
La République démocratique du Congo s’apprête à franchir une étape décisive dans la mise en œuvre de sa stratégie climatique. Lors d’un atelier national de restitution des activités PSE déployées à la COP30, le gouvernement congolais a réaffirmé son ambition de transformer la préservation des forêts en un levier de développement économique concret pour les populations locales. Cet atelier de deux jours a été lancé ce jeudi 19 mars, par la ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle économie du Climat, Professeure Marie Nyange Ndambo.
Un leadership affermi à la COP30
Dans la foulée de la 30ème Conférence des Parties (COP30) tenue à Belém, au Brésil, la République Démocratique du Congo s’est imposée comme un acteur de premier plan. La ministre de l’Environnement a souligné que le pays est désormais engagé dans la mise en œuvre de la feuille de route « Genève-Belém », visant un déploiement à grande échelle des PSE.
Pour la représentante des bailleurs de fonds à ces assises, « la RDC a démontré un leadership inspirant dans le développement et la mise en œuvre du mécanisme PSE en Afrique Centrale », lors de la COP30. Les résultats obtenus témoignent de l’engagement exemplaire du gouvernement congolais, des communautés locales et des peuples autochtones.
Ce mécanisme, qui repose sur la rémunération des services rendus par la nature, bénéficie d’un élan financier international majeur. Le CAFI (Initiative pour la Forêt de l’Afrique Centrale) a d’ores et déjà annoncé un appel à manifestation d’intérêt régional de 100 millions de dollars américains, dont une part importante est destinée à la RDC.
« Cet engagement financier ouvre une fenêtre d’opportunité majeure pour accélérer le déploiement des PSE à grande échelle dans notre pays », a indiqué la ministre. « Il nous incombe désormais de clarifier les attentes, d’affiner nos critères et de préparer des dossiers solides et transparents ».
Des résultats pilotes porteurs d’espoir
Le passage à l’échelle s’appuiera sur des succès concrets enregistrés sur le terrain. Des projets pilotes, notamment ceux menés par le WWF avec l’appui du CAFI, démontrent la viabilité du modèle. À ce jour, 13 685 hectares de forêts sont sous contrat PSE, impliquant 144 candidatures de communautés locales.
Pour Laurent Nsenga, expert au WWF-RDC, ces résultats changent le paradigme de la conservation : « Les populations ne sont pas un frein à la déforestation, elles ont droit à la vie. Donc, elles font partie de la solution ». Il insiste sur la nécessité de traiter les communautés non plus comme de simples bénéficiaires, mais comme des « partenaires à part entière ».
Cap vers 500 000 hectares protégés
L’ambition nationale pour les cinq prochaines années est colossale. La feuille de route prévoit de mettre près de 500 000 hectares de forêts et de savanes sous contrat PSE, une initiative qui devrait bénéficier directement à environ 300 000 citoyens congolais. Ce déploiement s’articulera autour de programmes innovants tels que « Les Couloirs Verts Kikwit-Kinshasa » et l’initiative « La Forêt c’est Nous ».
Transparence et redevabilité : les mots d’ordre
Pour la ministre de l’Environnement, la réussite de ce passage à l’échelle repose sur trois piliers non négociables : la transparence, la redevabilité et la participation effective des peuples autochtones. « Il nous incombe désormais de clarifier les attentes, d’affiner nos critères et de préparer des dossiers solides », a-t-elle déclaré.
L’atelier de Kinshasa a également permis d’aborder des questions cruciales comme la création du nouveau mécanisme « Tropical Forest Forever Facility » (TFFF) et la réaffirmation de l’Accord de Paris. La durabilité du système PSE en RDC restera toutefois tributaire de défis structurels majeurs : l’amélioration de la gouvernance, l’aménagement du territoire et le renforcement des capacités locales.
En plaçant la communauté au cœur de la finance carbone, la RDC espère non seulement protéger sa biodiversité unique, mais aussi offrir une alternative économique durable à ses populations, prouvant que la forêt peut être une source de richesse sans être détruite.
Alfredo Prince NTUMBA










