proférées sur les réseaux sociaux sont prises très au sérieux.

“Le journalisme environnemental est devenu considérablement plus dangereux qu’il ne l’était par le passé, constate le journaliste Peter Schwartzstein, spécialiste des questions environnementales au Proche Orient et en Afrique du Nord. Auteur du rapport The Authoritarian War on Environmental Journalism, il estime également que cette tendance est “intimement liée à une prise de conscience croissante de l’importance de l’environnement”. L’augmentation de la pollution et les effets visibles du réchauffement climatique ont contribué à sensibiliser le public mais aussi les gouvernements sur “des préoccupations qui étaient hier marginales” et auparavant hors des radars médiatiques.

L’Asie et l’Amérique, les deux zones rouges

Si les exactions contre les journalistes environnementaux se produisent sur l’ensemble des continents, deux régions du monde concentrent 66 % des incidents répertoriés : l’Asie et l’Amérique. En Asie, l’Inde est le pays de tous les records : celui du nombre de journalistes tués (4), du nombre d’agressions violentes (4) et de journalistes faisant l’objet de menaces et poursuites judiciaires (4). La quasi-totalité des cas d’exactions est liée à “la mafia du sable”.

Après l’eau, le sable est une ressource naturelle tout aussi précieuse, limitée et demandée”, explique la journaliste indienne Sandhya Ravishankar, et son extraction massive a un fort impact environnemental. Couvrir de tels sujets “représente une menace pour de nombreuses industries et industriels puissants dont les moyens de subsistance dépendent du sable comme matière première, poursuit la reporter, qui a enquêté sur la mafia du sable dans l’Etat du Tamil Nadu. C’est la raison pour laquelle il y a invariablement beaucoup de violences contre les journalistes qui rapportent l’extraction illégale de sable”, souligne celle qui fut notamment confrontée à une violente campagne de diffamation à la suite de ses enquêtes. Le harcèlement moral dont elle a été la cible de la part des mineurs et qui a conduit à sa marginalisation dans sa région, y compris par ses pairs, est pour elle “la blessure la plus grave et la plus durable” qu’elle ait subie.

La voie “légale” pour réduire les journalistes au silence

Il n’est pas forcément nécessaire de recourir aux méthodes les plus radicales pour réduire les journalistes au silence. Ceux qui tentent de révéler la vérité sur des pratiques destructrices de l’environnement par de puissants groupes privés peuvent aisément se retrouver dans le box des accusés, sur la base de législations sur la diffamation. Neuf journalistes ont ainsi récemment fait l’objet de procédures judiciaires à travers le monde.

Parmi eux, le journaliste thaïlandais Pratch Rujivanarom. Pour avoir rédigé un article pour le quotidien en langue anglaise The Nation dénonçant la pollution de l’eau par les activités de la compagnie minière MPC, il a été accusé de diffamation sur la base du Code pénal et de la loi sur les crimes informatiques (Computer Crimes Act) en 2017, avant que le géant minier, confronté à la solidité de son travail, ne retire sa plainte. En France, la journaliste indépendante Inès Léraud, qui enquête sur les conséquences environnementales de l’agriculture intensive en Bretagne, fait déjà l’objet de deux plaintes en diffamation en l’espace de deux ans. La première, déposée contre l’auteure de l’enquête ”Algues vertes, l’histoire interdite par une personnalité du paysage agroalimentaire breton qui n’hésitera pas à la dénigrer directement sur les ondes radio et par courriel, sera finalement retirée quelques jours avant l’audience prévue, début janvier 2020.

Si la plupart des poursuites judiciaires engagées dans des cas similaires aboutissent à la relaxe des journalistes, certaines procédures peuvent les conduire en prison pour longtemps. En Ouzbékistan, Solidjon Abdourakhmanov, auteur de nombreux articles sur les conséquences de la catastrophe écologique de la mer d’Araln’est redevenu un homme libre qu’en 2017, après neuf ans passés derrière les barreaux. Au Guatemala, le journaliste Carlos Choc risque 20 à 30 ans de prison pour avoir dénoncé la contamination d’un lac par la compagnie minière CGN-Pronico. En Inde, ce n’est qu’à l’issue de 22 ans de procédure que le journaliste de Newstime Shailendra Yashwant, son rédacteur en chef Ramoji Rao et le rédacteur en chef de Sanctuary Features, Bittu Sahgal, accusés de diffamation pour avoir écrit et publié un article faisant état de la pollution dans l’Etat du Gujarat, ont finalement été acquittés !

De multiples interpellations 

La violation la plus courante qui affecte le plus grand nombre de journalistes couvrant des sujets liés à l’environnement reste l’interpellation et la mise en garde à vue. En Russie, début juin 2020, une journaliste et un photographe, Elena Kostyuchenko et Youri Kozyrev, ont été détenus à plusieurs reprises alors qu’ils enquêtaient pour le journal Novaya Gazeta sur la catastrophe écologique de Norilsk, sous le prétexte d’avoir « violé la quarantaine ». Au Canada et aux Etats-Unis des dizaines de journalistes ont été interpellés entre 2016 et 2020 alors qu’ils couvraient des manifestations d’écologistes et de communautés autochtones opposés à la construction d’un gazoduc, d’un grand barrage hydroélectrique et d’un pipeline sur leurs terres ancestrales. Dans ces deux pays, plusieurs journalistes ont fait l’objet de poursuites pour intrusion de propriété privée, avant d’être finalement autorisés par la justice à couvrir les manifestations indigènes.

Suivre des militants écologistes n’est pas sans risque non plus au Royaume-Uni et en France. La couverture d’une action du mouvement Extinction Rébellion sur les aéroports de Londres en 2019 et d’Orly en 2020, a été dans le premier cas entravée par la police et dans le deuxième marquée par le maintien en garde à vue du journaliste de Reporterre Alexandre-Reza Kokabi pendant dix heures. En Australie, le journaliste français Hugo Clément et son équipe de tournage, qui enquêtaient pour France 2 sur le projet minier de Carmichael, particulièrement climaticide, ont également été arrêtés et placés en garde à vue alors qu’ils filmaient des manifestants écologistes.

Pressions palpables et insidieuses

Les pressions subies par les journalistes qui travaillent sur les questions environnementales peuvent être frontales, comme en Chine où la journaliste du Caixin Weekly, Zhou Chen, a été ouvertement suivie, menacée et harcelée par des officiels et la police d’une ville affectée par un incident de pollution industrielle en novembre 2018. Mais elles sont souvent plus insidieuses. C’est le cas en Egypte d’une journaliste spécialisée sur les questions environnementales et qui souhaite garder l’anonymat. A la suite de la publication d’articles sur un sujet sensible lié aux importations de charbon, elle a constaté être sous surveillance et ne peut plus voyager sans être bloquée pendant plusieurs heures à l’aéroport. Au Japon, des journalistes dénoncent l’autocensure en vigueur dans les grands médias sur tout ce qui a trait aux conséquences de la catastrophe nucléaire de Fukushima – résultat, selon eux, des pressions du gouvernement et du lobby du nucléaire, qui souhaitent empêcher la publication d’informations donnant “une image négative du Japon” ou pouvant nuire à la préparation des Jeux olympiques 2020, qui devaient avoir lieu à Tokyo cet été.

Directes ou plus subtiles, l’ensemble de ces pressions et des violations du droit d’informer sur des questions environnementales ne sont pas sans conséquence. “Aussi importantes soient-elles, ces histoires d’exploitation de ressources naturelles, de liens avec le pouvoir et de violences subies par les populations ne seront pas rapportées. Tout simplement parce que les journalistes n’oseront pas les raconter, et ils auront raison d’avoir peur“, regrette la journaliste Sandhya Ravishankar. Cette répression contribue même à une dégradation accrue de l’environnement, estime son confrère Peter Schwartzstein : “La couverture largement insuffisante des catastrophes et des malheurs environnementaux contribue à aggraver d’énormes problèmes environnementaux, qui empirent dans ces trous noirs de l’actualité.” 

A défaut de pouvoir apporter une protection aux journalistes environnementaux ou, au minimum, “un semblant de protection”, plaide Sandhya Ravishankar, être journaliste environnemental restera plus que jamais “un défi”, pour reprendre les mots du journaliste Brandon Lee. Et pas seulement aux Philippines.

Avec RSF

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