
Face aux récentes allégations de l’Agence d’investigation environnementale (EIA), le géant minier Tenke Fungurume Mining (TFM) sort du silence. Dans une déclaration officielle publiée ce 18 mars 2026, l’entreprise dénonce des « inexactitudes factuelles » et des failles méthodologiques majeures dans le rapport de l’ONG.
Le climat se tend entre les observateurs environnementaux et les opérateurs miniers dans le Lualaba. TFM a vivement réagi au rapport de l’EIA publié le 9 mars dernier concernant les performances environnementales de son usine de traitement « 30K ». L’entreprise affirme que ses propres données, ainsi que celles de laboratoires indépendants, contredisent les conclusions alarmistes de l’organisation.
« La position de TFM et les faits sur lesquels elle s’appuie n’ont pas été repris avec exactitude ni dans leur intégralité dans le rapport et les articles qui ont suivi, et la diffusion d’informations erronées et non vérifiées a porté atteinte à la réputation de l’entreprise », précise le communiqué.
Une surveillance « active et passive »
L’un des principaux points de friction concerne le système de surveillance de la qualité de l’air. Alors que l’EIA accuse TFM de se contenter d’une surveillance passive, la direction de la mine rectifie : elle exploite un double système de surveillance, à la fois quotidien (actif) et mensuel (passif).
« Contrairement à ce qu’affirme I’EIA, selon laquelle seule une surveillance passive aurait été mise en place. Ce point a été clairement exposé dans la réponse écrite de TFM adressée à T’EIA le 10 février 2026, et nous regrettons qu’il n’ait pas été repris dans le rapport publié. Toutes les données recueillies entre fin 2024 et début 2025 ont confirmé que les concentrations de SO2 sont restées dans les limites réglementaires de la République démocratique du Congo et conformes aux lignes directrices EHS de la SFI », précise l’entreprise.
Selon TFM, les concentrations de dioxyde de soufre (SO2) sont restées conformes aux normes de la République démocratique du Congo et aux directives de SFI durant toute la période 2024-2025. Un incident mineur lors de la mise en service fin 2023 aurait été immédiatement corrigé et documenté de manière transparente.
L’entreprise se dit prendre très au sérieux les préoccupations relatives à la santé des communautés environnantes et estime que ces questions doivent être traitées sur la base de données vérifiées et d’une évaluation rigoureuse. « Il existe une incohérence manifeste dans la chronologie des faits : l’EIA attribue certains impacts sur la santé à l’année 2022, alors que l’usine 30K n’a commencé à fonctionner qu’à partir du 30 août 2023. Les événements antérieurs à la mise en service de l’usine ne peuvent raisonnablement être attribués à ses activités ».
Des critiques sévères sur la méthodologie de l’EIA
TFM ne se contente pas dénoncer ; elle attaque la rigueur scientifique de l’enquête menée par l’EIA. Dans une annexe technique détaillée, le minier pointe du bois plusieurs lacunes :
- Équipement inadéquat : L’EIA aurait utilisé des capteurs optiques de faible précision, dépourvus de certification métrologique.
- Installation défectueuse : Certains instruments auraient été suspendus à des branches d’arbres, empêchant un flux d’air conforme aux standards internationaux (US EPA).
- Incohérences chronologiques : TFM souligne que l’EIA attribue à l’usine des impacts sanitaires datant de 2022, alors que l’installation n’est entrée en service qu’en août 2023.
« L’analyse des impacts sur la santé présentée par l’EIA soulève plusieurs problèmes fondamentaux en termes de méthodologie », peut-on lire dans le communiqué.
Santé publique et relocalisation
Sur le plan humain, TFM affirme qu’aucun lien de causalité n’a été établi entre ses activités et les problèmes de santé (notamment les fausses couches ou anomalies congénitales) évoqués par l’ONG. Elle rappelle que les registres de sécurité des travailleurs pour 2024 et 2025 ne mentionnent aucun incident lié à des alertes au SO2.
Concernant le dossier sensible de la relocalisation de Manomapia, l’entreprise précise que le processus a été supervisé par un comité multipartite incluant des membres de la communauté, des ONG et le gouvernement provincial, le tout conformément aux normes de performance de la SFI.
Une volonté de dialogue sous condition
Tout en se disant ouverte au dialogue avec les autorités et les communautés, TFM prévient qu’elle se réserve le droit de prendre des mesures appropriées pour défendre sa réputation face à ce qu’elle qualifie d’« informations erronées et non vérifiées ». Certifiée par le programme Copper Mark, l’entreprise réitère son engagement envers une exploitation minière responsable en RDC.
Alfredo Prince NTUMBA










