
Derrière l’envolée de la demande mondiale en métaux critiques pour la fabrication des batteries électriques, le territoire de Fungurume, dans la province du Lualaba, se retrouve au cœur d’un vif débat entre défenseurs de l’environnement et l’un des géants de l’industrie minière, Tenke Fungurume Mining (TFM). Dans un rapport d’investigation publié ce lundi 21 septembre 2026, le Consortium « Mazingira pour Tous », soutenu par des partenaires internationaux, dénonce ce qu’il qualifie de « sacrifice » des populations locales au profit de la transition énergétique globale.
« Ce que nous observons à Fungurume, c’est le sacrifice d’une population locale sur l’autel de la décarbonation occidentale et asiatique. On extrait du cobalt dit “vert”, mais les poumons de nos enfants brûlent », déplore un représentant de la société civile, membre du Consortium Mazingira.
Au centre des accusations, l’émission massive de dioxyde de soufre et le déversement d’eaux acides contaminées dans les cours d’eau environnants (notamment la rivière Dikuluwe et ses effluents locaux).
Le consortium accuse TFM de faire fonctionner ses infrastructures sans neutralisation adéquate des émissions gazeuses et de retarder les indemnisations ou relocalisations équitables des populations affectées (notamment dans les zones proches des concessions industrielles).
À l’en croire, la compilation de plus de 1 000 dossiers médicaux auprès des centres de santé locaux révélerait une hausse marquée des pathologies pulmonaires aiguës, des toux sanglantes, des brûlures oculaires et nasales, ainsi que des épistaxis, en particulier autour de l’usine 30K.
La réplique de TFM
Répliquant aux accusations soulevées par le consortium Mazingira pour Tous, le géant minier a brandi sa « conformité aux normes, des audits indépendants et l’absence de lien de causalité ». Tenke Fungurume Mining a apporté une réponse détaillée pour réfuter l’ensemble de ces griefs et réaffirmer son engagement environnemental et social.
Concernant les symptômes signalés auprès des communautés riveraines (notamment à Mano Mapia), TFM indique qu’aucune étude épidémiologique ni conclusion officielle des autorités sanitaires ne permet d’établir un lien direct de causalité avec ses activités opérationnelles. La direction souligne par ailleurs qu’aucun cas de maladie ou de décès attribuable au dioxyde de soufre n’a été recensé parmi ses propres employés travaillant au plus près des usines.
Des émissions sous les seuils légaux
TFM conteste formellement l’absence de systèmes de neutralisation des gaz. L’entreprise précise que ses installations, dont l’usine 30K, sont équipées de tours d’absorption du SO2 et de laveurs à la soude caustique (caustic soda scrubbers). L’entreprise met en avant les résultats des campagnes de surveillance menées par le cabinet indépendant Skyside ainsi que son département interne HSE.
« Les mesures de SO et NO2 dans l’air ambiant demeurent inférieures aux plafonds réglementaires fixés par le Code minier de la RDC et respectent les normes internationales de la Société Financière Internationale (SFI/IFC). Les sites de production conservent leurs certifications internationales ISO 14001 (management environnemental), ISO 45001 (santé et sécurité au travail) et ISO 9001 (qualité) à l’issue d’audits annuels », soutient TFM.
Sur le plan opérationnel et communautaire, TFM rappelle qu’elle applique une démarche préventive en maintenant une zone tampon de sécurité d’au moins un kilomètre entre les installations industrielles et les habitations, tout en soutenant le relogement des populations situées à proximité immédiate des sites.
Enfin, face aux critiques sur la qualité du dialogue social, l’entreprise soutient que ses mécanismes de gestion des plaintes sont accessibles et transparents. En cas de désaccord persistant, les plaignants peuvent recourir à un Comité de médiation indépendant (ICM) ou saisir les juridictions compétentes.
Tout en réaffirmant sa volonté de poursuivre le suivi rigoureux de ses émissions, TFM appelle à ce que les échanges avec les parties prenantes reposent sur des données factuelles et scientifiquement vérifiées.
Alfredo Prince NTUMBA














