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« Une transition toxique », quand l’exploitation minière asphyxie les riverains en RDC

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« Faut-il qu’une communauté perde sa vie pour des véhicules électriques et des batteries ? Faut-il de l’énergie propre en employant des mécanismes sales qui empoisonnent des populations ? ». C’est par ce questionnement que la chargée des programmes de l’ONGD PREMI-Congo (Protection de la Région de Miombo au Congo), a présenté ce vendredi 17 avril 2026, à la presse kinoise, le rapport de l’étude intitulé « Une transition toxique ».

Ce rapport est basé sur les résultats du monitoring sur l’exploitation minière dans les provinces du Haut Katanga et du Lualaba, en se basant sur les faits macabres du village Manomapia, où la pollution d’une nouvelle usine Tenke Fungurume Minining (TFM) a été signalée, dans la contrée de Fungurume, province du Lualaba.

« Nous ne pouvons pas évaluer le coût de la vie. C’est inestimable. Il y a des morts, puis des vivants avec des maladies graves. Tout est difficile pour ces populations. Elles ne savent plus utiliser les cours d’eau car polluées ; ni arroser les champs. Pourtant, elles ne vivent que de l’agriculture de subsistance. En plus, tous les légumes fournis dans cette province en provenance de Fungurume sont contaminés. » S’est inquiété le coordonnateur de PREMI CONGO, Christian Bwenda.

Il a précisé que ce monitoring a été fait en collaboration avec des experts de l’Université de Lubumbashi (UNILU), suite à une crise sanitaire déclarée dans le village de Manomapia, où la nouvelle usine de TFM baptisée 30K a été construite. Ces experts ont prélevé l’air en Septembre 2024 et janvier 2025 et ont prouvé que le niveau de toxicité dépasse largement le seuil recommandé par l’OMS car l’usine est censée produire 3 000 tonnes de Cuivre par jour. Pourtant l’usine a affirmé avoir stoppé le SO2 en 2024.

Une transition écologique à quel prix ?

Alors que la course mondiale vers la transition énergétique s’accélère, la demande des minerais critiques atteint des sommets vertigineux. Derrière la promesse d’une planète plus propre se cache une réalité plus sombre pour les communautés locales. Sous un ciel de plomb saturé de particules fines, les riverains des zones minières paient au prix fort la « croissance verte » des métropoles.

« Selon des sources internes à l’usine, l’utilisation des machines au-delà du seuil recommandé est à la base de cette pollution car 3 000 tonnes doivent être produites par jour. Il y a même des endroits de l’usine fréquentés uniquement par les congolais. Par conséquent, les travailleurs voient souvent leurs collègues s’évanouir. » A martelé la Chargée des programmes à PREMI Congo, Patricia Kashala.

PREMI Congo a également associé quelques centres de santé et des communautés dans sa démarche. Il s’est avéré que 1 200 cas de maladies ont été caractérisés par des suffocations, malformations congénitales, difficultés respiratoires, irritations cutanées, évanouissements et saignements de nez, surtout chez les enfants. Ce qui a poussé cette ONGD à conclure que cette crise sanitaire est due aux émissions de soufre de l’usine 30k.

En plus, l’entreprise ne communique pas sur son étude d’impact environnemental. « La loi dit que l’étude d’impact doit être mise sur le site de l’entreprise et le site du ministère des Mines. Aucune trace de cette étude de 30K. Donc, l’entreprise ne respecte ni la loi, ni le code minier. Sur ce, nous avons entamé des démarches pour lui bloquer la certification. » A précisé Christian Buenda.

Partager les responsabilités pour des solutions durables

A en croire PREMI CONGO, TFM a fait un effort de prendre en charge les Communautés en délocalisant moyennant des enveloppes. Une attitude qui prouve que l’usine est consciente des faits lui reprochés. Cependant, ces communautés affirment que les soins de santé ne sont pas à la hauteur de maux infligés et les enveloppes insuffisantes pour démarrer une nouvelle vie.

« Les indemnisations sont prévues par le code minier. Une riveraine a confié avoir reçu 6000 dollars pourtant elle vivait dans une maison à 3 pièces qui a été cassée et elle vit maintenant en location. D’autres familles affirment avoir perdu les leur faute de prise en charge adéquate. » A indiqué Patricia Kashala.

Une violation grave des droits humains qui devrait pousser l’Etat à établir les responsabilités sociétales de l’entreprise. « C’est un combat que nous ne pouvons mener seuls car nous sommes face à un géant. Nous avons mis du temps à publier ce rapport pour être sûrs que nous avons récolté assez d’éléments. » A indiqué la chargée des programmes à PREMI CONGO.

Selon elle, le Ministère des Mines a décidé d’envoyer une commission ad hoc qui va enquêter. Ils espèrent donc que cette commission apporte ce qu’il faut car il s’agit d’un géant multinational. « La gestion du secteur industrielle minier dépend du niveau national. Il doit normalement avoir des inspections mixtes entre la Direction de protection de l’environnement minier et l’Agence congolaise de l’Environnement. Les inspections ne se font jamais parce que l’ordre de mission doit provenir de Kinshasa. » S’est inquiété le Coordonnateur de PREMI CONGO.

Une interpellation au Gouvernement. « Nous souhaitons que le gouvernement agisse. Il doit jouer son rôle afin de veiller à ce que ces géants n’achètent pas des certifications.» A-t-il martelé. « L’Etat devrait se montrer un peu plus ferme pour protéger le peuple. » A ajouté le PCA du Réseau National des Observateurs Indépendants des ressources Naturelles en RDC (RENOI-RDC) RENOI, Jr Bowela Banatoli.

A l’en croire, cette réalité expose les communautés locales et les peuples autochtones à des violations des droits humains, à la dégradation de leur environnement et leur santé. « Il y a des petites ONG qui ont osés et ont eu gain de cause. On va chercher d’autres partenaires pour appuyer ce processus de plainte contre les sociétés qui violent les principes environnementaux et les droits humains. » A-t-il conclu.

Sarah MANGAZA

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