
L’organisation non gouvernementale Actions pour la promotion et protection des peuples et espèces menacés (APEM) vient de lancer un cri d’alarme concernant les impacts dévastateurs des exploitations minières artisanales et semi-industrielles dans la province de la Tshopo. Selon les résultats d’une enquête rendus publics le vendredi 17 avril, ces activités entraînent des conséquences dramatiques tant sur le plan environnemental qu’humain.
Les investigations, menées principalement dans les territoires de Banalia et Bafwasende, révèlent que l’extraction de l’or sacrifie délibérément l’écosystème et les droits fondamentaux des populations locales. Blaise Mudodosi, coordonnateur national de l’APEM, dénonce l’usage de matériels industriels dans des zones d’exploitation prétendument artisanales, ce qui dévaste les cultures et plonge les communautés dans la précarité.

« Pour nous ce sont les cris des communautés qui vivent dans les milieux où ces activités d’exploitation minières artisanales utilisent des matériels industriels. Ces activités dévastent et créent des dégâts, perturbent les cultures des communautés et mettent tout le monde en difficulté », a-t-il précisé.
Le bilan humain dressé par Germain Kikandi, chargé de projet, est particulièrement lourd. « Trois cas de décès par noyade ont été enregistrés dans des lacs artificiels créés par les activités minières, ainsi que l’abandon de fosses sans signalisation, quatre décès liés à des violences ont été signalés à Mbavadidi, et une quinzaine de victimes ont rapporté la perte totale de leurs champs, écrasés par le passage des machines », a-t-il déploré.
Violation systématique des droits des communautés
L’ONG pointe du doigt des pratiques contraires aux cadres juridiques en vigueur, notamment le non-respect du Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP). Les entreprises COMIBAV et ALL FOR ONE MINING sont spécifiquement citées pour avoir opéré sans l’aval des populations.
Parmi les griefs formulés figurent également, l’absence d’indemnisation pour la destruction des terres agricoles, la profanation de sites sacrés, la marginalisation des communautés dans les processus de décision, et la menace sur les droits fonciers coutumiers, sujet sur lequel l’APEM collabore avec le Forest Peoples Programme (FPP) depuis 2020.
Pollution des eaux et menace sur la biodiversité

L’impact environnemental est tout aussi préoccupant. Dans la rivière Aruwimi et aux alentours des villages de Komili et Babitolo, l’eau est devenue inutilisable pour les besoins domestiques. L’usage de produits toxiques comme le mercure a transformé les cours d’eau en boue, provoquant une hécatombe chez les poissons.
APEM renseigne qu’il s’observe une raréfaction des produits forestiers non ligneux (chenilles, champignons, fruits) et la disparition d’espèces végétales essentielles à la pharmacopée traditionnelle.
Face à cette urgence, l’organisation a porté le dossier devant les autorités de Kisangani et de Kinshasa. Elle exige de l’État congolais des mesures fermes notamment, garantir le respect strict du CLIP avant tout octroi de licence, imposer la réhabilitation et le reboisement systématique des sites après exploitation interdire l’usage de produits polluants et assurer un suivi des normes environnementales, et assurer des indemnisations justes et mettre en place des mécanismes de gestion des plaintes accessibles.

L’organisation appelle à une prise de conscience immédiate pour stopper l’aggravation de cette crise sociale et environnementale en province de la Tshopo.
Albert MUANDA










