
Grâce à un nouvel arrêté interministériel pris au moins de juin 2026, le Fonds National REDD+ (FONAREDD) consolide son ancrage institutionnel tout en modernisant la gouvernance de ses ressources. Entre enjeux de transformation agricole, désenclavement rural et valorisation des crédits carbone, le professeur Faustin Boyemba, secrétaire exécutif adjoint de ce fonds revient sur les grandes orientations d’une réforme décisive.
Opérationnel depuis 2013 sous la forme d’un protocole d’accord tripartite entre le ministère des Finances, le ministère de l’Environnement et le MPTF (Multi-Partner Trust Fund) des Nations Unies, le FONAREDD se dote désormais d’un statut national renforcé.
« Qu’est-ce qui change ? C’est d’abord le statut national qui change. Nous avons un FONAREDD MPTFO qui doit fonctionner suivant les règles du MPTFO. L’État congolais délègue ses prérogatives au MPTF sans intervention quelconque du gouvernement à l’intérieur », a déclaré le secrétaire executif adjoint du FONAREDD.
Cette clarification juridique permet à la RDC d’offrir un cadre sécurisé et transparent, capable d’attirer un cercle élargi de bailleurs de fonds internationaux tout en préservant la confiance des partenaires historiques comme l’Initiative pour la Forêt de l’Afrique Centrale (CAFI).
L’un des apports majeurs de cette institutionnalisation réside dans la perspective d’une intégration progressive au budget général de l’État.
« À partir de maintenant, nous espérons effectivement que dès 2027, le FONAREDD sera inscrit aussi dans le budget du gouvernement pour que nous puissions bénéficier de petites subventions […] Je crois que ça va beaucoup aider à réduire la dépendance à 100 % des partenaires techniques et financiers », a-t-il informé.
Cette co-responsabilité financière s’inscrit dans la logique d’une souveraineté environnementale assumée, où l’appui international vient compléter un engagement budgétaire national pérenne.
Sur le terrain, la stratégie du FONAREDD vise à s’attaquer aux causes profondes de la déforestation, notamment à travers le développement d’une agriculture durable et structurée. Les défis d’approvisionnement en énergie, de disponibilité des semences et d’évacuation des récoltes sont au centre des préoccupations.
« L’accès au marché pose problème. Le producteur, le ménage avec lequel nous travaillons, est confronté à de sérieux problèmes d’évacuation, et du coup sa production n’arrive pas vraiment aux centres de consommation. C’est un aspect très important », a émis Monsieur Boyemba.
L’ambition est donc de concilier la préservation des écosystèmes forestiers et l’amélioration directe des conditions de vie des ménages ruraux, grâce au stockage, à la transformation locale et au développement des routes de desserte agricole.
La vision défendue intègre également un volet éducatif élargi. Dépassant les approches traditionnelles, le FONAREDD souhaite faire entrer la gestion durable des forêts au cœur des programmes scolaires et universitaires.
« L’éducation sur la question de gestion durable des forêts doit s’ouvrir […] On a besoin de collaboration avec les universités et aussi l’éducation au niveau secondaire pour que les enseignements puissent prendre en compte cet aspect », a affirmé le professeur Boyemba
Pour orienter ces efforts, le FONAREDD prépare activement un nouveau plan d’investissement stratégique sur dix ans. Ce document servira de boussole pour guider les investissements publics et privés, accélérer le développement des Paiements pour Services Environnementaux (PSE) et répliquer dans d’autres provinces l’expérience des crédits carbone menée dans le Maï-Ndombe.
« Le nouveau plan d’investissement est très important pour nous parce que ça va constituer une boussole pour les 10 prochaines années […] Nous nous inscrivons dans la durée pour continuer les investissements dans la préservation des forêts et l’amélioration des conditions de vie », a-t-il conclu.
Alfredo Prince NTUMBA














