
Un vade-mecum décennal (2016–2025) fondé sur les données de Global Forest Watch et de l’Atlas Forestier Interactif révèle une déforestation critique en République Démocratique du Congo. Entre agriculture itinérante sur brûlis, pression démographique et gouvernance précaire, le document propose une autopsie d’un désastre écologique mondial.
Le deuxième poumon vert de la planète étouffe sous les coups de hache et les feux de brousse. Entre 2016 et 2025, la République Démocratique du Congo (RDC) a perdu un total vertigineux de 13 212 770 hectares de couvert arboré. Chaque année, c’est l’équivalent de plus de 1,3 million d’hectares de végétation qui s’évanouissent, entraînant avec eux un patrimoine biodiversifié unique et une réserve de carbone cruciale pour la régulation du climat mondial.
Selon le très documenté Vade-mecum sur la perte du couvert arboré en RDC, élaboré grâce aux outils de géospatio-surveillance de référence Global Forest Watch (GFW) et de l’Atlas Forestier Interactif (développé par la DIAF/MEDD-NEC avec l’appui du World Resources Institute), le phénomène s’est stabilisé à un niveau structurellement critique.
Une décennie au-dessus du million d’hectares annuels
La RDC a franchi le seuil dramatique du million d’hectares perdus chaque année dès 2016 (1 381 504 ha). L’année 2017 reste la plus sombre de la décennie, avec un pic absolu de 1 468 188 hectares détruits (soit 0,76 % du couvert total du pays). Même lors des années de léger répit apparent, comme en 2019 ou 2022, les pertes sont restées supérieures au seuil de 1,22 million d’hectares.
Plus inquiétant encore, dans les forêts primaires, ces écosystèmes anciens, denses et irremplaçables, la dégradation s’est accélérée. C’est depuis 2022 que le pays dépasse continuellement le seuil alarmant de 500 000 hectares de forêt primaire vierge perdus annuellement.
Les zones rouges de la déforestation
L’analyse spatiale révèle de profonds déséquilibres régionaux. La province de la Tshopo mène le triste classement des surfaces rasées avec 1 152 099 hectares en dix ans, suivie du Sankuru (935 638 ha) et du Maniema (795 650 ha). Tandis que les provinces de la Mongala (14,5 % perdu), du Kasaï-Central (13,7 %) et du Sud-Ubangi (13,6 %) enregistrent les taux d’érosion forestière les plus violents.
Contrairement aux idées reçues attribuant la déforestation exclusivement aux multinationales du bois ou aux grandes compagnies minières, les données satellitaires désignent un facteur sociodémographique et structurel majeur, l’agriculture itinérante sur brûlis.
« L’agriculture itinérante sur brûlis représente à elle seule 84 % de la déforestation totale en RDC, détruisant plus de 11 millions d’hectares en dix ans », renseigne ce document.
Un des enseignements majeurs du rapport réside dans la localisation juridique des coupes : 85 % de la perte du couvert arboré survient en dehors des zones déjà affectées (soit 11,2 millions d’hectares).
Ces espaces non affectés englobent les terres coutumières non attribuées, les extensions agricoles informelles et les zones périurbaines sans plan d’aménagement. En comparaison, les Aires protégées (31,2 Mha) n’ont perdu que 6 % de leur couvert (852 985 ha), tout comme les Concessions forestières industrielles et de conservation (824 766 ha, soit 6 %).
Pour enrayer cette dynamique, les experts s’accordent sur trois leviers prioritaires : promouvoir des pratiques durables (agroforesterie, fertilisation) permettant d’augmenter la productivité sur les terres déjà dégradées sans défricher de nouvelles forêts ; accélérer l’attribution des Concessions Forestières de Communauté Locale (CFCL) pour impliquer directement les riverains dans la gestion communautaire ; et étendre les mécanismes de suivi géospatial aux zones non attribuées pour prévenir l’occupation anarchique.
Alfredo Prince NTUMBA













