
L’Initiative pour le Développement Local et Intégré (ILDI) a organisé, du 22 au 23 septembre 2026, à Kinshasa, une table ronde et un dialogue multi-acteurs axés sur la fiscalité du tabac, le financement durable du système de santé publique et l’intégration du genre dans la lutte antitabac en République démocratique du Congo (RDC).
L’objectif principal de ces assises était de pallier la baisse des financements extérieurs en mobilisant des ressources domestiques innovantes à travers les taxes sur le tabac, tout en positionnant les femmes au cœur du leadership et des politiques de santé. À l’issue de ces deux jours de travaux en groupes thématiques, les participants ont élaboré des feuilles de route assorties de plans de plaidoyer stratégiques.
Ces outils visent à accroître l’allocation des recettes fiscales tirées du tabac au budget de la santé ; renforcer les capacités de la société civile dans son rôle de plaidoyer ; et promouvoir une participation active et décisionnelle des femmes dans la formulation des politiques fiscales et de santé.
Dans un contexte africain marqué par une réduction drastique de l’aide internationale pour le secteur de la santé, la RDC cherche des solutions pérennes. Conformément aux recommandations de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), cette table ronde a rassemblé un éventail représentatif de la société congolaise : institutions de la République, ministères sectoriels, organisations de la société civile, associations féminines, monde universitaire et partenaires au développement.
« Le tabac cause 8 millions de décès chaque année. Il faudrait que la RDC puisse disposer de financements innovants internes pour financer son système de santé au lieu de dépendre de partenaires extérieurs. Il a fallu également réfléchir à la manière de promouvoir la femme pour qu’elle prenne le leadership dans l’orientation des différentes politiques liées à la lutte contre le tabagisme, l’alcool, les boissons sucrées et tous les produits responsables de maladies non transmissibles comme l’obésité, qui pèsent lourdement sur les finances des ménages et le tissu économique national », a déclaré Godefroid Mboyo, Chargé de Programmes à ILDI.
La dimension du genre a constitué l’un des piliers des travaux. Si la femme et l’enfant subissent de plein fouet le tabagisme passif et le manque d’information au sein des foyers, le panel de femmes a, à l’unanimité, appelé à un changement de paradigme.
La Chargée de la promotion de la santé/MNT à l’OMS, Renée Nsamba, a déploré le contexte dans lequel la femme enceinte subit la fumée du conjoint sans pouvoir s’exprimer, ou encore la crédulité poussant les enfants à acheter des cigarettes pour leurs parents par ignorance.
Mounha Ndofula, Chef de Division Prévention, Formation et Partenariat au Programme National de Lutte Contre le Tabac (PNLCT), a affirmé qu’on ne peut plus continuer à parler de protéger la femme sans lui donner les atouts nécessaires pour être actrice de la lutte antitabac à tous les niveaux.

La Présidente du Conseil d’Administration d’ILDI a, pour sa part, ajouté que la femme a dépassé l’étape de la plainte. « Elle doit se positionner comme une actrice majeure du changement en développant un leadership politique et un activisme communautaire pour accéder aux instances de décision. Mais, pour y parvenir, elle doit accepter d’apprendre, car on n’accède pas au sommet sans connaissances », a martelé Suzanne Linyonga.
Lutter efficacement implique d’influencer les politiques fiscales internes
Lors des échanges, toutes les parties prenantes ont été unanimes sur la mise en place de mécanismes clairs visant à réorienter directement les recettes fiscales du tabac vers le secteur de la santé et la couverture sanitaire universelle, mais aussi sur l’action régulatrice de la douane pour remporter cette bataille.
« Le budget du pouvoir central demeure la source première du financement domestique de la santé, intégrant les allocations de fonctionnement et d’investissement destinées au ministère de la Santé ainsi que les crédits transférés aux provinces », a indiqué Lewis Mulamba, Chef de Bureau au Ministère du Budget.
Quant à la régulation douanière, Pascal Wamenya, représentant le Directeur général de la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA), a insisté sur l’action régulatrice, essentiellement axée sur le dédouanement, l’importation et la fiscalité. Il a souligné que l’augmentation du prix des produits du tabac par la taxation constitue le levier le plus efficace pour décourager la consommation.
Une lutte qui engage plusieurs secteurs pour des résultats probants. Au cours de ces travaux, des prix de reconnaissance ont été décernés aux différents acteurs engagés afin de saluer leur contribution à la lutte antitabac en RDC.
Sarah MANGAZA














