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Des organisations de la société civile s’insurgent contre l’exploitation du pétrole en RDC

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A la veille de la tenue de la 28ème Conférence des Parties sur le climat (COP28), les défenseurs de l’environnement de la République démocratique du Congo (RDC) composés des peuples autochtones pygmées, des communautés locales et des mouvements des jeunes se sont réunis pendant deux jours en tant qu’organisations de la société civile congolaise. Cela, en vue de réfléchir sur des messages clairs à lancer pour insister sur la non exploitation du pétrole au pays. C’est ce qui ressort d’une déclaration commune lue ce 28 novembre 2023 à Kinshasa, au cours d’un point de presse. Ladite déclaration a pour sujet : « La vente aux enchères des blocs pétroliers et gaziers en République démocratique du Congo : Une catastrophe écologique, socio-économique et culturelle en perspective ».

Ces organisations de la société civile environnementale ont démontré leur inquiétude sur l’exploitation du pétrole dans le pays, précisément dans la province du Kongo central et dans le Nord-Kivu. Selon elles, malgré des réunions organisées avec le gouvernement pour présenter ces inquiétudes sur l’exploitation pétrolière et gazière en RDC, rien n’a été fait. Ainsi, elles ont déclaré à l’unanimité que tous ont droit à un environnement sain et propice et une responsabilité de léguer une planète viable aux générations futures.

« Dans le contexte de 30 blocs pétroliers et gaziers ainsi que la promotion des activités extractives plus largement en RDC, au regard des engagements pris depuis la COP21 de Paris qui est celui de promouvoir les énergies renouvelables, nous nous opposons à la vente des blocs pétroliers et gaziers en RDC. Nous sommes réunis, autour de la conviction selon laquelle la préservation de l’environnement est un devoir moral et une responsabilité envers les générations futures. Nous sommes aussi convaincus que la vraie lutte contre la pauvreté et le développement économique durable sont intimement liés à la conservation de nos écosystèmes » indique la déclaration.

En prenant l’exemple des exploitations lancées dans les provinces du Kongo central et Nord-Kivu, ces organisations insistent sur le fait que les communautés de cette partie du pays n’aient pas été informées au préalable sur cette activité. « Nous avions contacté les autorités pour être suffisamment informés sur l’impact de cette exploitation à Moanda, mais les réponses n’avaient pas du tout été satisfaisantes. Et, lorsque nous nous sommes tournés vers les communautés pour savoir si elles en savaient quelque chose, nous avions été surpris de remarquer qu’elles n’en savaient rien » a expliqué Laurette Kabedi, chargée des projets à APEM (Actions pour la Promotion et Protection des Peuples et Espèces Menacées en RDC).

Pourtant, les communautés vivant dans les lieux ciblés pour l’exploitation méritent d’être mises au courant sur ce qui se passe dans leur milieu de vie, car des changements s’y opèrent et sont visibles. « L’impact sur l’agriculture est grave. Les communautés vivent de la pêche et de l’agriculture. Mais, elles sont en train de perdre leurs moyens de subsistance. A Moanda, il y a des lumières qui ont été installées. Elles restent allumées jour et nuit pour brûler le gaz. Cela a un impact négatif sur les plantes, selon les Experts. Il s’avère que ces lumières tuent les insectes pollinisateurs. Par conséquent, les plantes ne peuvent produire des fruits. En 2022 nous avions publié une recherche intitulée : le cri d’alarme des communautés locales. Mais, ça demeure sans objet. Pourtant, en consommant une nourriture issue des milieux où sont exploités le gaz et le pétrole, les populations sont exposées au benzène, une substance chimique très dangereuse », s’est indignée la Coordinatrice de l’ONG Ressources Naturelles et Développement de Muanda, Bila Nkoy Nicole.

Lors de l’annonce de la vente des blocs pétroliers et gaziers en RDC, le gouvernement central avait rassuré que toutes les opérations se déroulaient dans le strict respect de l’environnement. Une promesse en l’air ? « C’est par humilité que nous ne demandons pas la démission du Ministre des Hydrocarbures, Didier Budimbu. Rien n’est respecté de tout ce qu’il avait dit. En plus, les communautés locales n’ont pas été suffisamment informées. Nous sommes très inquiets. Prenons l’exemple des minerais exploités depuis plusieurs décennies au pays. Ils n’ont aucun impact sur les vies des populations », a martelé un activiste de la Lucha et XR Université de Goma, Pascal Mirindi.

Alternatives pour abandonner l’extraction du pétrole et gaz en RDC

Après s’être penché sur toutes ces questions liées à l’environnement et à la santé des communautés locales, ces organisations de la société civile environnementale réunies ont trouvé des alternatives à proposer au gouvernement en vue de lui contraindre à abandonner l’exploitation du pétrole et du gaz au pays, afin de préserver les vies humaines.

« Nous demandons à l’Etat congolais de retirer les blocs pétroliers et gaziers (pas seulement ceux qui se trouvent dans les aires protégées) et exhortons à poursuivre une voie de développement plus équitable et durable, basés sur quelques priorités fondamentales; à savoir: une transition énergétique juste favorisant les énergies renouvelables telles que le micro et mini barrage solaires, la géothermie, l’éolienne, la photovoltaïque et la biomasse; la mise en valeur d’autres potentialités, telles que l’agriculture durable et la pêche; la réalisation des droits collectifs aux terres des populations locales et autochtones comme condition préalable et à la protection des forêts ainsi qu’à la croissance économique équitable ; la transparence dans la gestion des terres et des ressources naturelles, permettant à la société civile de veiller sur la cohérence et la légalité des diverses initiatives », peut-on lire dans leur déclaration.

Notons que 22 organisations des défenseurs des droits de l’environnement, des peuples autochtones pygmées, des mouvements des jeunes et des communautés locales ont signé cette déclaration.

« Malheureusement, toutes les organisations des provinces n’ont pas pu être là, faute d’avions. Ceux de l’Ituri par exemple et quelques-unes du Nord-Kivu. Mais, elles se sont réunies dans leurs provinces et nous ont envoyées les résultats de leurs réflexions. Nous prenons cette question à cœur car l’avenir de notre progéniture en dépend. Nous ne voyons pas du tout quelle technologie que possède la RDC pour exploiter le pétrole et le gaz en dépassement des USA qui ne veulent plus entreprendre cette activité à cause des risques qu’elle représente. Raison pour laquelle nous lui donnons d’autres alternatives pour générer des ressources financières », a insisté le facilitateur de cet atelier, Blaise Mudodosi, coordonnateur de l’APEM.

Ces organisations appellent donc l’Etat congolais et la communauté internationale qui vont se réunir à la COP28, à soutenir cette action noble pour la protection de notre sol. « Laissons le pétrole de la République démocratique du Congo sous la terre ! », ont-elles conclu.

Sarah MANGAZA

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