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Face à une justice climatique bafouée, la RDC Pays-Solution est-elle tombée dans son propre piège?

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Le rôle de la République démocratique du Congo (RDC) dans l’équation climatique mondiale est incontestable. Abritant la majeure partie du Bassin du Congo, le deuxième poumon vert de la planète, ses vastes forêts absorbent des quantités massives de carbone, offrant un service écologique inestimable à l’humanité. Cependant, cette position de « sauveur climatique » vient avec son lot de dilemmes internes.

La mise en œuvre des politiques de conservation, qu’il s’agisse de programmes REDD+ (Réduction des Émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts) ou de la création de zones protégées, implique souvent des restrictions sévères sur l’utilisation des terres. Pour les communautés locales et les peuples autochtones, dont la subsistance dépend directement de ces écosystèmes (agriculture itinérante, chasse, cueillette), ces mesures se traduisent par une perte d’accès à leurs ressources ancestrales. Le coût n’est pas monétaire ; il est social, culturel et économique, se manifestant par une insécurité alimentaire accrue et une érosion des modes de vie traditionnels. Le prix à payer pour l’air que nous respirons tous est, pour eux, un fardeau quotidien.

Le mythe des « solutions vertes » occulte également une réalité financière. Les fonds internationaux promis pour l’action climatique arrivent souvent au compte-gouttes, sont soumis à des conditions complexes et sont parfois mal alignés sur les priorités nationales. La RDC est parfois contrainte de mobiliser ses propres ressources, déjà limitées, pour combler le fossé entre les engagements et les moyens disponibles.

Ce détournement de ressources a un impact direct sur d’autres secteurs vitaux : l’éducation, la santé, les infrastructures. Chaque dollar consacré à la protection des forêts est un dollar qui n’est pas investi dans un hôpital ou une école.

Le « coût réel » des solutions climatiques de la RDC est donc l’opportunité manquée de développement humain et socio-économique rapide. L’aide internationale, souvent encadrée par une approche de conditionnalité stricte, ne compense pas l’effort national, mais le complique, créant une dépendance qui entrave la souveraineté de la nation sur ses propres choix de développement.

Au-delà des chiffres : L’érosion de la souveraineté et de l’équité

L’afflux de financements climatiques, même partiel, peut exacerber les problèmes de corruption et de mauvaise gestion. Les projets manquent parfois de transparence et la consultation des communautés locales est souvent symbolique plutôt que significative. Le risque est que les solutions climatiques ne fassent qu’ajouter une couche de complexité et de vulnérabilité aux populations qu’elles sont censées aider.

En conclusion, la RDC est sans aucun doute un « pays-solution », mais il est temps de reconnaître l’intégralité de son sacrifice. L’héroïsme ne devrait pas être synonyme de pauvreté ou de dépossession. La communauté internationale se doit d’aller au-delà des éloges pour offrir une justice climatique concrète. Cela renvoi à des financements adéquats, inconditionnels et alignés sur les besoins réels de développement, ainsi qu’un respect total de la souveraineté et des droits fonciers des communautés. Tant que ce véritable coût ne sera pas pris en charge collectivement, le succès climatique de la RDC restera une réussite amère, payée au prix fort par ses propres citoyens.

Ainsi, nous recevrons des experts congolais sur le plateau de l’Invité du weekend pour réfléchir davantage sur ce sujet.

Alfredo Prince NTUMBA

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