
Un siècle de résilience, de sacrifices, mais surtout de vision d’avenir. C’est le message fort porté par la République Démocratique du Congo ce lundi, au prestigieux Jardin botanique de Meise à Bruxelles, lors de la célébration officielle des 100 ans du Parc National des Virunga. Devant un parterre de dignitaires, incluant la famille royale belge et les représentants de l’Union européenne, Kinshasa a brandi son modèle de « conservation génératrice de richesses » et dévoilé les ambitions titanesques de son mégaprojet : le Couloir Vert Kinshasa-Kivu.
C’est une Ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du Climat déterminée qui est montée à la tribune. Portant la voix du Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, et de la Première Ministre, Judith Suminwa Tuluka, elle a d’emblée tenu à saluer le partenariat historique qui lie la RDC, le Royaume de Belgique et l’Union Européenne dans ce combat planétaire pour le climat.
« Depuis 1925, le Parc National des Virunga a été jalousement gardé, protégé avec constance et courage », a rappelé la Ministre, rendant un hommage implicite aux centaines de garde-parcs (éco-gardes) qui ont payé de leur vie la défense de ce patrimoine mondial de l’UNESCO.
Le « Modèle Virunga » : Quand la biodiversité crée de l’emploi
Ce centenaire ne se résume pas à une simple commémoration nostalgique. C’est le pivot d’un changement de paradigme. Longtemps critiquée pour avoir été exclusive, la conservation en RDC se veut désormais inclusive. L’expérience des Virunga prouve que protéger la nature n’est plus un frein au développement, mais son principal carburant.
Grâce à des initiatives agro-industrielles et énergétiques concrètes, le parc est devenu le premier employeur de la région. Virunga Énergie pour l’électrification rurale et le développement de petites industries, Virunga Chocolate & Virunga Enzymes pour la valorisation locale des matières premières et enfin, Virunga Grameen pour l’accès au microcrédit des populations riveraines.
Ce tissu économique a permis de transformer la protection des écosystèmes en une barrière contre la pauvreté, générant des milliers d’emplois durables, spécifiquement pour les femmes et les jeunes désœuvrés, autrefois proies faciles pour les groupes armés.
Le Couloir Vert Kinshasa-Kivu : 540 000 km² de transition écologique
Mais la grande annonce de cette grand-messe bruxelloise reste l’accélération du projet Couloir Vert Kinshasa-Kivu. Présents dans la salle, le Conseiller Spécial du Chef de l’État chargé de ce dossier et le Directeur Général de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) ont affiché une unité stratégique parfaite.
Ce projet titanesque ne se limite plus à une intention sur papier. Il s’étend désormais sur un tracé linéaire de 2 600 kilomètres et englobe une superficie vertigineuse de 540 000 km². L’objectif, connecter les blocs forestiers, restaurer les paysages dégradés et sanctuariser le capital naturel congolais tout au long de cet axe vital.
Sous l’impulsion de la Présidence de la République, ce couloir incarne la « vision continentale » de la RDC : s’imposer définitivement comme le pays-solution face à la crise climatique mondiale, tout en négociant au prix fort la valeur économique de ses services écosystémiques.
Alors que le Parc des Virunga entame son second siècle d’existence sous des menaces sécuritaires persistantes à l’Est du pays, Kinshasa a envoyé un signal clair depuis Bruxelles : la nature congolaise n’est plus à vendre, elle est à valoriser.
Alfredo Prince NTUMBA














