
Les environnementalistes regroupés au sein de l’Organisation non gouvernementale d’appui aux initiatives communautaires de conservation de l’environnement et de développement durable (AICED) ont, dans une note adressée à la ministre nationale de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle économie du climat, attiré l’attention du gouvernement congolais sur une étude scientifique intitulée : Bio-surveillance of environmental pollutants in the population of Kinshasa, Democratic Republic of Congo (DRC): A small pilot study.
D’après les informations contenues dans ce document rendu public ce lundi 21 septembre, cette étude confirme la présence d’additifs plastiques dans le sang de certains citoyens de la ville de Kinshasa.
« Nous ne pouvons pas passer sous silence l’impact de la pollution plastique sur la santé. Cette contamination est un risque sanitaire majeur. C’est alarmant que les micro et nanoplastiques, ainsi que d’autres additifs se retrouvent dans les repas, aliments, l’eau, le jus, etc. Le pire est que les techniques de traitement de l’eau par le service de l’État, la REGIDESO, sont incapables d’éliminer cette pollution chimique », a déclaré le directeur exécutif national, Nyebone Faustin.
Les perturbateurs endocriniens pointés du doigt
Selon les analyses citées dans l’étude, les additifs présents dans le plastique, notamment le phtalate et le bisphénol, décrits comme perturbateurs endocriniens, affecteraient davantage les femmes et les jeunes que les hommes. Les auteurs avancent que ces disparités seraient liées aux physiologies et aux habitudes des différentes catégories de population.
À Kinshasa, la majorité des déchets plastiques s’écoulerait vers les caniveaux, les lits des rivières et plus particulièrement sur le fleuve Congo. Les défenseurs de l’environnement affirment que cette pollution détruit les moyens de subsistance des communautés riveraines.
Dans la lettre, plusieurs témoignages auraient été recueillis auprès de pêcheurs, qui indiquent que les poissons fuiraient le fleuve en raison des déchets plastiques.
« Il n’y a que du fretin, des petits poissons. Avant, je pêchais des gros poissons, mais les poissons ont fui à cause du plastique. Il y a plus de plastique que de poissons dans l’eau maintenant, il y a des couches de bébés usagées, des bouteilles de jus. C’est triste », a rapporté l’article.
La RDC invitée à mettre en place une feuille de route
La lettre souligne également que la pollution plastique compromet la position de la RDC comme pays-solution face aux changements climatiques, tout en détériorant la santé et les moyens de subsistance des populations. Le pays avait signé et approuvé la déclaration de la Conférence des Nations Unies sur les océans, appelant à un traité ambitieux sur les plastiques. Pour AICED, il est désormais temps d’aller au-delà des engagements internationaux, en combinant négociations et mesures concrètes à l’échelle nationale.
« Nous faisons l’éloge du ministère de l’Environnement de la RD Congo, qui est parmi les pays africains qui plaident pour que le principe de consensus ne bloque pas le processus de négociations du traité plastique. Néanmoins, il faudrait que, pendant que la RD Congo joue un rôle prépondérant dans la négociation intergouvernementale sur le plastique, il y ait des actions au niveau du pays, notamment une feuille de route afin de lutter contre la pollution par le plastique », peut-on lire dans la note.
Vers la protection des eaux et des forêts du bassin du Congo
Les auteurs invitent également le gouvernement à renforcer la réponse publique face aux risques sanitaires liés aux micro- et nanoplastiques et aux additifs chimiques, dont l’élimination serait insuffisante dans les systèmes actuels de traitement de l’eau.
L’ONG affirme espérer qu’une feuille de route issue des recommandations permettra de mieux protéger les eaux et les forêts du bassin du Congo. L’objectif serait de permettre à la RDC de conserver son rôle de leader, tout en protégeant la santé et les moyens de subsistance des communautés.
Albert MUANDA












