
Alors que 60 organisations dénoncent une « précipitation politique » menaçant le poumon vert de la RDC, la Direction des Inventaires et Aménagements Forestiers (DIAF) réplique avec virulence et exige des excuses publiques. Vraisemblablement, la tension est montée d’un cran à Kinshasa. Suite à la campagne d’envergure nationale lancée le 6 juillet dernier par la société civile environnementale, la réponse de l’administration ne s’est pas fait attendre. Dans une lettre de réplique officielle datée du 13 juillet 2026, Maurice Matanda Kafunda, Directeur-Chef de service de la DIAF, a fustigé la démarche des ONG, les accusant de propager des « contrevérités » et de vouloir bloquer le développement économique du pays.
Un rempart légal contesté
Instauré en mai 2002 pour assainir un secteur alors gangrené par la spéculation, le moratoire sur l’octroi de nouvelles concessions forestières industrielles est aujourd’hui au cœur d’une bataille herméneutique féroce. Pour Blaise Mudodosi, coordonnateur de l’ONG APEM, et ses partenaires, lever ce verrou juridique équivaudrait à un « crime écologique majeur », menaçant le statut de la RDC comme « Pays-Solution ».
La société civile martèle que la troisième condition essentielle du décret présidentiel de 2005 à savoir une programmation géographique nationale des futures concessions, de manière inclusive et participative n’est absolument pas remplie. Selon eux, les projets de cartes qui circulent révèlent des superpositions aberrantes avec des aires protégées, notamment le Parc National de Kahuzi-Biega. « La programmation géographique ne peut se résumer à une carte dessinée à huis clos. Elle doit s’intégrer dans la réforme globale de l’Aménagement du Territoire, en consultant les structures clés comme l’ICCN et les communautés locales », avait declaré Blaise Mudodosi, Coordonnateur de l’APEM Le procès de l’illusion économique Un autre point de fracture majeur réside dans l’apport réel du secteur forestier. Pour la société civile, l’argument financier d’une relance par le bois est un leurre. En 2016, le secteur n’a contribué qu’à hauteur de 0,7 % au budget de l’État. De plus, sur une quarantaine d’entreprises enregistrées, seules huit seraient véritablement opérationnelles et transparentes, sur fond de violations récurrentes des droits humains et d’exploitation illégale massive. La réplique cinglante de la DIAF L’administration forestière congolaise dresse un constat radicalement inverse. Pour Maurice Matanda, le moratoire n’a que trop duré et a perdu son sens initial. Dans son accusé de réception, il affirme sans détour que cette mesure est désormais récupérée par des entités poursuivant des « agendas cachés » visant à éradiquer totalement l’exploitation industrielle légale du bois d’œuvre en RDC. L’argument du manque à gagner financier est brandi par l’administration avec force. Se référant aux résolutions des États Généraux des Forêts de 2024, la DIAF estime que le Trésor public congolais perd chaque année une somme colossale en raison de l’informalité chronique qui caractérise désormais le secteur. 100 000 000 $ USD sont perdus chaque année par l’État congolais à cause du secteur informel, selon les données de l’administration issues des EGF 2024. Le Directeur de la DIAF récuse formellement tout manque de transparence technique. Selon lui, la carte de programmation géographique est le résultat d’une superposition rigoureuse de couches cartographiques visant précisément à éviter toute superposition de concessions. Il accuse par ailleurs les ONG d’avoir « délibérément menti en liant cette programmation géographique à la grande réforme de l’Aménagement du Territoire », rappelant que le décret de 2005 n’évoque nullement ce secteur d’activité. Un choix de souveraineté nationale Pour le gouvernement, la levée encadrée du moratoire représente un choix de responsabilité. Elle permettrait d’aligner le pays sur ses engagements internationaux, notamment l’accord APV-FLEGT signé avec l’Union européenne, garantissant une traçabilité totale grâce au déploiement du nouveau système TRABOIS. Considérant l’opposition de la société civile comme une tentative « d’induire l’autorité en erreur », Maurice Matanda a conclu sa lettre par une injonction d’une rare sévérité administrative, demandant à Blaise Mudodosi de « prendre son courage » et de présenter ses excuses à la Première Ministre, tout en laissant le processus de levée suivre son cours. La bataille pour le contrôle du deuxième poumon vert de la planète ne fait que commencer. Alfredo Prince NTUMBA













