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La pêche thonière, un système structurellement insoutenable

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L’ONG Marine BLOOM a publié un article scientifique sur les quarante et cinq années d’accords de pêche entre l’Union européenne et une vingtaine de pays d’Afrique. Publié en début janvier 2026, cette œuvre met un accent sur ces accords de pêche. A l’en croire, ils ont permis aux industriels de certains navires de pêche parmi les plus puissants de l’armada européenne d’exploiter les eaux très poissonneuses de l’Afrique à moindre coût, grâce à d’importantes subventions publiques.

Depuis 1979, l’Union Européenne (UE) a tissé un réseau d’accords de pêche avec une vingtaine de pays d’Afrique, dans le but de soutenir la pêche industrielle européenne et un marché très loin d’être auto-suffisant. Ces accords ont eu un coût important pour les contribuables européens, à hauteur de 4,8 milliards d’euros au cours de leurs 45 années d’existence, alors qu’ils ne concernent qu’une partie infime de la flotte de pêche européenne.

« Surtout les navires les plus imposants et les plus contestés. On peut par exemple citer les méga-chalutiers capturant les sardinelles et autres poissons bleus au large de l’Afrique de l’Ouest, dont l’ANNELIES ILENA (145 mètres de long) et le MARGIRIS (136 m), deux des plus grands navires de pêche au monde ; ou encore les thoniers français et espagnols actifs tout autour de l’Afrique, dont l’ALBATUN DOS (116 m) et l’ALBATUN TRES (115 m), du puissant armement espagnol Albacora. » Précise l’article.

Selon cette l’ONG Bloom, au cours des deux dernières décennies, ces accords ont connu une importante contraction et ne concernent essentiellement plus aujourd’hui que ces thoniers, en dehors de l’accord avec la Mauritanie, qui est le plus important actuellement en termes de coût pour les contribuables européens, car il autorise les méga-chalutiers à opérer dans ses eaux.

1950–1970, origines et dynamiques des accords de pêche, ou l’émergence d’une dépendance postcoloniale  

L’ONG Bloom estime qu’au sortir de la seconde Guerre mondiale, les flottes européennes connaissent un essor industriel sans précédent, soutenu par les États dans un contexte de reconstruction économique et de volonté de souveraineté alimentaire. Dès les années 1950, la surcapacité des flottes européennes devient manifeste : les stocks halieutiques côtiers du Nord-Est Atlantique s’effondrent progressivement, poussant les États membres, notamment la France et l’Espagne à chercher de nouveaux espaces de pêche dans des eaux plus tropicales afin de ne pas amputer les perspectives de croissance de la consommation du poisson, en plein essor.

« Cette expansion maritime s’inscrit dans la continuité d’un rapport colonial à l’Afrique : les eaux africaines, très poissonneuses mais uniquement exploitées localement dans un but de subsistance, apparaissent alors comme un « grenier à poisson », pillable à bas coût et destiné à pallier la surexploitation européenne. La finalisation des négociations internationales sur le droit de la mer dans les années 1970, qui aboutissent en 1982 à l’adoption de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) marquent un tournant. » Indique-t-elle.

Avant d’ajouter qu’en établissant le concept de « zones économiques exclusives » (ZEE), UNCLOS a conféré aux États côtiers la souveraineté sur leurs ressources marines, tout en introduisant la possibilité de louer à d’autres pays l’accès à leurs ressources en surplus via des accords de pêche. L’Union européenne initie ainsi dès la fin des années 1970 un réseau d’accords de pêches, instruments à la fois diplomatiques, économiques et géopolitiques afin d’institutionnaliser l’importante présence de ses navires dans les eaux du Sud.

Cette ONG prouve que ces accords répondent à un double objectif : économique, en transférant la surcapacité des flottes européennes vers des eaux encore poissonneuses ou en développant ex nihilo une nouvelle capacité de pêche et Politique, en consolidant l’influence européenne dans ses anciennes colonies au travers d’une diplomatie maritime déguisée en coopération, puisque les montants d’aides au développement liés aux accords de pêche dépendent des opportunités de pêche offertes à l’UE plutôt qu’aux réels besoins des pays exploités.

« Ces relations asymétriques où l’Europe apporte capitaux et infrastructures pour ses propres activités ; en échange de droits d’accès reproduisent les logiques extractivistes du colonialisme : les pays africains tirent des revenus immédiats et relativement faibles, sauf dans le cas de quelques contre-exemples, mais au prix d’une perte de souveraineté alimentaire et d’une érosion de leurs ressources halieutiques. » Alerte l’ONG Bloom.

Sarah MANGAZA

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