
Face à la presse nationale et internationale réunie ce lundi 6 juillet 2026 à Kinshasa, les organisations de la société civile environnementale ont lancé une campagne d’envergure nationale contre le projet gouvernemental de levée du moratoire sur l’attribution des concessions forestières industrielles.
Le coordonnateur national de l’ONG APEM (Actions pour la Promotion et la Protection des Peuples et Espèces Menacés), Blaise Mudodosi, a dans un plaidoyer vibrant, soutenu que la fin de cette protection juridique, en vigueur depuis 2002, menacerait l’un des derniers poumons verts de la planète et le statut de la République Démocratique du Congo (RDC) comme « Pays-Solution ».
Un rempart historique menacé
Instauré en mai 2002 pour assainir un secteur forestier miné par la spéculation et le pillage, le moratoire interdit l’octroi de toute nouvelle concession industrielle de bois d’œuvre. Renforcé en 2005 par un décret présidentiel, sa levée est légalement conditionnée par l’accomplissement de trois prérequis stricts à savoir, la publication des résultats de la revue légale des concessions existantes (réalisée) ; l’adoption de nouvelles règles d’adjudication pour les futures allocations (réalisée) ; et la réalisation d’une programmation géographique nationale des futures concessions, basée sur une démarche participative.
C’est sur ce troisième point que le bât blesse. Alors qu’un projet de décret circule dans les couloirs officiels pour lever le moratoire, la société civile dénonce une précipitation technique et politique.
Une programmation géographique contestée

« La programmation géographique ne peut se résumer à une carte dessinée à huis clos », a martelé Monsieur Mudodosi. L’analyse des cartes préliminaires actuellement en circulation révèle des failles techniques majeures. Des superpositions aberrantes entre les futures zones d’exploitation forestière prévues et des aires protégées de haute valeur écologique, à l’instar du Parc National de Kahuzi-Biega.
« Les risques sont là et réel. Lever le moratoire de manière précipitée sans remplir toutes les conditions surtout la troisième. Ceci risque d’empiéter la crédibilité de la RDC à se positionner comme pays-solution », a indiqué Bonaventure Bondo, chargé de campagne forêt chez Greenpeace Afrique.
Ces organisations exigent que cette programmation s’inscrive dans le cadre plus large de la réforme de l’Aménagement du Territoire. Elle doit impérativement adopter une approche inclusive et participative, intégrant tous les secteurs clés (mines, agriculture, conservation) ainsi que les structures locales telles que l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN).
L’illusion économique du secteur bois
L’argument officiel d’une relance économique par l’industrie du bois ne tient pas face aux données chiffrées présentées durant la conférence. A en croire les acteurs de la société civile, le secteur apporte une contribution dérisoire au budget national. En 2016, le secteur n’a contribué qu’à hauteur de 0,7 % au budget de l’État. Même en y incluant l’exploitation artisanale, les recettes culminent péniblement à 2,7 %.
À superficie comparable (environ 15 millions d’hectares exploitables), le Congo-Brazzaville voisin produit quatre fois plus de valeur que la RDC, démontrant l’inefficacité chronique de l’industrie forestière de la rive gauche.
La société civile environnementale déplore également, l’intégration massive de capitaux non régulés, notamment à travers des sociétés chinoises, a multiplié les rapports documentant des violations flagrantes des droits humains, des cas de travail forcé et une exploitation illégale généralisée. Sur la quarantaine d’entreprises encore enregistrées, seules huit concessions sont aujourd’hui véritablement opérationnelles et transparentes.
Pour la société civile, l’avenir de la RDC ne réside plus dans l’abattage de ses arbres, mais dans la valorisation de ses services écosystémiques. Les marchés de crédit carbone, le paiement pour services environnementaux (PSE) et les projets de conservation communautaire offrent désormais des perspectives de financement bien plus lucratives et durables.
« Nous devons choisir entre un modèle extractiviste obsolète qui paupérise nos populations et un modèle de développement vert qui protège nos forêts, respecte les droits des communautés locales et autochtones, et sécurise les ressources pour les générations futures », a conclu le coordonnateur de l’APEM.
La société civile a officialisé la transmission d’une lettre collective adressée aux autorités du pays, rappelant que tant que la gouvernance forestière ne sera pas garantie et que la loi ne sera pas strictement appliquée pour poursuivre les contrevenants, la levée du moratoire constituera un crime écologique majeur.
Alfredo Prince NTUMBA













