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Le cycle d’occurrence très court de ces événements exceptionnels rend difficile les prévisions sur le plan hydrologique « Raphaël Tshimanga »

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La situation de montée exceptionnelle des eaux du Fleuve Congo reste très préoccupante au regard des inondations enregistrées le long de ce premier fleuve d’Afrique. Dans un communiqué publié ce jeudi 28 décembre, la Régie des voies fluviales (RVF) avait alerté sur les risques de perte en vies humaines et autres dégâts collatéraux qui pourraient découler de cette situation qui ne cesse de s’empirer. Pour l’hydrologue congolais, et professeur des universités, Raphael Tshimanga, le cycle d’occurrence très court, environ deux ans d’intervalle, rend difficile les prévisions sur le plan hydrologique.

Interrogé par Environews RDC sur cette situation, ce scientifique a tout de suite pointé du doigt, les effets néfastes des changements climatiques. Il est temps d’attirer l’attention des décideurs sur les crues exceptionnelles répétitives observées actuellement dans la sous-région, avec un cycle très court d’environ deux ans, soit 2015, 2019, 2021 et 2023.

« Puisqu’il s’agit incontestablement des effets du changement climatique, il est important de recourir aux modèles climatiques qui intègrent les scénarios de changement climatique pour la prévision.  Il y a lieu de développer des modèles climatiques propres à notre région au lieu de recourir toujours aux modèles de circulation générale. Pour cela, nous avons tout intérêt à améliorer le réseau de collecte des données hydro climatiques pour mettre en place un bon système de prévision et d’alerte précoce », a-t-il indiqué.

A l’en croire, cette situation bien qu’accentuée par les effets du changement climatique, était tout de même prévisible au regard de l’occupation des zones tampons qui en principe jouent un rôle important dans la régulation des eaux du fleuve Congo.  Ces lits majeurs sont en train de subir actuellement une profonde dégradation ou modification due à la sédimentation, mais aussi et surtout aux travaux de construction d’envergure du côté de Kinshasa et de Brazzaville. Des travaux entrepris au mépris des normes hydrologiques avec un grand impact sur l’hydraulicité du fleuve Congo.

« Les pistes de solution à court terme pour la ville de Kinshasa et aussi celle de Brazzaville consistent à favoriser le rôle des zones tampons pour l’atténuation des inondations, donc réhabiliter les lits majeurs du Pool Malebo qui reçoit actuellement un volume d’eau de plus de 70000 m3/s », a-t-il proposé.

L’eau est une ressource stratégique qui nécessite une bonne politique pour en assurer la meilleure gestion. La situation de crues du Fleuve Congo relance le débat sur la capitalisation de cette ressource. Si pour certains scientifiques, il est hors de question d’exporter et commercialiser les eaux douces du fleuve Congo vers les pays qui en ont besoin, les autres n’y voient cependant aucun inconvénient.

« Je pense qu’il est temps de changer de paradigmes au regard de la gestion de nos ressources en eau abondantes, qui devraient nous apporter un gain économique conséquent. Il y a lieu de comprendre que les crues font partie du régime hydrologique normal, surtout pour les grands fleuves tels que celui du Congo. Les crues exceptionnelles observées actuellement dans le bassin du Congo peuvent constituer une aubaine pour rentabiliser les services des ressources en eau en termes d’agriculture irriguée, aquaculture, hydroélectricité, navigation, maintien de la biodiversité aquatique et commercialisation internationale de l’eau », a précisé Raphael Tshimanga.

Par ailleurs, la République démocratique du Congo reste confrontée au manque criant d’instruments de gestion pour permettre d’anticiper les inondations. A ce jour, le pays ne dispose d’aucune politique de gestion de ressources en eau. Outre cette faiblesse qui se compte parmi tant d’autres, la RDC devrait déjà penser à monitorer les conséquences de ces crues répétitives, les documenter et les chiffrer afin de les aligner dans la perspective du nouveau fonds sur les pertes et dommages lancé à Dubaï, lors de la COP28. Cela pourrait favoriser un développement résilient au changement climatique du pays.

Alfredo Prince NTUMBA

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