Kahuzi-Biega : Pour avoir récidivé, Kasula tombe dans les mains de la justice

C’est un pygmée dont la condamnation à quinze ans de prison ferme avait suscité l’indignation des organisations de la société civile et celles des peuples autochtones pygmées. Aujourd’hui, Kasula vient de récidiver. Il a été arrêté encore une fois ce jeudi 21 janvier en plein parc de Kahuzi-Biega, par les écogardes. Il lui est reproché la déforestation et l’exploitation minière dans ce parc, situé à l’Est de la RDC. 

« Il a été arrêté lors de la première vague de déforestation et condamné à 15 ans de prison. Les Ongs avaient milité pour qu’il recouvre la liberté provisoire. Il lui avait été interdit de mettre les pieds dans le parc. Hier il a été pris en flagrance délit de déforestation et de creusage de minerais dans le parc », a indiqué le chargé de communication de Kahuzi-Biega, Hubert Mulongoy. 

Selon les informations à la disposition du parc, le sieur Kasulu et son équipe travaillent depuis un moment dans les deux sites, où ils exploitent illégalement du minerais et s’emploient à l’exploitation forestière. 

« Il a été arrêté à Kadjeje avec deux pygmées et trois bantoues. Ils seront acheminés ce samedi 23 janvier, au parquet de Kabare pour y être entendus », a-t-il précisé.

Du côté de la société civile, aucune réaction n’a encore été enregistrée. Mais en sourdine, certains acteurs condamnent l’attitude de ce récalcitrant et exigent que les enquêtes sérieuses soient diligentées pour établir de responsabilités. 

« Kasula sera entendu afin de mettre à nu ce qui le pousse à cette manœuvre », a insinué un activiste de l’environnement.

Alfred NTUMBA

Biotechnologie : Lancement d’un nouveau programme pour aider les scientifiques des pays les moins avancés

La Banque de technologie des Nations Unies pour les pays les moins avancés, l’Académie technologique mondiale (TWAS) et l’ICGEB lancent un programme visant à renforcer le développement scientifique dans les pays les moins avancés (PMA). Ce programme ouvrent la voie au renforcement des compétences scientifiques des chercheurs en début de carrière dans les pays à faible développement socio-économique. Ce programme a été lancé à Trieste (Italie), ce mercredi 20 janvier. 

L’accord de programme appelé PACTs (programme de collaboration avec les PMA) offre aux scientifiques en début de carrière des 46 pays les moins avancés (PMA), âgés de 45 ans ou moins, des visites d’échange d’une durée maximale de 6 mois dans les laboratoires de l’ICGEB à Trieste (Italie ), New Delhi (Inde) et Cape Town (Afrique du Sud).

« TWAS est extrêmement désireux de lancer ce nouveau programme dédié uniquement aux PMA, avec la recherche en biotechnologie au centre de la scène », a déclaré Romain Murenzi, directeur exécutif de TWAS. « Nous pensons que le projet et le partenariat avec la Banque de technologie des Nations Unies et l’ICGEB peuvent être extrêmement bénéfiques pour de multiples domaines de développement ».

A travers ce programme, les scientifiques travailleront dans les domaines de la biomédecine, de la biotechnologie et de l’agriculture. Il comprendra également un troisième programme de formation en politique biotechnologique et en science réglementaire. 

Ce programme vient en appui aux pays les moins avancés dont ceux à très faible revenu, aux économies vulnérables et aux défis graves qui entravent le développement durable. Un objectif majeur des PACT serait de changer cette tendance vers le développement durable. 

«La collaboration avec l’ICGEB et le TWAS offre une opportunité d’améliorer les compétences scientifiques d’au moins 40 scientifiques des PMA en biotechnologie grâce à une combinaison de formation spécialisée dans les compétences générales pertinentes et de financement direct de la recherche. Cela augmentera les capacités des PMA en matière de politique biotechnologique et d’exigences réglementaires», a déclaré M. Joshua Setipa, directeur général de la Banque de technologie des Nations Unies. 

Notons par ailleurs que ce programme suit une nouvelle modalité de financement appelée Accord interinstitutions ONU-ONU, par lequel les coûts de gestion sont réduits par rapport à d’autres initiatives similaires. 

PACTs répond à la mission partagée par les trois partenaires à savoir, renforcer la science et la technologie dans les pays en développement, promouvoir la mise en réseau des chercheurs et des instituts de recherche et aider les pays à identifier et à utiliser les technologies appropriées pour transformer leurs économies et améliorer leurs moyens de subsistance. 

Alfred NTUMBA

Forêt : Les réseaux autochtones pygmées condamnent le massacre ciblé des pygmées en Ituri et décrète un deuil national

Les réseaux des peuples autochtones pygmées sont montés au créneau pour condamner avec véhémence le massacre de 46 personnes, pygmées de l’ethnie bambouti à Irumu, dans la province de l’Ituri. Ils ont manifesté leur indignation face à ce qu’ils qualifient de « pygmocide », au cours d’un point de presse organisé à Kinshasa, ce mardi 19 janvier. Ils ont par ailleurs décrété un deuil national en mémoire de ces victimes.

« Le 14 janvier 2021 à 9h00, dans le village Masini, groupement Badibongosia, chefferie de Walese, territoire d’Irumu, 46 pygmées viennent d’être massacrés par des groupes armées s’identifiant aux ADF/NALU et d’autres milices locales », a indiqué Patrick Saidi, coordonnateur de la DGPA. 

Selon les informations recueillies auprès des équipes de terrain et de la rescapée, ce massacre est motivé par la haine ethnique et le souci de récupération des terres, ainsi que le contrôle de la zone par les ADF/NALU pour mener leurs opération en toute discrétion.

« La haine ethnique, l’intégrité ainsi que le patriotisme des autochtones pygmées viennent de leur couter très cher », s’indignent ces réseaux.

Ils ont par ailleurs fustiger le silence observé par les autorités congolaises près d’une semaine après cette incursion. 

« On a vu les autorités au plus haut niveau se mobiliser pour un accident qui a couté la vie à plus ou moins 10 personnes sur la route de Matadi, dans le Kongo Central. Mais depuis que 46 pygmées sont massacrés, personne ne s’en soucie. Nous allons garder un deuil national sur l’ensemble du pays jusqu’à jeudi 21 janvier pour honorer la mémoire de cette communauté pygmée », a précisé Kapupu Diwa, représentant des peuples autochtones pygmées. 

Les réseaux des autochtones pygmées insistent sur l’urgence de dépêcher les équipes d’enquêtes sur les lieux du crime. Et que l’Etat congolais prenne en change les 120 ménages des autochtones pygmées en déplacement de suite de ce massacre. 

« Irumu et Bunia, c’est environ 140 kilomètres. Mais jusque-là, aucune autorité n’a fait le déplacement de ce village pour ne fut ce que consoler les familles éploréesNous voulons voir le gouvernement provincial et national s’activer pour assister ces victimes», a indiqué Adolphine Mulehe, député nationale.

Notons par ailleurs que ces réseaux des autochtones pygmées annoncent une descente sur terrain dans les prochains jours pour s’enquérir des informations relatives à ce massacre. D’autres actions seront également menées en direction des décideurs et autres acteurs politiques pour que ces actes ignobles ne puissent plus se reproduire. 

Alfred NTUMBA

Environnement : Afflux des réfugiés centrafricains au Nord Ubangi, Jean-Louis KOYAGIALO interpelle le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les

Comme cela se passe sous d’autres cieux, le UNHCR, pour ne pas entacher sa crédibilité auprès des institutions de l’Etat et des Bailleurs de Fonds, utilise, dans le cadre de la présence des Réfugiés dans une région, un outil adaptable aux différentes situations, constitué des indicateurs spécifiques et ciblés pour répondre aux besoins de suivi environnemental.

Si cet outil de suivi environnemental s’applique ailleurs au Nord-Ubangi, son application fait exception peut-être pour confirmer la règle.

En effet, depuis 2013, la Province du Nord-Ubangi vit au rythme des Réfugiés Centrafricains dont le nombre actuel s’élève à environ 143.000 Réfugiés. 

Comme chacun peut s’en rendre compte, l’arrivée soudaine, continue et massive des réfugiés Centrafricains au Nord-Ubangi entrainent non seulement des impacts socio-économiques, mais aussi l’affaiblissement de la capacité de charge de l’Environnement local à résister aux pressions imposées qui effritent les ressources naturelles et pèsent sur le bien-être des Communauté locales.

De 2015 à 2017, le Haut-commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés avait financé par l’entremise de deux Agences partenaires notamment ADES et AIDES, seulement les activités liées au reboisement, alors qu’à l’instar ces activités de boisement et reboisement, il existe un certain nombre de problèmes clés prioritaires, à l’occurrence les indicateurs d’impact et de performances qui reviennent constamment dans le cadre d’évaluation de toutes les initiatives environnementales soutenues par le HCR.

Ces indicateurs permettent la récolte, l’analyse et l’évaluation systématique des données sur terrain afin d’assurer  la surveillance de l’évolution des conditions du milieu en présence de la population Réfugiée de sorte que les actions de soutien environnemental soient menées le plus efficacement possible.

En son temps, précisément le 03 Septembre 2019, avant mon départ à la tête du Ministère Provincial en charge de l’environnement, j’avais réuni, au cours d’une réunion dans mon Cabinet de travail, les représentants de la Commission Nationale pour les Réfugiés, l’ADES et AIDES, malheureusement, il s’était révélé que ces structures n’étaient pas informées de ces indicateurs, et le HCR n’avait appliqué aucun budget pour la sauvegarde environnementale pour les années 2018 et 2019.

A ces jours, avec la nouvelle vague des refugiés enregistrée dans le Territoire de Yakoma, j’invite le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés à prendre au sérieuxla sauvegarde environnementale dans la Province du Nord-Ubangi en budgétisant les activités y relatives.

Ainsi donc, il s’avère indispensable que l’Exécutif Provincial procède à une évaluation urgente des activités menée par le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés, en sigle HCR, en faveur des Réfugiés Centrafricains au Nord-Ubangi.

KOYAGIALO TE GERENGBO JEAN-LOUIS, Notable et Ministre Provincial Honoraire de l’Environnement, Mines et Affaires Foncières du Nord-Ubangi.

Climat : L’ONG FEMME ET ENFANT A ORGANISÉ UN WORKSHOP SUR LA PRATIQUE DE L’AGROFORESTERIE PAR LES JEUNES EN RDC

L’ONG Femme et Enfant a animé, le dimanche 17 janvier 2021, un Workshop , avec comme thème « Les enjeux du changement climatique face à l’insécurité alimentaire et l’incitation des jeunes à l’agroforesterie pour la réinsertion sociale » au pre-évent organisé en prévision du Sommet des Nations-Unies sur l’adaptation climatique qui se tiendra cette année.

A travers sa présidente, Nala Müller, qui intervenait aussi en sa qualité de UN Food Systems Hero, l’ONG a parlé de la pratique de l’Agroforesterie en RDC et de ce que veulent les jeunes congolais œuvrant dans le domaine de l’agriculture verte.

Nala Müller a principalement mentionné des réalisations de son ONG dans le domaine de l’agroforesterie dont la co-organisation, du 25 au 31 octobre 2020 à Kisantu, dans l’une des provinces de la RDC ( Kongo central), d’un camp de formation des jeunes.

Une cinquantaine de jeunes venus des différents coins de la RDC, du Congo Brazzaville, du Benin, du Togo et de la France ont pris part à ce camp de formation dénommé  » AgroBootCamp ».

« Après plusieurs jours de formation dans différents domaines de l’agroforesterie, ces jeunes sont répartis avec un certificat professionnalisant et avec des compétences concrètes permettant de se lancer dans l’agrobusiness« , a déclaré Nala Müller.

Dans les recommandations, la présidente de l’ONG Femme et Enfant a plaidé pour la mise en place des politiques et programmes permettant de faire participer les jeunes à la prise de décision et à la mise en œuvre des projets de développement.

Elle a aussi recommandé la création des centres de formation pour les jeunes, le financement des jeunes producteurs et l’initiation des jeunes dans l’agroforesterie.

Nala Müller a, avant de clore sa présentation, plaidé pour le suivi et l’accompagnement des experts dans l’application de l’agroforesterie en RDC et l’octroi des terrains aux jeunes pour l’exploitation agricole.

La deuxième présentation pour le compte de Femme et Enfant au cours de ce pre-évent a été faite par l’ingénieur Clément Tenge Tenge, expert congolais Agro-Environnementaliste.

Parlant du changement climatique, cet expert est revenu sur le dialogue indépendant que l’ONG Femme et Enfant a organisé le 7 janvier dernier sur le thème  » Programme d’appui des jeunes dans l’agro-alimentaire et l’agriculture intelligente face au climat ».

« L’agroforesterie fait partie des pratiques agroécologiques. Pour notre cas, c’est l’association des arbres Acacia avec les cultures comme manioc, maïs, arachides, niébé. Les mauvaises pratiques agricoles sont l’agriculture itinérante sous brûlis qui détruit les forêts, appauvrissent les sols et conduisent à la perte de la biodiversité. Par contre, l’agroforesterie permet de sédentariser, fixer les jeunes agriculteur longtemps sur le même lopins de terre. Ainsi, les paysans contribuent au reboisement qui atténue les émissions des gaz à effet de serre. Étant donné que l’arbre ameliore le climat, l’agroforesterie favorise la résilience des cultures aux effets du changement climatique tout en améliorant la productivité, la sécurité alimentaire et les revenus des populations vulnérables.« , a-t-il déclaré.

Femme et Enfant est une ONG installée à Kinshasa qui œuvre pour l’autonomisation des femmes et la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes, particulièrement dans le secteur de l’agrobusiness et l’entrepreneuriat vert.

Celcom Femme et Enfant

MINES : L’Union européenne impose le traçage des métaux rares pour lutter contre le trafic des « minerais du conflit »

L’est de la République démocratique du Congo est plongé depuis des décennies dans divers conflits armés entretenus par le trafic des « minerais du sang ». Désormais, c’est le coltan l’objet de toutes les convoitises. Depuis le 1er janvier de cette année, l’Union européenne impose une plus grande traçabilité à certains minerais « sensibles ». Désormais, l’étain, le tungstène, le tantale (extrait du coltan) et l’or – fréquemment appelés « minerais du conflit » – doivent provenir exclusivement de sources traçables sur toute la chaîne, de l’extraction à la transformation.

L’Union tente ainsi de répondre aux accusations de laxisme dont seraient coupables des entreprises européennes sur leur approvisionnement en métaux rares, entretenant ainsi un trafic meurtrier. Elle rejoint les Etats-Unis qui ont pris un engagement similaire en 2010 dans le cadre de la loi Dodd-Frank.

Le nouveau règlement « prévoit l’obligation pour les entreprises européennes intervenant dans la chaîne d’approvisionnement de veiller à ce que leurs importations de ces minerais et métaux proviennent exclusivement de sources responsables et ne soient pas issues de conflits ».

lire la suite ici https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/rwanda/l-union-europeenne-impose-le-tracage-des-metaux-rares-pour-lutter-contre-le-trafic-des-minerais-du-conflit_4259099.html#xtor=AL-79-[article]-[connexe]

Jacques Deveaux

Climat : Blaise Mudodosi, «l’Etat congolais doit doubler les efforts pour valoriser d’abord son réseau des aires protégées »

Après l’intervention du président de la République, Félix Tshisekedi à One Planet Summit, les réaction n’ont pas cessé de tomber. La dernière en date est bien celle de Maitre Blaise Mudodosi, coordonnateur de l’ONG APEM. Dans une interview exclusive donnée à Environews, ce jeudi 14 janvier, cet avocat recommande à la RDC de valoriser d’abord l’existant avant de penser étendre le réseau des aires protégées à 17% du territoire national d’ici 2030.

 « J’ai vu que le discours au niveau de la RDC s’est plus focalisé sur les aires protégées.  Nous devons comprendre qu’il y a aussi d’autres forêts qui sont dans les différentes concessions forestières, industrielles ou des communautés locales. Dans ces autres concessions l’Etat ne focalise pas autant son intérêt alors qu’elles peuvent jouer un rôle important dans l’accomplissement de son objectif de sauvegarder 17% des aires d’ici 2030 », a-t-il réagi.

Blaise Mudodosi pense qu’il faut quitter l’étape des discours pour la réalité. Car selon lui, la réalité avec le réseau existant des aires protégées de la RDC est tout autres que ce que l’on vante à ce jour. Avec les massacres à répétition et les conflits récurrents dans certains parcs de la RDC, l y’a lieu de s’arrêter et proposer des solutions devant valoriser ces espaces et ceux qui y habitent. 

 « Nous devons aller vers le  concret. Les discours c’est bien, mais ils doivent être suivis par les activités et ces activités ne doivent pas seulement s’arrêter dans les grandes villes ou dans les chefs-lieux des provinces mais ça doit aller vers les communautés. C’est là où nous avons la forêt et la biodiversité. Pour travailler sur la biodiversité  Nous devons avoir une vision plus large, et surtout, ne pas se limiter à des forets classés ou nous avons des aires protégée », a-t-il renseigné.

En dehors des critiques, cet expert a appelé l’Etat congolais  à s’impliquer encore davantage au cours de cette année et de penser à matérialiser toutes les réalisations que le pays compte mettre en place au cours de l’année 2021. Il a profité de l’occasion pour marteler sur la question des peuples autochtones qui sont les plus souvent victimes des accaparements des terres sous prétexte de sauvegarder les aires.

« Nous devons porter attention pour s’assurer que nous sommes en train de garder nos forêts sans laisser qui que ce soit. Le sauvegarde de ces forêts doit passer par des activités concrètes des terrains. Ces activités devront prendre en compte tous les aspects y compris des espaces de vie des communautés locales et des peuples autochtones », a renchéri Monsieur Mudodosi.

Pour cet acteur de la société civile, le programme de la présidence de la république qui consiste à planter 1 milliard  d’arbre sur le territoire congolais  d’ici 2030, est une  initiative pour laquelle l’Etat doit doubler les efforts sur son plan d’actions par rapport à l’année passée. Il suggère au gouvernement congolais d’impliquer  toutes les couches de la population dans l’échelle de sensibilisation pour que le projet d’implantation d’un  milliards d’arbres soit réaliste. 

Nelphie MIE  

Forêt : L’eucalyptus, une alternative pour la préservation des forêts au Kivu ?

A l’Est de la RD Congo, dans la partie dite Nord de la province du Nord-Kivu (appelée communément « Grand Nord »), aux environs des villes de Butembo, des communes rurales et villages de la région, le couvert forestiernaturel a presque complètement disparu. Pourtant, la région n’est pas devenue une savane herbeuse naturelle. Au contraire, elle est devenue un paysage où cohabitent cultures agricoles/fermes pastorales et arbres plantés comme alternatives à la forêt naturelle. Et il semble que ce reboisement est en train de gagner sur l’agriculture et l’élevage dans la région. 

La particularité de ces forets artificielles entourant les agglomérations, c’est qu’elles sont dominées par un seul genre d’espèces d’arbres : les Eucalyptus. Ces derniers, qui sont des espèces exotiques, ont été favorisés au détriment des espèces natives, et ce, en raison du rôle majeur que ces arbres ont joué dans la vie socio-économique du milieu. Ils constituent, en effet, la principale source d’énergie-bois utilisée dans les ménages et dans la petite industrie naissante dans la région (vinification, panification, savonnerie,). Les Eucalyptus occupent également une place importante dans la fourniture de bois d’œuvre. Les vertus médicinales des Eucalyptus ainsi que d’autres services culturels et environnementaux qu’ils rendent ne sont pas du reste.

C’est cette multiplicité de vertus reconnues aux Eucalyptus qui nous pousse à nous poser ces questions : « Les Eucalyptus constituent-ils une alternative pour la forêt naturelle dans le Kivu ? » C’est ce à quoi va répondre cette investigation appuyée par Pulitzer Centrerà travers Congo Bassin/Rainforest Journalism Fund dans le cadre du projet « Reportage en temps de crise ».

Légende :Vue aérienne d’une partie de la concession dite « Miti ya data », située en plein centre-ville. On peut aussi voir que même dans les avenues, l’espèce dominante est l’eucalyptus. ©Hervé Mukulu
Vue aérienne d’une partie de la concession dite « Miti ya data », située en plein centre-ville. On peut aussi voir que même dans les avenues, l’espèce dominante est l’eucalyptus. ©Hervé Mukulu

Difficile de s’en passer, le bois, humide, sec ou en charbon, est la principale source d’énergie dans les cuisines congolaises. Même sans aucune base statistique, j’ai comme l’impression que si dans d’autres grandes villes congolaises (Kinshasa, Lumbumbashi, Kolwezi, Kisangani et Goma,), la promiscuité et l’exiguïté des maisons penchent la balance pour le charbon de bois(makala) ; la ville de Butembo reste l’une des rares grandes agglomérations pour lesquelles le bois de chauffe supplante le charbon de bois dans les cuisines. 

Butembo est une ville de la province du Nord-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo dont le nombre d’habitants avoisine actuellement un million, soit environ 20 fois moins que Kinshasa, 5 à 4 fois moins que Lumbumbashi, 2 à 3 fois moins que Goma et Kisangani.  

Le cout et l’équipement en électricité et en cuisinière en base de gazne permettent qu’à une minuscule frange de la population de s’offrir ce luxe à Butembo comme dans le Congo entier. A Butembo, la rapidité et le cout d’un stère de bois par rapport au sac de charbon de bois fait pencher la balance pour le bois de chauffe. 

En 2014, Kasereka Maombezi Jonas, alors étudiant en Sciences agronomiques à l’Université Catholique du Graben (UCG/Butembo) a mené dans le cadre de son travail de fin de cycle. Ses recherches démontrèrent que le bois-énergie est la source d’énergie la plus utilisée dans les ménages pour la cuisson des aliments. 97% de la population en font usage au quotidien, 52% de la population utilisent uniquement le bois de chauffe, 30% uniquement le charbon de bois et 15% fait usage de deux.

A l’époque étudiant, pour son travail de fin d’études, l’expert en gestion de la biodiversité et aménagement forestier durable, MbusaWasukundi Muyisa Sorel a révélé : « Dans leur variabilité en ce qui concerne le nombre de briques à cuire par four, les 581 fours recensés durant 6 mois en ville de Butembo ont utilisé un volume de bois estimé à 18 201,97 m3, soit environ 36 400 m3pour une année. Il s’agit là du volume réel obtenu après correction, par le coefficient d’empilage, des volumes apparents de 23 190 stères ou 2 2209 stères bennes.» 

Mais comment utiliser quotidiennement des quantités astronomiques de bois dans différents secteurs (Cuisine, artisanat, immobilier, mobilier, usine, agriculture,) sans déforester le grand massif forestier du Bassin du Congo ? 

Un coin de ce géant Congo, a semble-t-il, avoir déjà trouvé une solution : la culture de l’eucalyptus, bon, disons des Eucalyptus pour être scientifiquement correct. 

A Butembo, une ville en plein essor économique, la demande en bois, sous toutes ses formes, est forte. Tout comme dans les hautes terres du territoire de Lubero, la population ne fait que croitre dans les différentes agglomérations. 

« La région était couverte par une forêt de montagne qui a presque disparu. Il ne subsiste que quelques lambeaux de forêt telles que la réserve de l’ITAV, la réserve de Kyabirimu et celle de Kalikuku », renseigne le Professeur Mutiviti, expert en sciences du sol et doyen de la Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université Catholique du Graben. C’est face à ces défis que les eucalyptus sont vus comme salvateurs, en dépit des vices leur reconnus. 

Origine

« Les eucalyptus appartiennent à la famille botanique des myrtacées. Ici chez nous, les eucalyptus sont des espèces exotiques. C’est à la  même famille qu’appartient le goyavier que vous connaissez. Le genre, c’est le genre Eucalyptus », souligne l’expert en gestion de la biodiversité et aménagement forestier durable Mbusa Wasukundi Muyisa Sorel. 

Les Eucalyptus ne sont pas natifs de la région. Elles sont originaires d’Australie, un pays d’Océanie. Il existe plusieurs espèces du genre Eucalyptus. Wikipédia précise qu’ils sont environs 800.  

« Celles cultivés ici chez nous comme Eucalyptus saligna, Eucalyptus globulus var. maideni, Eucalyptus citriodora, Eucalyptus grandis, … L’eucalyptus saligna est très prédominant dans notre région. Quand vous parcourez la ville de Butembo, ses environs, je dirais même le Kivu, on voit une présence importante d’Eucalyptus saligna. », précise l’expert Mbusa Wasukundi Muyisa Sorel. 

Nous avons rencontré des concessionnaires qui nous livrent leurs premières expériences. 

De prime abord, l’expert Mbusa Wasukundi Muyisa Sorel contextualise : « Effectivement. Nous sommes dans une région fortement anthropisée. Nous sommes dans les hautes terres. Lorsqu’on s’est rendu compte que la forêt a presque disparu dans notre région, la population a pris conscience des risques qui sont encourus. » Néanmoins, il ne se prive pas de biaiser : « Elle s’est investie dans la reforestation. Malheureusement à base d’eucalyptus

L’agriculture ne payait plus

 Pour comprendre les circonstances dans lesquelles les eucalyptus se sont imposés dans la région, des concessionnaires du territoire de Lubero nous ont livré à cœur ouvert leurs témoignages. L’un d’eux, Pascal Bebo, la trentaine d’âge, est gestionnaire de la concession de sa famille depuis 6 ans. Elle est située dans les environs du quartier Mulo au sein de la commune rurale de Lubero dans le territoire portant le même nom. Etalée sur plusieurs hectares, aujourd’hui, elle est couverte d’eucalyptus. Une décision prise il y a 20 ans. « Après une trentaine d’années d’exploitation agricole, ce sol ne produisait plus comme il faut. C’est pourquoi, il y a 20 ans, mes parents se sont décidés d’y planter des arbres », nous confie Pascal Bebo. Même son de cloche auprès des autres concessionnaires qui ont décidé de transformer leurs champs en plantation d’arbres. « J’ai pris cette décision quand j’ai fini par constater que le champ ne produisait plus bien. La production agricole ne suffisait plus à subvenir à mes besoins, ne répondait plus à mes attentes. », explique Kambale Malekani François, enseignant de profession vivant dans le village de Musenda et qui cultive les arbres sur la colline de Vuhula sur 1.5 hectare, et à Kananga sur 3 hectares toujours dans ce territoire de Lubero en province du Nord-Kivu. 

L’eucalyptus et ses revers sur les cultures

L’eucalyptus a des atouts ! C’est une plante en croissance rapide. Il couvre rapidement le sol. Ce qui fait que les travaux d’entretien s’arrêtent longtemps avant en comparaison par exemple avec le quinquina, explique le Professeur Mutiviti. « L’eucalyptus croit dans des milieux où non seulement il n’y a plus d’engrais mais aussi où même les autres arbres ne refusent de pousser. » ajoute Kavira, vendeuses des planches d’eucalyptus depuis 14 ans.  

Malheureusement l’eucalyptus a un effet dévastateur pour les cultures vivrières. « L’eucalyptus a d’effets acides. Lorsqu’il y a chute des feuilles d’eucalyptus sur le sol, ça acidifie le sol. Cette acidification se double d’un autre problème, elle entraine la matière organique en profondeur. On sait que la matière organique joue un rôle dans ce que l’on appelle le complexe argilo-humique permettant au sol de fixer les éléments nutritifs que nous appelons bases en pédologie. Ce sont les calciums. Alors une fois que cette matière organique est précipitée en profondeur, le sol devient presque infertile pour les autres cultures » explique le Professeur Mutiviti. 

Néanmoins, cette réalité est connue des agriculteurs. Les concessionnaires savaient faire la part des choses jusqu’à ce que l’argent s’en mêle. Léopold Kiopolo de Kighumo à Mulo, que nous rencontrons un matin dans sa pépinière à domicile nous explique qu’il a commencé à planter les eucalyptus en 1972. Il insiste que c’est le sol qui indique où planter les arbres : « Nous choisissons là où on peut planter les arbres. C’est surtout dans les endroits où nous constatons que les produits maraichers ne peuvent bien prospérer. L’arbre n’est pas à planter dans le champ des cultures à manger. »

Le grand problème social c’est d’endommager la production du champ du voisin, soulignent les concessionnaires.  « Comme là, il a planté les arbres, et tous les voisins de côté sont obligés de planter les arbres.  Il est demandé de planter l’arbre oko luvwe”, précise Kasereka Vyambwera Gilbert, un autre concessionnaire qui nous montre des champs abandonnés sur le flanc droit d’un bosquet d’eucalyptus.  

Il y a maintenant une dualité entre le reboisement et l’agriculture autour de la ville de Butembo. Cette dualité est de nature à favoriser le reboisement au détriment de l’agriculture. « Maintenant, on se rend-compte que les eucalyptus chassent de plus en plus les cultures vivrières plus loin vers les zones où l’on peut encore trouver la forêt naturelle. Les champs qui étaient par exemple destinés aux cultures de haricot sont convertis en champs d’eucalyptus », regrette Ir Sorel Wasukundi.

D’une part, tout comme commence par la mauvaise récolte. « Il arrive que le vassal ne produise pas assez pour payer la redevance au chef terrien. Comme ce dernier ne reçoit plus son dû, il trouve quelqu’un qui lui propose de planter les Miharamba (Ndlr Une variété d’eucalyptus en langue du peuple Nande.) sur sa terre et chasse ainsi l’agriculteur. C’est fini pour l’agriculteur, il ira se débrouiller ailleurs.”, explique Muhindo Seghemera, un paysan. 

Ce qui renforce le défi social des paysans sans terres, dans une région fortement anthropisée avec une population qui n’a que l’agriculture comme moyen de survie, explique le Mwami Kahindo Nzanzu Bonane de la chefferie des Baswagha en territoire de Lubero. Cette autorité coutumière souligne, par ailleurs, qu’il agit diplomatiquement pour demander aux grands concessionnaires qui ont des terres inexploitées de les céder aux paysans, dans un système qu’on appellerait fermage ou métayage. 

Le problème devient d’autant plus réel que même les champs qui sont encore propices à l’agriculture sont transformés en plantations d’eucalyptus. Madame Kavira en a été victime : « Dans la ferme de monsieur Kahasa, je produisais des sacs de maïs, puis j’appris qu’il l’a vendu. Et quand je m’y rendis, je trouvai que le nouveau propriétaire y avait déjà planté les arbres, le matoti (Ndlr une variété d’eucalyptus en langue du peuple Nande). » Pourtant elle était en règle avec la coutume : « On donnait une poule par saison, 10 dollars plus une mesure de mandale (arak dans le dialecte local). Puisque le chef coutumier aime aussi de la bière, il faut lui donner un poing serré. C’est ça son arak.» 

Ce que l’on offre vient du cœur et on ne le refuse pas. Mais dans cette circonstance, cela sonne plus comme un pot de vin. Quand vous avez payé ce qui est légalement exigé, il faut un surplus au chef, un poing serré contenant quelques billets. Lui-même ne contera même pas. Il reçoit du poing serré, serre aussi à la réception et glisse dans sa poche en défaut de sa gibecière. C’est la volonté de donner qui compte après tout. Cela permet d’être dans ses bonnes grâces. Car on ne sait jamais quand l’on voudra vous arracher votre champs, il pourra plaider à votre faveur. 

Planter les eucalyptus aux environs des agglomérations facilite aussi l’acheminement vers le centre de consommation dans ces régions où les routes sont rarement praticables. Cela permet ainsi de diminuer le cout de location des véhicules de transport, généralement des Mercedes-Benz, Benne ou Canter. 

Ainsi, face à ce défi, les agriculteurs s’éloignent de plus en plus de la ville pour aller ouvrir des nouveaux champs dans les zones éloignées où on pourrait encore retrouver la forêt naturelle, entrainant ainsi une menace de déforestation. Ce qui parait un peu comme un cercle vicieux auquel on assiste, craint Sorel Wasukundi. 

Dans les centres urbains, on s’en contente du moment qu’il n’y a pas pénurie alimentaire : « Actuellement, les gens vont ouvrir de nouveaux champs dans la savane boisée du Graben. Ces régions fournissent de la nourriture et l’on ne sent pas encore un déséquilibre, mais ce déséquilibre arrivera tôt ou tard et on sera peut-être obligé reconvertir les plantations d’eucalyptus en plantations des produits vivriers.», augure le Professeur Mutiviti. L’acidification du sol par les eucalyptus est réversible, mais le besoin ne pose se pas encore. L’utilité pour ne pas dire le business l’emporte encore en main levée.

Utilité

Le bois d’eucalyptus est utilisé comme du bois d’œuvre, certaines espèces produisent du bon bois, Eucalyptusglobulus varmaideni, pour la construction des maisons, la menuiserie, mais aussi dans l’industrie pharmaceutique. 

Vous attendez toujours parler de l’eucalyptol qui est une huile essentielle que l’on extrait de l’huile d’eucalyptus.

L’eucalyptol

Les médicaments à base de cette huile sont déjà acceptés dans nombreux pays pour l’usage thérapeutique contre certaines maladies. Il est fabriqué à partir d’un principe actif qui vient des feuilles d’eucalyptus. « L’eucalyptol est une huile essentielle  provenant des feuilles d’eucalyptus. Seulement, il est en concentration variante selon les espèces d’eucalyptus et selon l’endroit où l’on cultive cet eucalyptus », explique le Pharmacien Félicien Mbahingana, assistant à la faculté des Sciences Pharmaceutiques de l’Université Catholique du Graben.

Ce produit est actif contre les infections des voies respiratoires, notamment les toux, les grippes et il a aussi d’autres activités sur le système nerveux central.Pour les toux, c’est un médicament très actif car il a une activité antiseptique des voies respiratoires, ajoute le Pharmacien Félicien qui est aussi pionnier de la fabrication de l’eucalyptollocalement au laboratoire des Cliniques Universitaires du Graben. La production locale ne fait pas encore le poids. Les pharmacies en achètent provenant de Kinshasa, à 2000 km voire de l’inde en Asie. 

« Le problème reste que nous n’avons pas assez de spécialistes des médicaments. Et les rares spécialistes qui sont là n’ont pas assez de moyens pour en fabriquer en quantité suffisante. On fabrique 10, 20 litres, pas suffisants pour le marché et pour respecter les normes d’assurance qualité. », déplore le Pharmacien. 

Pourtant, les vertus de l’eucalyptus ne sont pas connues aujourd’hui. On en a fait usage depuis des années en mettant la personne malade avec forte fièvre sous une couverture avec un récipient plein de feuilles d’eucalyptus bouillies et qui dégage une forte chaleur. « C’est l’effet de l’eucalyptol qui est recherché car c’est une huile essentielle. Elle est volatile, de loin volatile que de l’eau. Elle s’évapore. Et j’ai dit qu’elle est active contre les infections des voies respiratoires, vous respirez cette huile et il traite votre maladie. », explique le pharmacien.

Usages principaux

Madame Jackie Kaherenie achète un camion Benne de bois d’eucalyptus à 120 dollars plus 30 dollars de transport. Une quantité suffisante pour une année comme source d’énergie pour la cuisine dans un ménage de moins de 10 personnes. Néanmoins, cet achat n’est pas à la portée de tout le monde. Au quotidien, plusieurs familles n’achètent que quelques morceaux de bois sec. 

 Le Complexe Theicole de Butuhe CTB, situé à une dizaine de kilomètres de Butembo utilise un stère de bois de chauffe par heure afin de produire de la vapeur d’eau qui sèche le thé à la dernière étape de la fabrication. Pour répondre à cette demande, cette usine dispose de plus de 300 hectares d’eucalyptus. Et la plantation d’arbres est continuel, explique le chef d’usine, monsieurTabono Watukalusu que nous avons rencontré à l’occasion de la journée mondiale du thé, le 15 décembre. La centrale hydroélectrique du CTB ne produit pas assez d’énergie pour en faire usage pour le chauffage.

Des entreprises comme la pâtisserie, les brasseries locales de vin, les restaurants et autres utilisent principalement le bois de chauffe. Le bois disponible pour répondre à cette demande reste l’eucalyptus. 

Depuis quelques années, les villes de Beni et Butembo sont desservis en énergie hydroélectrique par la société ENK(Energie du Nord-Kivu). Pour le transport et la distribution, cette entreprise utilise le bois d’eucalyptus comme poteau avec plusieurs avantages : « Le poteau en bois est produit localement. On l’achète auprès des concessionnaires locaux. La main d’œuvre locale est engagée pour couper, dégager et traiter ces poteaux. Ce qui ne serait pas nécessairement le cas pour les poteaux métalliques. Ces poteaux ont une durée de vie de 20 ans. Bien plus, le bois est un mauvais conducteur d’électricité. S’il y a un court-circuit, le contact ne causera aucun dommage à l’homme. Ce qui n’est pas le cas pour le métal. », Katembo Musavuli Philemon, chargé de communication de l’entreprise Energie du Nord-Kivu ENK, explique ainsi la préférence du bois pour l’entreprise.  

Rien ne se perd avec l’eucalyptus. Les branches d’arbres sont aussi une denrée rare. Si en milieu paysan, les enfants des familles pauvres vont les ramasser pour servir de bois de chauffe, la ménagère citadine les achète. 

En effet, certaines variétés de haricot prisées localement exigent un support pour la bonne croissance et la production. La demande étant forte lors des saisons agricoles, ça devient un business. « Un fagot se négocie entre 500 et 600 FC. J’en mets 15 à 20 fagots dans un champ d’une parcelle de 25 sur 30 mètres. », témoigne madame Solange Kaswera, directrice financière d’une ONG locale et agricole dans ses temps libres. Même dans cet usage, la préférence revient à l’eucalyptus qui ne pourrit pas rapidement : « Les branches de l’arbre Mukaramba (Grevillea robusta ou chêne argentin) ne peuvent être utilisés que pour deux saisons, alors que pour l’eucalyptus, c’est trois saisons », explique-t-elle. 

Le business du bois d’œuvre d’eucalyptus

L’eucalyptus, ça rapporte, mais personne ne vous dira combien exactement. Quand la question est posée, la réponse est énigmatique quoique le rapport penche clairement en faveur de l’eucalyptus. 

« Si vous cultivez les arbres, vous aurez de quoi manger. Mais on ne peut planter les arbres pour vivre de ça au quotidien.  On plante les arbres pour un projet déterminité. », explique Léopard qui précise que déjà à 3 ans, avec l’eucalyptus, vous ne manquerez plus de bois de chauffe. De même, à cet âge, l’arbre est assez mur pour construire une maison en pisé ou pour servir de charpente, pour servir de plancher de soutènement qui est un dispositif nécessaire quand on coule un béton, pour ériger une clôture en tôle, un hangar, …

Kambale Chamundowa vend des sticks de bois d’eucalyptus depuis des années à Butembo et c’est ça toute sa vie : « Ça se vend très bien, je peux vendre 40 à 50 bois par jour. Mes enfants vont à l’école et nous mangeons. C’est mon travail depuis des années. »

Pour certaines espèces, à 5 ans, on peut déjà couper des planches et des chevrons, explique Kavira, vendeuse de planches d’eucalyptus depuis 14 ans, mais il en faut entre 10 et 30 ans pour avoir du bon bois. « De par mon expérience avec l’arbre Luvivi, c’est 15 ans, pour le Kilima, c’est 25 ans. », explique Kambale Malekani François.

L’eucalyptus est préféré car il reste l’espèce qui s’adapte à la terre. Les espèces sauvages ne poussent plus, explique Kambale Chamundowa. Madame Kavira ajoute que le bois d’eucalyptus est durable par rapport aux bois sauvages. Il ne pourrit pas rapidement comme les autres.

Est-ce que ça rapporte plus que les produits vivriers ? Je ne cesse d’insister, mais la réponse reste savante. « J’ai planté les mikaramba puisque j’ai constaté qu’il est mon meilleur ami que l’homme.  Il est très utile, tu t’assois sur le mikaramba (Ndlr chaise). Tu te réchauffes sur le feu de mikaramba (Ndlr bois de chauffe). Ça peut t’accompagner jusqu’à l’au-delà (Ndlr le cercueil). C’est pourquoi je l’ai planté car j’ai compris qu’il peut m’être plus utile et m’aider à enterrer mon père (Ndlr Les frais de funérailles). », réponse énigmatique du concessionnaire Kambale Malekani François. Il ajoute explicitement qu’un arbre peut remplir un camion FUSO de planches.Ça revient à combien un Fuso de planches ? J’insiste. Un peu agacé, il répond : « Ça ne se dit pas. Moi d’ailleurs, j’utilise moi-même les planches. Mais c’est beaucoup d’argent que pour les produits à manger. » Il enchaine : « Un autre avantage. Il y a des gens qui achètent dix hectares de terre pour y mettre les vaches, mais moi avec un seul hectare, je le dépasse car sous les arbres, je mets les abeilles. Le miel est plus rentable que les produits agricoles.”

A Pascal Bebo de préciser : « Pour le moment, on peut dire que les arbres rapportent mieux que les cultures maraichères car à part les eucalyptus, nous faisons de l’apiculture, mais aussi on peut planter quelques feuilles (Ndlr les Tarots) avec lesquelles on nourrit les porcs. » Les eucalyptus font, en effet, parti des plantes dites mellifères. Leurs fleurs produisent du nectar que les abeilles transforment en miel, explique l’expert en gestion de la biodiversité Sorel Wasukundi.

Pour cultiver les eucalyptus, il suffit d’avoir un peu de moyen de démarrage. On plante, le reste appartient à Dieu. Il suffit d’avoir la pluie, précise Pascal Bebo comme gros avantage.

Les défis environnementaux de l’eucalyptus

Par son acidification du sol, les eucalyptus pourraient à la longue conduire à la désertification de nos sols. Ils ont des effets nuisibles sur les propriétés du sol,alerte l’expert en gestion de la biodiversité Sorel Wasukundi.

Le pédologue Mutiviti temporise : « On peut inverser l’acidification du sol par l’eucalyptus, mais avec beaucoup d’investissements. Si vous mettez la matière organique là où on a coupé le bois d’eucalyptus en plus de la chaux, rapidement le sol retrouve sa fertilité d’antan. ». Il relève un défi majeur : « Pourtant, localement la matière organique coute plus chère que les engrais car il faut aller la chercher (Ndlr loin dans la ferme), la transporter, l’épandre et l’enfouir. Ce qui est à la fois énergivore, coûteux et chronophage»  

Il faut souligner que les eucalyptus ont joué un grand rôle dans la reforestationde la ville de Butembo, ses environs et du Kivu en général.  Ils ont assuré une disponibilité en bois dans la région. Même si la forêt naturelle a disparu, il y a eu des eucalyptus qui sont venus pour constituer une alternative à la carence en bois, bois énergie surtout et même en bois d’œuvre, reconnait Sorel Wasukundi.

Par contre, comme les eucalyptus appartiennent à la même famille botanique, il y a un inconvénient du point de vue de la biodiversité.  On a une catégorie d’espèces d’arbres qui prédomine dans la région. Cela serait en train de conduire une certaine érosion génétiquedes espèces naturelles locales, estime l’expert Sorel Wasukundi.

En plus, « Avec cette même famille botanique, imaginez-vous s’il y a une maladie qui attaque les eucalyptus. Cette maladie, si elle est vraiment virulente, elle risque de décimer tous les eucalyptus qui sont dans notre région comme ce qu’on a observé avec les bananiers avec cette maladie qu’on appelle le wilt bactérien. Si cette maladie décime les eucalyptus, ça prendra du temps pour que nous puissions résoudre ce problème. Et nous serons, en plus, confrontés à des problèmes d’ordre social et économique »,alerte Sorel Wasukundi. 

Néanmoins, pour que l’eucalyptus soit attaqué par une maladie comme le bananier, nous avons un avantage. « Nous avons plusieurs espèces d’eucalyptus », relativise le Professeur Mutiviti. 

L’eucalyptus serait une espèce qui lutterait contre les érosions. Car il est dit que la meilleure protection contre les érosions est de couvrir le sol, or l’eucalyptus couvre le sol. « L’eucalyptus couvre le sol. Pour que le sol soit exposé à l’érosion, il faut que le sol soit d’abord nu. Or l’eucalyptus, avec son enracinement profond et sa densité, il fixe le sol contre l’érosion justement.», explique Mutiviti

Par ailleurs, les fumées libérées lors de la combustion de la biomasse ligneuse est certainement chargée de polluants gazeux et particulaires qui, d’une part, peuvent entraîner des conséquences néfastes sur la santé et, d’autre part, contribuer au réchauffement global de la planète en contribuant au forçage de l’effet de serre. 

Par contre, avec ce même défi du changement climatique, l’eucalyptus, malgré ses défauts, est parmi les espèces qui fixent le Carbonne.  « Alors quand le crédit Carbonne sera effectif, les propriétaires de ces plantations d’eucalyptus vont commencer à toucher beaucoup d’argent et le reste, les champs agricoles, risquent d’être transformés en plantations d’eucalyptus. », présage le Professeur Mutiviti. 

L’équilibre

L’eucalyptus parait un mal nécessaire. Bien qu’il crée beaucoup des problèmes, il en résout aussi beaucoup. Le challenge aux hommes de  science et aux opérateurs économiques reste de trouver l’équilibre en décidant là où on peut mettre l’eucalyptus ou non. « Sur ce point, la science dit qu’on ne peut reboiser que les sommets des montagnes pour éviter l’érosion ; ainsi les flancs des collines et les bas-fonds seraient couverts de cultures vivrières », recommande le Professeur Mutiviti.

L’échelle du temps

L’expert en gestion de la biodiversité Sorel Wasukundi pense à l’échelle du temps en précisant qu’il faut prendre en considération le fait que les effets d’eucalyptus pourraient être compris dans une échelle de temps donné. Quand on prend une échelle de temps assez courte, de moins de cent ans par exemple, les eucalyptus ont des effets néfastes. Mais si vous observez bien, il peut arriver qu’un champ d’eucalyptus se transforme à la longe en une forêt que l’on dirait naturelle : « L’échelle de temps que l’on considère peut aussi gagner sur les effets là. Les oiseaux, les insectes, les animaux qui viennent loger, se recréer, se nourrir déposent les déchets dans un champ d’eucalyptus, y laissent des graines d’autres arbres. Quand on a planté des arbres pas à but lucratif et si on est prêt d’une forêt naturelle, on constate qu’une autre forêt nait sous les eucalyptus dans le sous-bois. »

HERVE MUKULU VULOTWA 

Forêt : En réaction au discours de Tshisekedi à One Planet Summit, Greenpeace Afrique évoque l’absence de coordination des reformes en RDC

Dans un communiqué publié ce jeudi 14 janvier, l’ONG internationale Greenpeace Afrique a exprimé son sentiment d’absence d’une coordination des différentes réformes en cours en République démocratique du Congo. Elle a fait cette déclaration en réaction au discours du chef de l’Etat congolais, Félix Antoine Tshisekedi, lors du sommet One Planet, tenu à Paris, le lundi 11 janvier dernier.

« Ce sommet tombe à point nommé au moment où la RDC est entrain de pleurer l’assassinat de 6 éco gardes dans le parc national de Virunga le dimanche 10 janvier dernier et soulève encore la question de la gestion de ces aires protégées existantes qui ne disposent pas suffisamment des moyens pour faire face à une insécurité croissante causée par les groupes armés. Il faut également ajouter que le modèle militarisé de gestion actuelle de ces aires est source de conflits permanents avec les communautés entourant ces espaces protégés », indique cette communication.

Selon Greenpeace Afrique, la RDC, un pays aux potentiels importants en termes de biodiversité semble ne pas comprendre les enjeux autour de la dynamique actuelle de l’élargissement des espaces protégés. « C’est ici l’occasion de rappeler que l’ambition émise par le président Tshisekedi au One Planet Summit de passer de 14% d’aires protégées à 17%  du territoire nationale est celle de la Stratégie Nationale de conservation de la biodiversité de la RDC depuis 2012 et, à ce jour, rien n’a été fait pour répondre à cette volonté politique », a-t-elle précisé.

La dynamique d’augmenter la superficie des aires protégées ne met pas suffisamment un accent sur l’amélioration des conditions de vie des communautés locales et des peuples autochtones, gardiennes de cette biodiversité depuis des milliers d’années, estime Greenpeace Afrique. 

« Cette ambition du Président Tshisekedi vient aussi relancer le débat de la réforme sur l’aménagement du territoire qui, jusqu’à ce jour, est gérée de manière unilatérale par le ministre chargé de l’aménagement du territoire. Ladite réforme continue d’ignorer les points de vue de la société civile congolaise, alors qu’ils représentent une contribution importante et déterminante pour la prise en compte des besoins de tous et la réussite de cette ambition », a-t-elle insinué.

Pour Greenpeace, une chose est d’augmenter la superficie des aires protégées, une autre est de mettre les moyens et de les gérer de manière durable et participative pour garantir une suite favorable à la protection de la biodiversité et à l’amélioration des conditions de vie des communautés locales et des peuples autochtones.

Alfred NTUMBA

One Planet Summit : Emannuel Macron, « Notre avenir et celui de notre planète dépendent de ce que nous faisons ici et maintenant »

Le président français, Emmanuel Macron a lancé les travaux de One Planet Summit, ce lundi 11 janvier à 14 heures, heure de Paris. Cette édition a pour objectif de consacrer le lien entre notre humanité, la nature et l’environnement que nous habitons.

« Le constat scientifique est sans appel. Il a été fait début 2019, et nous le connaissions. Ce que nous savons encore c’est que toutes nos vulnérabilités sont liées », a déclaré le président français. 

Pour Emmanuel Macro, les pressions exercées par l’homme sur la nature accroit les vulnérabilités, les inégalités et menacent la santé de l’humanité. Il a par ailleurs appelé à une transformation rapide du modèle de développement.

« Nous pouvons changer la donne si nous le décidons. Notre avenir et celui de notre planète dépendent de ce que nous faisons ici et maintenant », a-t-il lancé.

Plusieurs personnalités ont fait le déplacement de Paris et d’autres ont suivi en direct ce grand sommet consacré à la biodiversité. 

Notons que le premier One Planet Summit a été organisé à Paris en décembre 2017, avec comme objectif de consolider des coalitions concrètes, des actions, des engagements avec un système de suivi pour s’assurer de leurs effectivité. 

Alfred NTUMBA

Premier Site d'information environnementale en Afrique centrale