
Aujourd’hui, il est indéniable que la République démocratique du Congo (RDC) dispose d’un potentiel minier exceptionnel et stratégique. Détentrice d’environ 70 % des réserves mondiales de cobalt ainsi que d’autres minerais cruciaux pour la transition énergétique, le pays revêt une importance stratégique pour les pays du monde désireux de préserver et d’affirmer leur position future.
Parallèlement, les autorités congolaises, engagées dans une politique d’ouverture multilatérale, multiplient des initiatives concrètes pour attirer des investissements directs dans le secteur minier et améliorer, autant que possible, le climat des affaires afin de garantir des partenariats plus équilibrés et transparents.
Pourtant, une certaine rhétorique caricaturale et stéréotypée ne cesse d’alimenter les conversations et d’enraciner la réticence dans certains salons et chancelleries occidentales. Cette hésitation se retourne contre eux sur les plans stratégique, économique et géopolitique : pendant qu’ils tergiversent, des entreprises chinoises contrôlent déjà jusqu’à 80 % de la production de minerais critiques en RDC. En se retranchant derrière des clichés — parfois à peine voilés de néocolonialisme — les pays occidentaux s’exposent progressivement mais inexorablement, à des ruptures d’approvisionnement et à une dépendance accrue vis‑à‑vis de chaînes dominées par la Chine.
Discriminatoire, cette rhétorique se laisse nourrir par la manière dont certains médias nationaux, internationaux et certaines ONGs ont pris l’habitude de relayer et commenter les informations sur le secteur minier congolais, depuis l’époque où la RDC était diplomatiquement isolée. A leur suite, des « nyonsologues », au patriotisme émoussé, préfèrent amplifier les aspects négatifs (pollution, exploitation, corruption etc…) sans toujours détailler les efforts du gouvernement visant à améliorer la situation et multiplier les opportunités d’investissement responsable.
L’hypocrisie occidentale mise à nu
Peut‑on accepter que des acteurs occidentaux, qui refusent de négocier directement avec la RDC en invoquant la mauvaise gouvernance et des enjeux éthiques, s’approvisionnent en réalité via des filières opaques alimentées par le pillage et la contrebande ? Les minerais extraits illégalement en RDC sont souvent acheminés vers des pays voisins (Rwanda, Ouganda), où ils sont mélangés et « blanchis » avant d’être présentés comme d’origine locale. Ce comportement bipolaire a conduit la RDC à porter plainte récemment contre de grandes entreprises technologiques pour l’achat présumé de ces minerais de contrebande.
Vers un nouveau narratif pour la RDC ?
Jusqu’ici, la principale faiblesse du narratif des autorités congolaises, du point de vue des investisseurs occidentaux potentiels, résidait dans un décalage entre le discours officiel sur les réformes et la réalité perçue sur le terrain et dans les rapports internationaux.
Aujourd’hui, pour valoriser le cadre d’investissement minier en RDC et instaurer la confiance auprès des investisseurs potentiels, les autorités congolaises ont commencé à développer un nouveau type de communication, presque pédagogique, pour désenvoûter les partenaires potentiels, ceux à la peau dure et à la nuque raide.
L’attitude raisonnable à adopter aujourd’hui
Compte tenu des enjeux mondiaux, la circonspection et l’isolement ne sont pas recommandables, ni pour les européens « Congo-sceptiques » ni pour les autorités congolaises engagées dans une dynamique nouvelle.
Les pays occidentaux devraient davantage se rapprocher de Kinshasa pour des partenariats stratégiques bilatéraux (comme les discussions en cours entre les États-Unis et la RDC) afin de sécuriser l’accès direct aux ressources, en offrant un soutien diplomatique, financier et technique.
De même que l’attitude des occidentaux réticents et enfermés dans leurs stéréotypes est une catastrophe pour le futur de l’Europe, de même, il serait totalement irresponsable, pour des autorités congolaises de briller par une diplomatie économique de la « chaise vide » en s’enfermant dans leurs bureaux à Kinshasa par peur d’investir 50 milles dollars américains dans un voyage qui permettrait de glaner en retour 1 milliard pour le pays. Même si ces frais, – 50 ou 100 milles, – étaient juste engagés pour financer un voyage censé planter un décor géostratégique propice à de futurs investissements durables, c’est déjà le « nec le plus ultra » et comptabilisable à l’actif ! N’en déplaise aux « nyonsologues » amnésiques à qui il faut rappeler que c’est grâce à son déploiement diplomatique intense et soutenu que la RDC, cœur de l’Afrique, a réussi à reprendre sa place sur l’échiquier international au point de redevenir fréquentable.
Faut-il privilégier les occidentaux ou les asiatiques, en particulier les chinois qui sont déjà présents en RDC ? Ce n’est pas la démarche de la RDC qui est disposée à discuter avec n’importe quel partenaire tant que l’intérêt vital de son peuple et mis bien en avant. D’ailleurs, il existe même une 3ème voie : celle empruntée par Kamoa Copper SA.
Kamoa Copper en RDC : le parfait exemple d’un partenariat systémique et stratégique
Kamoa Copper est la résultante d’un partenariat trilatéral qui a permis de construire un des complexes miniers de cuivre le plus vaste au monde. La confiance qu’inspire ce partenariat triangulaire stratégique a attiré des milliards de dollars de financement de la part d’une syndication d’institutions internationales incluant des institutions du Canada, de la Chine, d’Afrique du Sud, et du Congo. Aujourd’hui, Kamoa vient d’inaugurer sa fonderie de cuivre, la plus grande et la plus écologique d’Afrique confortant sa position de premier producteur de cuivre en Afrique et 3ème dans le monde.
Voici un modèle d’investissement encouragé par les autorités congolaises qui ne devront surtout pas lésiner sur les moyens, y compris, les dépenses liées aux nombreux déplacements de la Première Ministre ou des membres de son gouvernement, dont l’ultime objectif et de rassurer, dialoguer, restaurer la confiance.
C’est aussi dans cette optique qu’il convient d’interpréter la présence des autorités congolaises à la conférence des investisseurs miniers à Genève au cours de laquelle SEM la Première Ministre de la RDC, Judith SUMINWA a développé une nouvelle rhétorique basée sur la durabilité, la traçabilité et la sécurité d’approvisionnement. Une approche qui propose un partenariat mutuellement bénéfique et éthique plutôt que la simple extraction. Une vision actualisée qui montre que la RDC n’est pas seulement un gisement de minerais, mais un partenaire engagé dans une gouvernance améliorée et le développement durable, offrant une sécurité d’approvisionnement indispensable pour les industries occidentales.
Il s’ouvre donc une ère où les investisseurs potentiels, à mesure qu’ils discutent objectivement avec les autorités congolaises, comprennent que le Congo n’est pas un état de « pure nature » ni une jungle des interfaces gouvernée par des acteurs sans foi ni loi, comme longtemps répété insidieusement par ceux qui craignent une RDC forte et souveraine.
Pourtant, toute honte bue, certains médias locaux, plutôt que de valoriser les progrès réels dans le secteur minier, s’activent à amplifier les points négatifs. On serait en droit de se demander si exercer la liberté de la presse, selon les règles de l’art, peut rimer avec l’incivisme, l’antipatriotisme et le colportage médiatique des clichés ennemis.
Dans le contexte actuel, un investisseur européen averti, civilisé, épris de bon sens et résolument enraciné dans une vision pérenne, devrait se défaire des clichés, écouter la voix de la sagesse, prendre son courage en main, et s’asseoir en face des autorités congolaises pour discuter des investissements, nouer des partenariats stratégiques et profitables pour lui, pour la RDC et le futur dans le respect de l’environnement. Sinon, dans un avenir proche, il devra apprendre à parler chinois!
Olivier Kaforo
Journaliste










