
C’est une avancée majeure pour les droits des communautés locales malgré un contexte sécuritaire et sanitaire complexe. Dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), la signature le 1er juin 2026 de plusieurs arrêtés provinciaux par le Gouverneur de la province du Nord-Kivu marque un tournant significatif pour la foresterie communautaire. Ce geste officiel consacre l’attribution de six nouvelles Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL) et la réhabilitation d’un titre communautaire, consolidant ainsi de manière décisive la sécurisation juridique des droits fonciers et forestiers des populations locales au sein des territoires de Beni et de Walikale.
Les six nouvelles concessions forestières couvrent collectivement une superficie supérieure à 662 km² de massifs forestiers. Ces attributions se répartissent géographiquement dans le territoire de Beni avec deux CFCL (Bamunzambi-Babhokpe-Babhuhe et Babohio-Banoli). Dans le Territoire de Walikale, cinq CFCL (Nyansamba, Mbopi-Biratu, Bakondjo-Kilambo, Mesa-Basao et Batiri-Nyabayu-Uchi).
Parallèlement à ces nouvelles attributions, la réhabilitation de la CFCL Batiri-Nyabayu-Uchi permet de rétablir un droit communautaire bafoué. Initialement reconnue en 2022, cette concession avait fait l’objet d’une annulation en 2024. Contestant vigoureusement cette décision pour non-respect de la législation en vigueur, la communauté a initié un recours légal. Un dialogue structuré, mené sous l’égide du Conseil consultatif provincial des forêts, a permis de clarifier la situation et d’aboutir à cette réhabilitation salutaire.
Un succès de terrain forgé au cœur des crises
Cette avancée majeure s’inscrit dans le cadre du projet ambitieux intitulé « Préservation de la biodiversité, des services écosystémiques et des droits des communautés dépendantes des forêts au Nord-Kivu ». Ce projet est activement déployé sur le terrain par le Réseau pour la Conservation et la Réhabilitation des Écosystèmes Forestiers (Réseau CREF), bénéficiant de l’appui technique de Rainforest Foundation Norway et du concours financier de la Norvège.
« Cette avancée au Nord-Kivu montre que la reconnaissance des droits communautaires peut progresser même dans des contextes difficiles », a déclaré Thoms Katembo, conseiller chez Rainforest Foundation Norway. « Pour Rainforest Foundation Norway, c’est aussi un message important : protéger les forêts en RDC doit faire partie des priorités de tout acteur et cela à travers la reconnaissance des droits des communautés qui les protègent depuis des générations et en dépendent au quotidien ».
L’obtention de ces titres juridiques revêt un caractère exceptionnel compte tenu de l’environnement provincial. Le Nord-Kivu fait face de manière récurrente à des crises sécuritaires et sanitaires profondes, qui complexifient l’accès physique aux zones forestières et rendent les travaux de cartographie extrêmement périlleux.
Pour les populations autochtones et les communautés locales, le titre de CFCL offre un fondement juridique indispensable permettant de substituer la sécurité foncière au droit coutumier traditionnel.

« Nous sommes très contents d’avoir enfin notre titre de CFCL. Depuis 2024, nous avons été sensibilisés sur le processus de foresterie communautaire. Aujourd’hui, nous comptons gérer ces forêts de manière communautaire pour préserver notre environnement, bien conserver nos cours d’eau et bénéficier des richesses dont regorge notre forêt », s’est félicité Kayembe Kanjika Blaise, Chef de la localité de Bakondjo Kilambo.
Selon le communiqué de l’organisation, les progrès enregistrés à l’est du pays font écho à des initiatives similaires menées dans l’ouest de la RDC. Dans la province de l’Équateur, plusieurs CFCL ont été récemment officialisées afin de sanctuariser des écosystèmes critiques, notamment des zones riches en tourbières.
À ce jour, l’action conjointe de Rainforest Foundation Norway et de ses partenaires a permis d’accompagner pas moins de 35 communautés à travers le pays. Cet effort concerté a conduit à la sécurisation juridique de plus de 670 262 hectares répartis dans les provinces du Nord-Kivu, de l’Équateur, du Maï-Ndombe, du Kasaï-Central et du Sud-Ubangi, posant ainsi les jalons d’un modèle d’économie forestière durable et inclusif en RDC.

Rappelons que les territoires concernés dans l’est du pays subissent d’importantes pressions liées à l’exploitation artisanale du bois, aux pratiques agricoles sur brûlis, ainsi qu’aux activités minières. L’obtention de ces titres contribuera à atténuer drastiquement les risques de chevauchement de droits d’usage, sources fréquentes de conflits intercommunautaires.
Alfredo Prince NTUMBA












