
La dix-septième session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD COP 17) a traversé mercredi 26 août 2026, une journée d’une intensité rare, oscillant entre blocages institutionnels majeurs et plaidoyers passionnés en faveur des communautés pastorales. Alors que les négociations ont été suspendues en matinée sous le coup de vives divergences politiques, le Dialogue Ministériel et le Caucus des Femmes replacent la gestion durable des terres au cœur des débats.
Dès les premières heures de la matinée, un groupe de Parties a provoqué la surprise générale en demandant la suspension pure et simple de l’ensemble des groupes de contact (CRIC, CST et COW). Un mouvement qualifié par plusieurs diplomates de « sans précédent », traduisant l’exacerbation des tensions autour des lignes rouges nationales et de l’adoption de l’ordre du jour. Les négociations n’ont pu reprendre qu’après la pause déjeuner, à la suite de consultations informelles d’urgence menées sous l’égide de la Présidence de la COP.
Le pastoralisme au cœur des priorités
En marge de ces frictions en coulisses, la « Journée de la Terre » s’est ouverte sur un Dialogue Ministériel de haut niveau consacré à la restauration des parcours naturels et au bien-être des pasteurs. La Présidente de la COP 17, Batmunkh Battsetseg, a souligné que l’Année internationale des parcours et des pasteurs constitue une opportunité historique d’inscrire la gestion durable des terres au sommet de l’agenda international.
Inger Andersen, Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), a insisté sur le rôle vital des pâturages pour la sécurité alimentaire, la préservation de la biodiversité et la résilience climatique. Elle a exhorté les gouvernements à promouvoir un pastoralisme bien gouverné et à réorienter les flux financiers vers la gestion durable et la résilience. De son côté, Beth Bechdol, Directrice générale adjointe de la FAO, a appelé à une planification proactive de l’utilisation des terres et au renforcement des opportunités économiques des pasteurs.
« Les communautés pastorales ne sont pas les habitantes de terres marginales, mais les véritables gardiennes de notre capital naturel », précise la déclaration commune des délégations du Lesotho et du Soudan.
Au cours des interventions, des nations aux réalités diverses ont fait entendre leur voix. La Mongolie a insisté sur l’alliance nécessaire entre savoirs traditionnels et technologies modernes. Le Niger, la Mauritanie et le Bangladesh ont axé leurs discours sur la consolidation des chaînes de valeur de l’élevage, tandis que la France a mis en avant ses labels d’excellence pour valoriser les filières viande, lait et laine afin de freiner l’exode rural. La Chine, quant à elle, a plaidé pour des subventions directes et l’innovation technologique au service des pasteurs.
L’après-midi a été marquée par une session très attendue du Caucus des Femmes, présidée par Tarja Halonen, ancienne Présidente de la Finlande. L’accent a été mis sur le rôle fondamental des femmes pastoralistes en tant que gestionnaires clés des écosystèmes.
La Présidente Battsetseg a rappelé que l’intégration du genre doit demeurer transversale dans toutes les initiatives de restauration des terres. Ana Paula Chantre Luna de Carvalho Pereira, Ministre de l’Environnement de l’Angola, a martelé que les femmes ne doivent plus être perçues uniquement comme des victimes, mais comme des actrices centrales de décision et de solutions.
Les deux tables rondes successives ont mis en lumière la Déclaration de Katmandou, issue d’un processus mondial dirigé par des femmes, servant de feuille de route pour maintenir les pâturages vivants. Les intervenantes ont exigé des guichets de financement directs pour les femmes autochtones et le respect des droits fonciers. La société civile a toutefois exprimé de vives inquiétudes face à la baisse du budget de l’UNCCD alloué au genre.
Des négociations techniques sous tension
En séance plénière, l’ordre du jour concernant le Groupe de travail intergouvernemental sur le futur cadre stratégique (IWG-FSF), jusqu’alors bloqué, a enfin pu être renvoyé à la Grande Commission (COW).
Cependant, dans les salles de négociation, les progrès restent laborieux :
- Grande Commission (COW) : Les débats sur le foncier se sont heurtés à la question de la désagrégation des données (par sexe, âge, race ou ethnicité) et au respect des législations nationales. Concernant l’engagement du secteur privé, les délégués ont convenu de supprimer la mention des coûts et pertes associés à la dégradation des terres.
- Comité d’examen (CRIC) : L’inclusion d’un segment spécial sur le genre dans le programme de travail de la CRIC 25 suscite encore de vives réserves chez certaines Parties.
- Comité de la science et de la technologie (CST) : La forme de présentation des travaux de l’interface science-politique (rapport de synthèse contre document d’information) fait l’objet de tractations serrées.
« C’est une COP sans précédent ! », s’exclamait un délégué stupéfait par la suspension matinale. Malgré les incertitudes, les négociations informelles se multiplient en coulisses dans l’espoir de débloquer les clauses les plus controversées avant la clôture des travaux.
Afredo Prince NTUMBA














