
Alors que les délégués du monde entier sont réunis au siège de la FAO depuis le 16 février 2026, la sixième réunion de l’Organe subsidiaire chargé de l’application (SBI-6) de la Convention sur la diversité biologique (CDB) marque un tournant décisif. Entre espoirs de financement et retards dans les stratégies nationales, l’heure est à la vérité pour le Cadre mondial de Kunming-Montréal.
Le temps presse
À quatre ans de l’échéance de 2030, la communauté internationale s’est donné rendez-vous en Italie pour évaluer si les promesses de « vivre en harmonie avec la nature » se traduisent enfin par des actes. Cette session de la SBI-6 est historique : elle pose les jalons du tout premier bilan mondial de la biodiversité, un mécanisme d’examen destiné à mesurer les progrès collectifs sous le Cadre mondial de la biodiversité (KMGBF).
L’analyse présentée par le Secrétariat de la CDB dès l’ouverture des travaux est sans appel. Si plus de 130 pays ont soumis des cibles nationales, seule une cinquantaine ont déposé leurs Stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB) complets.
« Nous voyons une volonté politique, mais l’ambition sur le papier doit encore être alignée avec les 23 cibles mondiales », a souligné un délégué africain en marge des sessions.
Les discussions ont révélé des lacunes persistantes, notamment dans l’intégration du genre. Moins d’un quart des pays impliquent réellement les organisations de femmes dans leurs politiques de conservation, malgré l’adoption d’un Plan d’action dédié en 2022.
Le nerf de la guerre, le financement et la dette
Comme souvent dans les négociations environnementales, la question financière cristallise les tensions. Les pays en développement ont fermement rappelé que la mise en œuvre de la Convention est indissociable de la viabilité de la dette. Pour beaucoup, le poids des remboursements financiers étouffe toute capacité d’investissement dans la restauration des écosystèmes.
Le financement actuel de la biodiversité, estimé entre 124 et 143 milliards de dollars, reste bien loin des 700 milliards de dollars annuels nécessaires pour combler le déficit mondial. À Rome, les experts planchent sur le 9ème cycle de reconstitution du Fonds pour l’Environnement Mondial (GEF-9), espérant débloquer les ressources cruciales pour le Sud global.
Cap sur l’Arménie et la COP 17
Les recommandations issues de cette semaine de travail à Rome seront portées à la COP 17, prévue en Arménie en octobre prochain. L’enjeu est de taille : transformer la SBI-6 en un véritable moteur d’accélération pour éviter que le Cadre de Kunming-Montréal ne subisse le même sort que les objectifs d’Aichi, restés largement non atteints.
Alors que les négociations se poursuivent jusqu’au 19 février, le message de la société civile est clair : la nature n’attend pas les procédures administratives.
Alfredo Prince NTUMBA










