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Pollutions dans les zones minières du grand Katanga, la complicité de l’Etat congolais pointée du doigt

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Les communautés de la commune de la Ruashi, située au nord-est de la ville de Lubumbashi, dans le Haut-Katanga (République démocratique du Congo) sombrent dans l’incertitude d’un avenir meilleur pour eux et pour leurs progénitures. Cela, suite à la pollution des entreprises minières dont elles sont victimes depuis plusieurs années, sous le regard impuissant de l’autorité compétente. Face à cette situation persistante, ces communautés voisines desdites entreprises ne savent plus à quel saint se vouer.

« Il y a beaucoup d’entreprises minières au Katanga. L’exploitation est toujours accompagnée de l’usage de produits toxiques et cela crée des pollutions de l’air, de l’eau et du sol. Or, ces entreprises se sont installées dans les quartiers résidentiels. Là par exemple je reviens du Lualaba dans une enquête sur la même situation. Beaucoup de maladies sévissent au sein de la population comme des infections pulmonaires et vaginales ». A confié un activiste des droits de l’homme basé dans la commune de la Ruashi, Christophe Kabuita.

Plus d’une entreprise minière basée dans le haut Katanga travaille dans le non-respect total des normes environnementales, au vu et au su de l’autorité compétente. Cela, malgré plusieurs actions menées par les communautés pour revendiquer leurs droits à vivre dans un environnement sain.

A en croire plusieurs sources sur place, les entreprises minières rejettent leurs déchets dans l’environnement, polluant ainsi l’eau, l’air et le sol. C’est le cas, par exemple, du cours d’eau Ruashi, un affluent de la rivière Kafubu. Les communautés de la commune de Ruashi sont obligées d’utiliser ce cours d’eau malgré l’ampleur de la pollution.

Même la pêche n’y a plus pratiquée, car les poissons meurent d’eux-mêmes à la suite de cette pollution chimique. Quant au sol, il devient de plus en plus infertile. Pas moyen de pratiquer l’agriculture dans cette partie du pays, à cause de la dégradation du sol.

Cette situation persiste malgré l’incident du mois d’avril 2023 dernier, où plus ou moins 140 personnes avaient été intoxiquées par les eaux d’un cours d’eau qui divisent 2 quartiers à Kambove, territoire situé près de la province du Lualaba. « Les riverains avaient consommé du poisson mort à la suite de la pollution de la Compagnie minière de Kambove (COMIKA). Plusieurs personnes ont eu des boutons sur leurs corps après s’être lavés dans le cours d’eau où avaient été déversés les déchets de cette entreprise. Les usines de traitement des minerais qui sont implantées dans les quartiers résidentiels provoquent une pollution inquiétante de l’air, de l’eau et de la végétation au quotidien », précise une source sous anonymat. Des cris qui semblent tomber dans l’oreille d’un sourd.

Pour sa part, le réseau Sud-Congo de l’ONGD Premi-Congo basée dans le Haut-Katanga avait, à travers son directeur Christian Bwenda, déposé une plainte contre Ruashi Mining, une entreprise chinoise, au cours de la même année. Cela, pour non-respect des obligations sociales et environnementales du Code minier. Un dialogue avait ensuite été initié avec les propriétaires chinois. Ils ont exigé des coûteuses analyses supplémentaires pour prouver la cause de ces pollutions.

Comment y remédier ?

Dans une interview exclusive accordée à Environews RDC, le directeur de l’ONGD Premi-Congo a tenu à rappeler la responsabilité de l’autorité compétente vis-à-vis des communautés locales.

« La question des entreprises minières est une réalité. L’exploitation des minerais crée beaucoup de rejets toxiques. Et, la gestion de l’environnement minier est très coûteuse. Les entreprises sont tenues de faire des études environnementales au préalable. Mais, seules certaines entreprises respectent les normes en utilisant l’hydrométallurgie par exemple, une technique qui consiste à placer tous les déchets produits dans un bassin de captation. Ruashi Mining par exemple n’a jamais été respectueuse de l’environnement. Tout ce qu’elle fait, moi je dirais que c’est par défi. C’est comme si l’Etat caresse ces entreprises. Quand vous vous adressez aux services compétents, ils vous répondent que ce sont des investisseurs qui ne doivent pas être découragés », s’est indigné Christian Bwenda.

Pourtant, la même année, le Président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo s’était rendu à Kolwezi, Chef-lieu de la province démembrée du Lualaba, afin de voir dans quelle mesure transformer ce coin du pays en un haut lieu d’exploitation des minerais, grâce au potentiel minier qui s’y trouve. Mais hélas, le désordre se porte très bien dans ce secteur.

Seule l’entreprise Boss Mining avait été sanctionnée par le Ministère des Mines pour pollution mais elle a repris ses activités en 2022 et il n’y a pas lieu d’affirmer qu’elle a retenu la leçon. La pollution bat son plein. A l’heure où l’humanité fait face à des crises climatiques extrêmes, cette situation a raison d’inquiéter les communautés de la Ruashi.

« Il y a la destruction des écosystèmes dans cette partie du pays. C’est pour cette raison que la grande minière Boss Mining, basée dans le Kakanda, avait été fermée. La loi est là. Elle n’a qu’à être appliquée. Il suffit que l’Etat impose les normes à ces entreprises ! S’il fait un état des lieux sur la santé des communautés, on sera surpris des résultats. Il n’y a pas d’autre solution que d’imposer la loi. Puis, il y a une technique d’exploitation des minerais sans polluer. Comme elle coûte chère, ces entreprises jugent bon de faire comme bon leur semble car les agents commis à cette tâche produisent des faux rapports sans même effectuer des descentes sur terrain. Étant donné que chez nous il n’y a aucun résultat, nous essayons d’attaquer ces entreprises dans leurs pays d’origine. Nous l’avons fait sur Ruashi Mabende à cause de ses pollutions répétées. La Chine avait répondu positivement pendant le confinement et avait mis en place une politique de bonne gestion des déchets ; même si les autres plaintes ne donnent aucun résultat jusque-là », insiste Christian Bwenda.

Une situation dramatique à laquelle l’autorité compétente semble avoir les yeux fermés. Pourtant, des vies humaines sont en danger. Raison pour laquelle le porte-parole des communautés de la Ruashi lancent un appel au gouvernement central. 

« Il est important que Ruashi Mining mobilise des moyens pour déplacer ces communautés. Elles souffrent de beaucoup de dégâts causés par cette entreprise. Elle exploite à plein temps depuis 2006. Il y a des maisons qui se fissurent à cause de ses explosifs, il y a plusieurs cas de maladies congénitales… Pour ne citer que ceux-là. Nous avons produit beaucoup de rapports sur ces maux mais les autorités s’attachent plus aux entreprises qu’aux communautés. Alors, il serait mieux que la population soit déplacée pour que cette minière occupe seule cet espace pour vaquer à ses occupations librement », a martelé l’activiste des droits humains pour ces communautés, Christophe Kabuita.

Sarah MANGAZA

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