
Lors d’une conférence de presse tenue le vendredi 29 mai 2026 sur la riposte de la Maladie à Virus Ebola en Ituri (MVE), le ministre de la Santé, de l’Hygiène et de la Prévoyance sociale, le Dr Roger Kamba, a particulièrement insisté sur l’importance d’une appropriation de cette lutte par les élus provinciaux pour optimiser la réponse sanitaire face aux épidémies.
Le Dr Roger Kamba a mis en lumière deux obstacles majeurs qui rendent la riposte extrêmement complexe dans les zones de conflit, justifiant la nécessité d’un engagement politique fort.
« Nous avons eu une discussion avec les élus pour comprendre pourquoi la maladie a commencé à faire des victimes sans qu’aucune alerte ne soit lancée de leur part pour mobiliser le ministère de la Santé », a-t-il déclaré.
Croyances locales et barrières culturelles : les phénomènes du « poison » et du « cercueil »
Selon le Dr Roger Kamba, ces échanges ont révélé l’existence de deux réalités culturelles complexes qui freinent le signalement précoce des cas. « Dans la province, la suspicion d’empoisonnement est fréquente. Lorsqu’une personne tombe malade, le premier réflexe de la communauté est de chercher des remèdes contre le poison plutôt que de se diriger vers un centre de santé. » A-t-il éclairé.
A l’en croire, le phénomène du cercueil est quant à lui lié aux croyances de vengeance d’outre-tombe. Le ministre de la Santé a cité un cas tragique survenu le 20 avril 2026. « Le cercueil aurait été changé et brûlé pour que les proches se réchauffent avec le bois. Pour la communauté, les décès suivants étaient la vengeance du défunt pour son cercueil profané. » A-t-il expliqué.
Ces croyances démontrent que les populations n’étaient pas conscientes de la présence d’une épidémie pour adopter les mesures barrières. Le Dr Kamba a notamment rappelé l’incident de Rwampara, où des jeunes avaient confisqué un corps pour organiser leur propre cérémonie funéraire, s’exposant ainsi à une forte contamination.
Des lueurs d’espoir grâce à la communication de crise
Malgré ces défis, le ministre de la Santé s’est réjoui des progrès enregistrés grâce aux efforts de sensibilisation menés par les agents communautaires. Il a donc insisté sur la nécessité de poursuivre et de renforcer cette communication de risque pour stopper définitivement la propagation du virus.
« La perception de la population évolue positivement. A Rwampara, un jeune présentant des symptômes s’est rendu de lui-même au centre de traitement. Les médecins confirment que la communauté commence enfin à comprendre l’importance d’une prise en charge médicale rapide. » A-t-il indiqué.
Le défi majeur des zones sous contrôle des rebelles
Selon le Dr Roger Kamba, l’obstacle le plus critique de cette riposte demeure l’accès aux zones occupées par les groupes armés. L’absence de contrôle sur ces territoires rend le suivi des cas contacts extrêmement difficile.
- Il faut une riposte nationale : l’une des stratégies majeures de la riposte c’est de retrouver les personnes contact du malade pour pouvoir les surveiller et empêcher à la maladie de continuer à se propager. Si un contact quitte l’Ituri, nous le suivons partout où il va. Mais si la personne va à Goma c’est compliqué d’y organiser la riposte si celle-ci n’est pas nationale. Pourtant, l’équipe doit y déployer le matériel et organiser la riposte.
- Anticiper la propagation géographique : Le Dr Kamba a exprimé ses inquiétudes quant à la gestion de la riposte à Goma, rappelant le précédent d’un patient décédé au Sud-Kivu, en provenance de Goma.
Le Ministre de la Santé a insisté sur le fait qu’il est difficile d’avoir une riposte partielle. « Pour que la riposte réussisse, nous devons avoir le contrôle des zones occupées. C’est une situation hautement complexe. Nous ne pouvons pas garantir que nous contrôlerons ces zones, mais nous sommes capables d’y détecter les cas et d’y apporter des éléments de riposte », a martelé le Dr Roger Kamba.
Sarah MANGAZA












