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Enquête sur le cobalt en RDC, entre boom technologique et crise sanitaire à Tenke Fungurume.

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Alors que la demande mondiale de cobalt explose pour alimenter la transition énergétique, une enquête de l’Environmental Investigation Agency (EIA) dénonce les conséquences sanitaires et sociales dramatiques de l’expansion de la mine de Tenke Fungurume. De son côté, l’entreprise rejette tout lien de causalité avec ses activités.

Le cobalt, métal indispensable aux batteries de nos véhicules électriques, est au cœur d’une bataille médiatique et éthique. Un rapport publié par l’EIA en mars 2026, intitulé « Une transition toxique », pointe du doigt le groupe chinois CMOC, devenu le plus grand producteur mondial de cobalt via sa filiale Tenke Fungurume Mining (TFM) en République démocratique du Congo.

Des témoignages de santé alarmants

L’enquête de l’EIA, menée sur plus de trois ans, révèle une grave crise de santé publique à proximité de l’usine de traitement dite « 30k ». L’analyse de plus de 1 200 dossiers médicaux montre une augmentation critique des cas de toux sanglantes, de pneumonies et de bronchites chez les résidents de Manomapia, un quartier situé à quelques centaines de mètres des installations minières.

Des mesures indépendantes de la qualité de l’air effectuées entre fin 2024 et début 2025 ont révélé des taux de dioxyde de soufre (SO2), un gaz toxique issu du traitement du minerai, largement supérieurs aux normes internationales. Des employés de TFM, s’exprimant sous couvert d’anonymat, ont confié que des rejets de gaz étaient régulièrement effectués et que les machines n’étaient pas arrêtées lors des alertes pour ne pas freiner la production.

TFM défend son bilan et sa conformité

Face à ces accusations, la direction de Tenke Fungurume Mining a réagi officiellement. L’entreprise affirme être en totale conformité avec les lois congolaises et disposer de systèmes de gestion certifiés ISO 14001 et ISO 45001.

Dans sa réponse, TFM souligne que ses propres données de surveillance entre fin 2024 et début 2025 indiquent que les concentrations de SO2 restent dans les limites réglementaires. Peng Bin, responsable ESG de TFM, assure que les allégations liant l’expansion de la mine aux problèmes de santé des populations « ne sont pas étayées par les données et les évaluations dont dispose TFM ». L’entreprise rappelle également sa politique de « Stop Work Authority » (SWA), qui oblige tout personnel à interrompre un travail jugé dangereux.

Des déplacements de populations contestés

Le rapport de l’EIA dénonce également les conditions de relocalisation de plus de 12 000 personnes depuis 2022. Selon les enquêteurs, TFM n’aurait pas fourni de logements de remplacement, se contentant de compensations financières jugées dérisoires par les déplacés.

TFM conteste cette version, expliquant que les indemnisations sont basées sur des études de marché annuelles approuvées par une commission spéciale et que le processus est supervisé de manière transparente par des comités multi-parties prenantes.

La responsabilité des constructeurs automobiles

L’hydroxyde de cobalt produit à TFM alimente les chaînes de production de géants tels que BMW, Mercedes-Benz, Stellantis (Peugeot) et Volkswagen. Si Mercedes-Benz affirme avoir entamé un dialogue avec TFM sans identifier de manquements, Stellantis a admis que des auditeurs indépendants avaient bien identifié des rapports faisant état de maladies graves dans la région.

L’EIA appelle désormais le gouvernement congolais à enquêter sur ces violations présumées et demande aux constructeurs automobiles de suspendre leurs achats tant que la sécurité environnementale de l’usine n’est pas garantie de manière indépendante.

Alfredo Prince NTUMBA

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